Chaque année, de nombreux africains tentent de franchir la mer Méditerranée pour rejoindre l'Europe, espérant laisser derrière eux la misère, et trouver en Europe un travail et une vie convenable. Ce phénomène de migration montre bien le clivage Nord/Sud présent sur tout le globe, et que l'on retrouve à l'échelle de la Méditerranée, divisant l'espace méditerranéen en deux : au Nord l' UE, un des trois pôles de la Triade, et au Sud, l'Afrique, en marge de la mondialisation.
Cependant, cet espace n'est-il pas aussi une véritable interface entre ce Nord riche et ce Sud pauvre ? N'est-il pas animé de nombreux flux ?
Dans une première partie, nous étudieront les éléments permettant de considérer la méditerranée comme une réelle frontière entre Nord et Sud, et dans une seconde partie nous étudieront les différents flux qui font d'elle aussi une réelle interface, permettant les flux et les échanges entre les deux rives.
***
La mer Méditerranée est avant tout une frontière naturelle, séparant deux espaces par une plus ou moins vaste étendue d'eau. Si cette frontière peut être à certains endroit perméable et facilement pénétrable, comme au détroit de Gibraltar, elle sépare bel et bien deux ensembles, caractérisés par deux cultures radicalement différentes.
Le Nord est dominé par l'Union Européenne, un des trois pôles de la Triade. C'est un espace riche (la France étant la 5ème puissance économique mondiale) et développé, avec un IDH (Indice de développement humain) supérieur à 0.8 pour les pays de l'Union Européenne : l'Espagne, la France, l'Italie, la Grèce, Chypre et Malte, ainsi que pour Israël, état considéré comme appartenant au Nord bien que géographiquement plutôt situé au Sud. À l'inverse, le développement est plus faible dans un Sud qui sort tout juste depuis la moitié du XX ème siècle de la décolonisation, où l'IDH reste inférieur à 0.8, voire même à 0.7 dans les anciennes colonies françaises Algériennes et Marocaines ainsi qu'en Égypte.
La frontière Nord/Sud se retrouve également au niveau de la démographie. Si la transition démographique est bel et bien terminé au Nord, où, à l'exception de la France, l'indice de fécondité par femme est inférieur à 2 ; les pays du Sud connaissent eux une démographie galopante avec un indice de fécondité fort, supérieur à 2. Et ceci n'est pas sans poser des problèmes économiques et sociaux, notamment d'éducation, dans des pays où les jeunes sont souvent majoritaires dans la population.
Le clivage Nord/Sud se retrouve aussi au niveau des civilisations. Le sud est majoritairement sous influence islamique, tandis que le Nord est majoritairement chrétien : à tendance catholique en Espagne, France ou Italie, et à tendance Orthodoxe en Grèce. Israël affiche elle une tendance judaïste. Par ailleurs, si l'on retrouve désormais une culture occidentale bien ancrée au Nord, les cultures traditionnelles restent plus marquées au Sud.
Enfin, si à l'exception de l'ex-Yougoslavie les pays du Nord de la méditerranée connaissent une situation de paix relativement stable et forte, le Sud connait lui divers problèmes liés à l'insécurité et au terrorisme, ainsi qu'aux conflits et divergences d'opinion entre Israël et la Palestine.
La méditerranée apparaît donc comme une réelle frontière entre le Nord et le Sud, tant au niveau du développement qu'à celui de la culture. Cependant, ces différences n'empêchent pas les échanges entre les deux rives de la méditerranée, très présents et faisant de l'espace méditerranéen une véritable interface Nord/Sud.
À l'heure de la mondialisation, l'espace méditerranéen apparaît, via les différents et nombreux échanges qui s'y déroule, comme une véritable interface entre le Nord et le Sud. Ces échanges et flux se retrouvent dans différents domaines : économiques, commerciaux, touristiques et aussi migratoires.
L'Union Européenne, premier exportateur d'IDE au monde, a découvert en l'Afrique du Nord un marché porteur, et n'hésite plus à délocaliser ses chaînes de montages automobiles et aéronautiques à direction des pays du Maghreb (majoritairement Maroc et Tunisie). Avec le développement des nouvelles technologies de l'information et plus particulièrement d'internet, le Maghreb connait aussi un important essor des hotlines européennes, délocalisées au Sud pour une question de chiffre d'affaire, les salaires étant plus faibles au Sud. Cet ensemble méditerranéen reste aujourd'hui une importante zone d'émission d'IDE du Nord, même si les entreprises de l'Union Européenne, depuis l'élargissement de 2004, tendent de plus en plus à délocaliser leurs chaînes de montage et à envoyer leurs IDE vers des pays de l'ex URSS, comme la Roumanie. Par ailleurs, si les flux d'IDE sont bien présents, ils ne représentent pas plus de 2% des échanges mondiaux et sont à relativiser, l'espace méditerranéen n'étant pas encore très bien intégré dans la mondialisation.
Le bassin méditerranéen connait aussi des flux commerciaux : les pays du Nord exportent vers le Sud des produits manufacturés à haute valeur ajoutée, tandis que les pays du Sud exportent majoritairement des produits à faible valeur ajoutée : produits agricoles, minerais, matières premières, hydrocarbures... La balance des échanges Nord/Sud n'est donc pas équilibrée et les échanges se font majoritairement aux profits du Nord.
Les pays du Sud tirent en revanche leur épingle du jeu en ce qui concerne le tourisme. La méditerranée, avec environ 1/3 du tourisme mondiale, est la première zone touristique mondiale, loin devant les États-Unis d'Amérique. Et dans cet optique, le Sud bénéficie d'un important tourisme Nord → Sud, qui est d'une part donc avantageux pour les pays du Sud d'un point de vue économique, mais aussi par le développement d'ensembles touristiques ; mais est aussi avantageux pour les touristes venus du Nord, qui profite d'un tourisme de qualité à faible coup. Cependant, le premier tourisme du bassin méditerranéen reste le tourisme Nord → Nord, principalement balnéaire, mais qui touche aussi les sports d'hiver avec notamment les nombreuses stations des Pyrénées et Alpes françaises. On observe aussi une nouvelle tendance : l'augmentation du tourisme à destination des pays de l'ex-Yougoslavie, notamment en Croatie.
Enfin, l'interface méditerranéenne est également marqué par d'importants flux migratoires. Les principaux flux migratoires sont Sud → Nord : des travailleurs qualifiés du Sud franchissent la méditerranée pour rejoindre le Nord, afin d'obtenir un travail mieux payé. Si ces migrations présentent des points positifs : baisse du chômage et envoi d'argent au Sud, elles présentent aussi pas moins de points négatifs : hausse du chômage au Nord, et départ de personnes qualifiées du Sud. Les flux migratoires sont aussi Sud → Sud, en destination de la Libye et ses réserves d'hydrocarbures, et enfin Nord → Sud. Ces derniers flux migratoires concernent essentiellement des retraités, désireux de passer une retraite agréable au Sud, profitant du coût de la vie moins chère et des différents avantages géographiques et climatiques que présentent les rives Sud de la méditerranée. L' Afrique du Nord apparaît aussi comme une zone de «relai» pour des émigrants venus de l'Afrique Noire, désireux de rejoindre le Nord afin d'y trouver un emploi et une vie meilleure. Divers zones de passages clandestins existent ainsi, et sont sous surveillance des autorités : le détroit de Gibraltar, Malte, ou encore la Sicile. Cet élément bien surtout le clivage que cette interface relie avant tout un Nord développé à un Sud plus pauvre.
***
Si de nombreux éléments font de l'espace méditerranéen une frontière, tant géographique que humaine, cet espace n'en reste pas moins une véritable interface reliant un Nord puissant et développé, et un Sud encore en développement.
Les flux circulant entre le Nord et le Sud ne peuvent être qu'à l'origine d'un rapprochement politique, déjà initié par les divers partenariats euro-méditerranéen, et par l'idée née en 2008 d'une Union pour la Méditerranée.