Je voulais reconnaître ce visage maintenant. Je m’y intéressais donc, mais j’y vis une autre femme. Les joues creusées, si pâles, qu’on aurait dit qu’elles avaient subies mille et mile tempêtes. La vie avait laissé des marques à n’en pas douter. Ce visage, violenté par le temps, la vie, la souffrance, avait été abordée, bafoué et meurtri. La bouche fine et rose, rieuse, souple dans ses mouvements, me rappelais mon désir envers cette femme solide, dressée au vent, assaillie par l’âge. Je vis cependant, de sa bouche à son cou, son fin menton délicat qui complétait sa tête d’une fine pointe, et qui déclencha une série de réminiscences, toutes plus incroyables, un choc électrique, une série de diapositives entrecoupées de blancs ravageurs où je la regardais. Oui, c’était bien elle, et une aura de lumière semblait l’entourer, tel le crépuscule au loin, pour que je vis les traces de sa beauté. Un si faible détail, la forme d’un visage, et je revisitais mes moments de jeunesse avec cette femme. Je remontais sa joue, caressais cette courbe pour voir ses yeux bleus, ridés, pâlis, mais si beau, si colorés, que je la reconnaissais bien ! Elle avait le regard vide, elle était presque perdue dans ses pensées, réfléchissant, sans me voir. J’étais frappé de rencontrer cette femme, que j’admirais tellement et que j’aimais. Son visage, malgré le fait qu’il fût agressé par cette force invisible, gardait les traces ineffaçables et incontestables de sa beauté d’antan. Son front, plissé, lui donnait un air grave, une expression forte qui retombait sur ses yeux. Le temps l’avait tout de même marquée. Chaque ride, chaque blessure marquait d’un coup la tristesse, la maladie, les épreuves, que la vie avait fait subir à cette sirène, qui, d’un chant inaudible, me fascinait et m’attirait toujours. Le bonheur m’investit soudain, , car d’un mouvement de tête, sa figure fut balayée par le reflet vif d’un chevelure dorée. La blancheur l’avait épargnée, et je me sentis empoigné, ahuri, béat par ce que je voyais. L’étrangeté de ce reflet, la réalité de cette traînée d’or me subjuguaient, et je voyais danser sous mes yeux les flammes de la vie, qui, ce soir-là, de pair avec le temps, me jouait des tours.
Ainsi je compris que, malgré l’âge et ses ravages, la beauté n’avait pas quitté cette femme, que j’aimais tant, et je l’admirais ici, dans la tempête et le bruit, si droite, si bien tenue, d’un aplomb sans pareil et d’une silhouette exquise. Je décidai alors de m’approcher, recouvrai tous mes sens, la regardai, m’approchai encore, la distinguai de mieux en mieux, mon cœur battant, ma jeunesse me défilant sous le nez sans que je puisse m’y échapper.
Le temps n’avait pas eu raison d’elle, oh que non, mais avait eu raison de moi, malheureux, car elle ne me reconnut pas.
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Voilà la suite... Désolé si c'est long lol, dites moi ce que vous en pensez !