I – L'ANALYSE DU TEXTE ET DE SES DIFFICULTES
Ce texte se rapporte dans votre programme au chapitre la politique et aux notions de droit et de justice. C'est un texte difficile où l'argumentation fait référence à des concepts très abstraits : "justice", "société universelle", etc.
II - L'IDEE PRINCIPALE DU TEXTE
Est-il légitime de refuser d'obéir à une loi que j'estime injuste, sachant que cette loi a été décidée par la majorité d'un peuple ? De quel droit désobéir au droit ?
L'auteur fonde le droit de désobéissance sur l'idée d'une justice universelle à laquelle l'individu peut et doit se référer. En clair, la majorité n'est pas infaillible, même si elle reste le fondement de toute démocratie. Elle peut parfois errer et se tromper, ou plus exactement abuser de son pouvoir. Le citoyen doit rester vigilant et refuser parfois d'obéir à une loi s'il l'estime contraire à la justice universelle.
III - LES NOTIONS-CLES DU TEXTE
La notion-clé du texte est la justice, qui désigne ici non une réalité - la manière dont telle ou telle notion exerce la justice - mais une idée : celle d'une norme universelle qui correspond au droit de l'humanité en général.
Ainsi l'argumentation du texte est basée implicitement sur l'opposition conceptuelle : universel/particulier. Le droit (c'est-à-dire le système de lois en vigueur) existant au sein d'une nation (c'est-à-dire une communauté politiquement organisée selon des lois) n'est jamais qu'une application particulière (donc partielle, voire partiale) de la justice universelle.
IV - LA STRUCTURE DU TEXTE
Le texte commence par relever un paradoxe qui correspond à une difficulté majeure rencontrée dans la vie de toute nation démocratique.
Le fondement légitime de tout pouvoir et de toute loi, c'est le peuple dans sa majorité. Pourtant la loi de la majorité peut parfois être injuste. On ne peut s'y référer comme à un critère absolu et y obéir aveuglément serait "détestable" (l. 1 à 4).
Suit alors une argumentation visant à fonder un droit de désobéissance légitime du citoyen :
je peux (et je dois) parfois refuser d'obéir à une loi pourtant décidée à la majorité, lorsque je l'estime en contradiction avec le droit de l'humanité en général. Au-dessus du droit de chaque nation, il y a les droits de l'homme.
Cette argumentation s'appuie sur une comparaison : "une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d'appliquer la justice".
Le droit en vigueur dans une nation n'est donc qu'une application particulière et circonstancielle (historique) du droit universel (l. 1 à 15).
Enfin, le texte se termine sur une réflexion à propos de l'abus de pouvoir : une démocratie peut vite se transformer en tyrannie de la majorité, si celle-ci se croit toute-puissante et infaillible. Contre un tel danger, chaque citoyen se doit de garder une vigilance critique : une majorité peut se tromper ou parfois ne viser que son seul intérêt particulier.
V – LES PISTES DE DEVELOPPEMENT
Ce texte tout en finesse vise à montrer qu'appliquer de manière trop inflexible les principes de la démocratie est le plus sûr moyen de la détruire.
Rappelons-nous Rousseau : dans Le Contrat social, l'auteur fonde la légitimité de tout pouvoir sur la loi comme expression de la volonté générale. Une loi est juste quand elle est l'expression de la volonté générale qui est, par définition infaillible (un peuple ne peut pas vouloir se nuire à lui-même). Si je ne suis pas d'accord avec une telle loi, il faut croire que c'est moi qui me trompe sur l'intérêt général. Je n'ai pas le droit d'y désobéir au nom d'un simple sentiment ou intérêt individuels. Tocqueville ne s'oppose pas à cette idée dans son principe. Mais il montre que la vie démocratique d'une Nation est une réalité complexe : la volonté générale devient souvent la loi de la majorité, qui peut très bien, en certaines circonstances, ne chercher que son intérêt particulier ou abuser de son pouvoir. Obéir aveuglément à cette majorité, lui laisser "le droit de tout faire", c'est lui accorder une légitimité qu'elle n'a pas.
En d'autres termes, la souveraineté d'une Nation est subordonnée à son respect des droits de l'homme. On le voit, ce texte est d'une grande actualité.
ah ok 