Voici la correction de l´étude de documents sur l´Asie...
- L´ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET
● Les enjeux
Le sujet n’échappe pas à la difficulté propre au commentaire de document, la remise dans son contexte général d’un évènement ponctuel. Ici, il est non seulement nécessaire de bien connaître le contexte général de la Guerre froide, mais il faut avoir également en mémoire la complexité d’une Asie combinant plusieurs situations géostratégiques, politiques et diplomatiques. Placée géographiquement entre les États-Unis et l’Union soviétique (URSS), point de contact entre les deux idéologies dominantes de la Guerre froide, l’Asie est surtout l’enjeu des ambitions de la République Populaire de Chine qui pour asseoir son leadership dans la région se déclare être la véritable héritière de la révolution communiste.
Les questions posées permettent néanmoins de sortir de cette complexité de départ. Pour y répondre vous devez surtout maîtriser le vocabulaire spécifique de la Guerre froide (le containment, la « théorie des dominos », etc.) et lire attentivement le document qui permettait de déduire, si on avait à l’esprit la chronologie des grandes étapes de la Guerre froide, les problèmes suscités par l’accroissement des tensions dans la péninsule indochinoise.
● Les limites
Le sujet porte sur l’aire asiatique et couvre la période 1960 – 1965, entre l’envenimement de la situation en Indochine et la décision du président Johnson de bombarder le Nord Vietnam.
II - LA PROBLEMATIQUE
Ce texte se place aux origines de l’intervention des États-Unis au Vietnam et donne un éclairage sur la nature de ses motivations à une intervention dans la péninsule indochinoise. Le document est l’illustration de la mise en application des grands principes de la Guerre froide à l’échelle régionale. Bien sûr, chaque région portant en elle sa propre complexité, il fallait tenir compte des ambitions et des situations de chacun de ses acteurs Etats-Unis, Chine Populaire, Vietnam du Nord et du Sud).
Les États-Unis s’inquiètent d’une récupération par la Chine communiste des mouvements nationalistes et indépendantistes du Tiers Monde qui pourrait rompre le fragile équilibre trouvé dans le contexte de la Guerre froide (équilibre de la terreur et de l’amorce de la Détente).
III – LES REPONSES AUX QUESTIONS
1. L’extrait du document étudié est consacré à la situation indochinoise au milieu des années 60. Il présente l’intérêt de mêler l’analyse historique (mémoires rédigées en 1996) d’un des principaux acteurs du conflit, Robert MacNamara, secrétaire de la Défense des présidents Kennedy et Johnson , aux rapports de la CIA dont disposaient alors ses services.
2. Théorisée et inaugurée par le président Harry Truman, la politique du containment, appelée aussi politique d’endiguement, définit la volonté des États-Unis à contrecarrer toute tentative d’expansion du communisme dans le monde. Au-delà des aspects idéologiques elle s’affirme à travers tout un arsenal d’alliances (OTAN, pacte de Bagdad et l’OTASE), d’actions militaires (intervention des Etats-Unis en Corée du Sud) et d’aides économiques (plan Marshall, GARIOA).
3. Avec la constitution de ces alliances militaires et diplomatiques, les États-Unis ont constitué une chaîne d’alliances presque ininterrompue entourant le Bloc socialiste. En reprenant la « Théorie des dominos », établie par Dulles prédécesseur de MacNamara au secrétariat de la Défense, les États-Unis estiment que si un seul maillon de cette chaîne était rompu, de proche en proche, la totalité des pays de la région, l’un après l’autre, finiraient par tomber, après déstabilisation interne, sous la coupe des communistes. Ce risque devant être préservé afin de ne pas glisser dans un conflit majeur et généralisé.
4. L’autre risque souligné par la note de la CIA concerne le danger que constitue alors la montée en puissance de la Chine Populaire qui a rompu au début de la décennie avec le grand frère soviétique et qui tend à s’affirmer comme le seul véritable défenseur de la Révolution communiste. Cette position est d’autant plus inquiétante qu’elle entraîne derrière elle les mouvements d’indépendance des pays colonisés et récemment décolonisés fédérés dans le mouvement des non-alignés auquel Pékin a tout de suite donné son soutien (citer ici la conférence de Bandoeng en 1955 et celle des "pays non-alignés" à Belgrade en 1961).
5. Dès lors l’expression de "pente savonneuse" désigne cette crainte de conflit majeur généralisé. On pouvait évoquer pour conclure la décision (1965) du président Johnson de bombarder le Nord Vietnam afin de le dissuader de soutenir l’opposition du Sud, expression la plus littérale de la mise en application des principes du containment et de la "Théorie des dominos".