ATTENTION SPOILER
Ayant lu la quasi totalité des Stephen King, je peux affirmer sans aucune hésitation que Running Man est le meilleur, à ex aequo avec Marche ou Crève.
Pourquoi?
Parce que c´est un bouquin pessimiste, comme je les aime, sur une société cynique et déshumanisée par la sacralisation fatale de l´argent, société d´autant plus absurde qu´elle se condamne à l´autodestruction en dégradant son environnement.
Parce que d´autre part c´est aussi un bouquin visionnaire dont la lucidité fait froid dans le dos: écrit il y a une vingtaine d´années au bas mot, il décrit ce qui pourrait bien être notre futur proche si notre présent continue d´évoluer dans le même sens . De quoi je parle? Principalement du rôle de la télé, en particulier de la téléralité. Elle n´existait pas encore lors de la publication de Running Man, et pourtant ça pas empêché King de préssentir sa création: il décrit des émissions toujours plus risquées ( je me souviens d´un jeu ressemblant au " Zone rouge" de Foucault, où les candidats meurent d´un infarctus en direct), toujours plus trash, faisant appel aux sentiments humains les plus primitifs et les plus vils. Aujourd´hui, on peut éliminer un candidat d´une émission par simple vote; qu´est ce qui nous dit que dans vingt ans, comme dans le livre, on ne pourra pas les " éliminer" au sens strict, en décidant de leur vie et de leur mort, juste parce qu´ils nous paraissent ridicules ( qu´il suffise d´évoquer les émissions actuelles de Bataille et Fonaine) ou simplement pour décrocher le pactole. Parce que si ces émissions jouent un rôle si important dans cette société futuriste, ce n´est pas seulement à cause de leur aspect divertissant qui évoque les jeux de Rome, c´est aussi parce qu´elles sont aussi devenu l´unique moyen de survivre, même si cela se fait paradoxalement au péril de sa vie: tu crèves ou bien tu gagnes le gros lot. Une sorte d´ultralibéralisme dont la logique serait poussée au maximum. Un ultralibéralisme qui a remis en question tous les droits sociaux sur la santé ( le bébé du héros crève d´une maladie bénine, faute de soins; la pollution de l´air atteint des sommets), sur la dignité ( la femme du héros se prostitue pour subsister), sur la sécurité. Bref, tout ça brasse des thèmes aussi divers que la destruction de l´environnement, le retour aux instincts primitifs, l´individualisme croissant, etc etc, autant de défauts qui mènent forcément la société droit dans le mur... à moins d´une prise de conscience!
. .. Et c´est là qu´intervient le rebondissement final: le héros a peut être perdu sa famille ( massacrée à cause du jeu), il a peut être perdu le jeu, puisque la mort est sa seule issue, mais il meurt au moins moins pour la cause générale: en dirigeant l´avion sur la tour des jeux, il sectionne le nerf de la déchéance humaine, il empêche d´autres candidats de courir comme lui à leur perte. Il n´y a plus qu´a souhaiter une réunification du peuple, notamment parmi les pauvres, pour un retour à une société digne et humaine comme après la décapitation d´un monarque absolu, mais ça King n´en parlera pas, autant que je m´en souvienne.
Bref, désolé pour cet épanchement intelectuello-lyrique, mais j´espère que vous aurez au moins compris à quel point Running Man m´a plu. Pas tant à cause de sa forme, pourtant parfaitement maîtrisée -c´est un polar des plus haletants- qu´à cause de son fond, riche en enseignements et en pensées pertinentes.