Hum, voilà la suite ( désolé si elle n´est pas très longue, mais cte nouvelle je l´écris à doses homéopathiques).
Je vous conseille de relire le début histoire de vous remettre un minimum dans l´ambiance euh ( si tant est qu´il y ait une ambiance hein : p).
Et puis, comme toujours, j´attend vos critiques.
Je refusais de me pencher jusqu´à terre pour une simple feuille jaunie et scribouillée, et n´y attachais donc pas d´importance sur le coup. Je me contentais de repartir vers ma chambre, tenant négligemment le " Jardin oublié " dans ma main droite.
Je passais une partie de la soirée dans mon vieux lit grinçant, perpétuellement défait depuis 5 ans, à lire ce bouquin. Sans nul doute écrit, d´ailleurs, à l´intention des jeunes filles de 14 ou 15 ans en mal de princes charmants, de poèmes d´amours,de sérénades sous les balcons, et autres écoeurants rituels qui n´ont finalement pour seule fonction que de précéder joliment la fornication. Vers 22h, lassé, je décidais d´arrêter les frais, et sombrais dans un sommeil sans rêves.
Le lendemain, vers 10h, alors que j´étais réveillé depuis suffisamment longtemps pour boire mon 3ème café, et que j´en étais à me demander à quel point cette journée ci serait vide et creuse, j´entendis sonner à la porte. Pas de ces sonneries froides et impersonnelles qui sont l´apanage des facteurs, démarcheurs ou autres vendeurs de calendrier, non ! Pas non plus une franche sonnerie de vieil ami, ou un langoureux carillon d´amante. Rien de tout cela : il s´agissait là d´une véritable sonnerie, ingénue et incongrue, de celles que l´on attend pas et qui nous font hausser le sourcil.
Ma curiosité légèrement excitée, j´avalais d´une traite mon café, et me dirigeait vers la porte en me frottant l´oeil droit ( qui était, comme à son habitude, le plus endormi des deux). J´allais ouvrir en omettant,d´un geste viril et courageux, de placer mon oeil dans la lorgnette.
Derrière la porte, il y avait mon père.
Je ne sais pas si vous avez déjà assisté à une résurrection, mais pour ma part, c´était ma toute première fois. Vous comprendrez donc aisément quelle fût ma surprise : j´étais atterré, soufflé, j´écarquillais les yeux en me demandant ce que j´avais bien pu mettre dans le café, ou comment pouvait exister un tel sosie de mon paternel. Un examen visuel attentif me confirma toutefois l´improbable retour : il s´agissait bien de mon père. Il portait la chemise froissée et serrée aux entournures qu´il affectionait tant, et qu´il avait porté, je m´en rappelle, la veille de sa mort.
En y réfléchissant, il aurait certes été de bon goût de sauter à son cou en lui criant que je le croyais mort, que j´avais vu moi même son cadavre purulent mis en bière. Je ne voyais toutefois pas de raisons spéciales de me livrer à de telles démonstrations d´affections post mortem, alors que même gamin jamais je n´avais embrassé son visage disgracieux. Je me préparais à le faire rentrer poliment ( il s´agissait quand même de mon père, après tout), mais il prit les devants sans se gêner le moins du monde, et pénétra en coup de vent dans ma demeure ( qui était aussi la sienne au fond, soyons justes), manquant de me bousculer, en marmonnant au passage une remarque aussi aimable que «Pas que ça à faire, moi ».
Je le suivis du regard, ne sachant que faire, et le vis monter les escaliers pour finalement s´engouffrer dans son vieux bureau, dans lequel je n´étais entré qu´une ou deux fois depuis son décès. Il ferma violemment la porte à clé, et, en approchant mon oreille de la serrure, je pus entendre des bruits de papiers froissés et de choses déplaçées, comme s´il cherchait quelque chose dans l´affreux ammoncellement d´antiquités et de paperasseries qui encombrait la pièce.
Renonçant à en savoir plus, ou pire, à le questionner, je restais prudemment au rez de chaussée, et passait la journée entre la cuisine ( et la cafetière qui trônait au beau milieu de celle ci,comme une impératrice grotesque et tyrannique) et les offres d´emplois publiées dans divers magazines, que j´entourais distraitement, de la main négligente de celui qui n´y croit plus depuis longtemps.