Ils sont là ! Dis-je avec joie. Ils nous ont enfin retrouvé Rory !
Je me levai précipitamment du lit pour courir en direction de l´une des portes, lorsque je sentis la main de mon camarade me saisir fortement le bras, m´empêchant d´avancer. Je fus tellement surpris que je faillis un instant crier. Je stoppai mes mouvements et l´observai. Son visage à l´apparence calme semblait ressentir une légère peur. J´attendais silencieusement des explications de sa part, mais il ne m´adressait pas un regard, gardant les yeux rivés sur la fenêtre. Sa main libre tenait son fusil d´assaut. Et je sentais l´autre tenant solidement mon bras trembler…
Je commençai à moi aussi ressentir une peur montant en crescendo. Mais je ne pouvais expliquer pourquoi.
N´en pouvant plus d´attendre, d´un geste rapide, je me libérai de l´étreinte de sa main.
Il n´avait pas l´air de l´avoir remarqué.
En le regardant, j´avais l´impression d´observer un enfant venant de réchapper à un accident de voiture. Comme l´était mon petit frère qui, il y a longtemps avait survécu à un grand carambolage, restant les yeux vides durant une semaine. Mes parents n´avaient pas survécu, me laissant seul dans ce monde de fous avec mon frangin.
Rory était en tout point identique.
J´entendais des bruits dehors, mais pas d´appels ni de voix. Juste des reflets de lumière.
Je touchai l´épaule de mon compagnon et le secouait vivement tout en l´appelant.
- John, tu m´entends ? ! Qu´est ce que tu as ?
Il ne répondait pas. Je commençais à avoir particulièrement la trouille.
Les bruits surgissant des ténebres semblaient à chaque fois plus proches.
Je l´appelais encore une fois, et d´un coup de tête, lui balançai un poing dans la figure.
Rory virevolta sur sa chaise et manqua de peu de s´affaler sur le sol.
L´homme revint à lui, et ses yeux agités réapparurent. Il se tourna vers moi tout en touchant son nez qui commençait à saigner.
- Putain Rory, vas-tu m´expliquer ce qu´il te prend ? !
- Je…il faut pas aller dehors, ils…ce sont eux, des fous, ils reviennent pour nous tuer !
- Quoi ? Mais qu´est-ce que tu racontes ?
Rory se tut. Son arme venait de se lever dans ma direction, un peu en retrait sur la droite.
Il appuya sur la détente, et le crépitement du fusil d´assaut retentit dans toute la pièce. Juste après, j´entendis le bruit du verre qui se brise en tombant.
Je me tournai vers là où il avait dirigé ses tirs. C´était la fenêtre, et durant un instant je crus voir une ombre se déplacer. Le vent pénétrait dans la maison avec quelques flocons de neige. Voilà qu´il s´était mis à neiger. Je n´apercevais plus de reflets de lumière, mais j´entendais toujours des bruits étranges tout autour du batiment.
Je me tournai vers Rory, et remarquai son browning dans sa poche-revolver.
Je saisis l´arme dans mes mains et vérifiai le chargeur. Il était plein.
- Ce sont des ours ? ! Interrogeais-je Rory.
- Non.
- Alors…
La porte du mur Est fut légèrement cognée. Tous les deux nous nous tournâmes vers celle-ci.
Je ne savais pas à quoi je m´attendrais exactement, imaginant nimporte quoi surgir. Des monstres, des zombies, des vampires, des dinosaures, des croque-mitaines, des loup-garous…une créature surgie de marais primordial.
A chaque fois un monstre différent défonçant la porte m´apparaissait en vision.
Mais rien ne se présenta, rien n´essaya de franchir cette porte.
Rory me demanda de surveiller la fenêtre alors qu´il irait voir si la porte était bien vérouillée.
- T´es malade ? ! A chaque fois que quelqu´un va faire ça dans les films, il se fait tirer vers l´exterieur ! Hors de question que…
- On est pas dans un film !
- Rien à faire vieux, nous restons ensemble.
Il ne répondit pas et finalement resta là où il était.
Nous restâmes immobiles comme cela durant quelque dizaine de minutes.
Les bruissements de la nuit avaient cessé depuis longtemps.