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ma nouvelle nouvelle (^^)

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
29 décembre 2002 à 17:43:27

ca faisait un petit moment qu´elle traînait, et j´ai décidé de la finir aujourd´hui. Je suis content qu´elle soit bouclé, même si je suis pas vraiment satisfait de moi à 100%. Mais bon, de toute façon, on ne l´est jamais, hein; -)
^^

Et en ce qui concerne la mise en page, ça a sérieusement interêt à marcher, ce copier/coller.
Sinon... Je me fâche tout rouge.

---------------------
L´autoroute est déserte , et la lumière agressive des lampadaires perçe
la noirçeur de la nuit, formant comme un couloir spécialement conçu pour lui. Quelques rares véhicules sont passés en trombe à ses côtés, mais désormais il est bel et bien seul. Tout le monde est rentré chez soi pour se blottir au coin du feu en attendant le moment de la découverte des cadeaux, devant les chaussures au pied du sapin, et il s´apprête à en faire autant. Cette soirée en compagnie de son fils et sa femme s´annonçe prometteuse et gaie, et il est bien pressé de rentrer. Son pied écrase l´accélérateur de toutes ses forces, et les éclairages réguliers des lampadaires sont maintenant devenus des traînées de lumière. Il sait qu´il va trop vite, et il sait ce qui va se passer, mais il est prisonnier de son corps et son pied ne veut pas relâcher sa
pression. Il essaye de hurler mais ses lèvres restent serrées, et malgré la plainte déchirante des ordres qu´il se hurle mentalement l´allure
du camion ne cesse d´accroître. Il a vu le petit point lumineux, au loin, qui se rapproche dangereusement du prochain carrefour, et il ne
peut rien faire. Il a entendu le son pétardant de la moto qui semble du plus en près, et dont l´écho se répète indéfiniment dans les
ténèbres glaçées. Il entend son moteur protester contre cet accès de vitesse, et indéniablement, ce n´est pas lui qui se rapproche du carrefour mais le carrefour qui se rapproche de lui. La machine est en route et rien ne peut l´arrêter. Il n´y peut rien. Il a fondu sur la moto et l´avant de son véhicule ne se contente pas de heurter le deux roues, il l´emporte carrément avec lui. Il tente de freiner mais le gel provoque un tête à queue, et la fourgonette dérape. La Honda couleur sang entame une chute de 30 mètres dans le précipice , et son véhicule glisse aussi. Il bascule et quand la moto explose, il se réveille et hurle.

La tête pleine d´éclats de métal, devant ses yeux dansaient les flammes de l´explosion. Toujours le même cauchemar. 3 ans déjà et toujours le même cauchemar, avec la même précision, la même cruauté. 3 ans de souffrance et de regrets. Dans le fond, il comprenait que sa femme n´eût
pas supporté ces nuits d´enfer. Il commençait toujours par gémir, se retournait en un mouvement permanent, pour ensuite commençer à
suffoquer, et quand le vacarme du métal hurlant lui envahissait le crâne, il se levait brutalement en hurlant et parfois en s´arrachant les cheveux. Les médicaments de son satané médecin ne pouvaient rien changer, le mal était enfoui là, au plus profond de son être. Impossible
de l´en dépêtrer. Il sortit de ses draps mouillés ( "Merde, j´ai encore lâché dans le lit") et se dirigea vers la commode. Sa chair nue hérissée
de poils raides était secouée de convulsions. Sa main farfouilla désordonément le dessus du meuble et le briquet tomba par terre. Il se pencha pour le ramasser et son dos le fit grimacer de douleur. Il tira fébrilement une cigarette sans filtre de son paquet et y porta le
briquet, dont la flamme vacilla sous les tremblements de sa main. Il s´efforça de retrouver la maîtrise de soi qu´il avait bien du mal à apprivoiser ces temps çi. Finalement, le briquet s´immobilisa et sa cigarette se mit à luire dans la pénombre de la pièce. Il tira le loquet de la porte et appuya sur l´interrupteur du salon . La lumière agressa ses yeux qui se fermèrent. Il les rouvrit peu à peu, et des
larmes roulèrent sur ses joues. Elles redoublèrent quand il vit l´image de lui pitoyable que renvoyait le miroir. Une barbe hirsute et sale sur les joues, les cheveux en bataille, et des cernes comme des valises sous
les yeux, il n´était pas beau à voir. "Comment en es tu arrivé là Pete? Comment? marmonna-t-il". Il tira une dernière longue bouffé sur sa cigarette et l´écrasa avec une douleur perverse sur sa cuisse.

Tout avait commencé cette fameuse nuit de Noël. Il avait une envie démesurée de rejoindre son nid familial, de partager avec sa femme et son gosse les quelques rares moments de retrouvailles et de bonheur que lui permettait son job. Il ne s´étaient pas retrouvés tous ensemble le week-end depuis l´anniversaire de son fils huit mois auparavant, et il avait grand soif de le prendre
dans ses bras pour le faire tournoyer au dessus de sa tête comme d´habitude, au plaisir inouï du gamin qui ne s´en remettait toujours qu´après un bon fou rire. Et il voulait revoir sa femme aussi, cette femme qui éduquait quasiment seule le gosse toute la semaine durant, quand son mari ne rentrait qu´à des heures impossibles le vendredi pour repartir le lendemain après une nuit de sommeil réparatrice, tellement exténué qu´il n´avait pas la force d´honorer sa chère et tendre épouse. C´était sûr, son rythme à lui
n´était pas facile, mais celui de Jess encore moins. Il s´en était toujours voulu de ne pas pouvoir leur offrir autre chose qu´un petit
appart décrépi en pleine banlieue, alors que le père de Jess leur avait proposé de participer avec ses maigres économies à lui. Il
avait fallu qu´elle refuse par dignité, prétendant que c´était sa vie et que son argent lui était tout aussi utile à lui, persuadée que
son armoire à glace de mari était capable de se hisser en équipe de France de Rugby. Seulement voilà, il avait suffit d´un petit matche entre amis pour qu´il se retourne la rotule. Le médecin avait été formel : même après la remise en place et une réeducation digne de ce nom qui n´était même pas dans leurs moyens, il garderait des séquelles à vie et son genou gauche le
ferait atrocement souffrir après un effort suivi . Impossible de se lancer dans une carrière profesionnelle alors. Pete était du genre fringuant et bien bâti, mais certainement pas intellectuel, préférant délaisser ses conditions psychiques pour développer ses capacités physiques étant jeune. A partir de là, toutes les portes s´étaient évidemment fermées sur lui quand il recherchait un petit travail. Jusqu´à ce qu´une petite boîte inconnue aux bataillons lui propose ce travail payé minimum pour transporter des pommes de terre à travers la France, mais c´était mieux que rien. De là il avait parcouru l´hexagone, distribuant toujours ses
paquets de "CroustiChips, la Pomme de Terre qui vous donne la Frite!" aux même endroits, comme un mendiant entonne sa vieille rengaine dans le métro. Il n´avait plus un instant à lui, et donc plus aucun non plus pour les autres,pour sa famille. Jess supportait, ou plutôt tolérait la situation. De toute façon ils n´avaient pas le choix, ne pouvaient pas faire autrement. Elle
accompagnait le garçon, lui faisait faire ses devoirs une fois rentrée, et s´occupait de lui comme une bonne mère. Pete le savait à travers ce qu´elle lui racontait parfois quand il rentrait et qu´elle était restée éveillée pour qu´ils discutent, mais au delà de cela il ressentait les choses, quand elle lui parlait du gamin avec une voix émue, et qu´il passait dans sa chambre pour caresser ses cheveux blonds soyeux. Aucun doute, le gosse était heureux, et ça, ça n´avait pas de prix.

Et il y´avait eu cet évènement. Pete conduisait en état de parfaite sobriété, sans aucun gramme d´alcool dans le sang, étant même allé jusqu´à refuser une tournée générale au central de la boîte. "Je veux rentrer chez moi entier! avait-il plaisanté la bouche en coeur". Tout le monde s´était esclaffé mais quand il y repensait ça n´était plus drôle. Plus du tout. Il avait roulé tranquillement le baume au coeur, s´imaginant déjà la formidable soirée que ç´allait être. Il y´aurait un sapin, des cadeaux à profusion pour chacun, une belle dinde dorée à prix d´or pour laquelle ils avaient dû se serrer la ceinture, et des éclats de rire. Puis l´eau à la bouche, il
avait été pris d´un élan subit d´impulsivité, d´inconscience, qui lui donnait l´impression illusoire que tout allait s´arranger s´il écrasait le champignon. Plongé dans sa transe, il avait eu un sentiment de puissance, une royale sensation de satisfaction qui rangeait le
code de la route au second plan, ce soir là. Aussi idiote qu´elle fût, l´idée que l´autoroute lui appartenait l´obsédait délicieusement.
Les yeux rivés sur l´horizon qui n´en finissait pas de s´approcher, il n´avait pas prêté attention à la pétardade du véhicule qui venait de la gauche. Il n´avait eu que le temps de hurler à son tour quand sa fourgonette avait déchiré la nuit pour expulser loin dans le précipice la moto et ses deux passagers qui criaient. Leurs hurlements s´étaient répercutés à l´infini d´une abominable manière digne du pire cauchemar, et il était certain de subir le même sort qu´eux quand son véhicule de travail avait terminé son dérapage dans le virage pour basculer sur le côté.

Si bien que lorsqu´il s´était réveillé dans une pièce blanche, perçevant des voix sans queue ni tête, il avait cru venue l´heure du jugement dernier. Dans l´obscurité teintée d´une blancheur iréelle, un point lumineux se rapprochait, comme s´il avançait dans un tunnel et que la sortie était de plus en proche. Cela lui faisait étrangement penser à une moto qui arrivait à un carrefour à toute allure, mais même en tournant et retournant la question, elle ne prenait pas de sens. L´écho des voix s´amplifiait
considérablement, et son être tout entier était happé par le point lumineux, insensible au magma bouillonant du brouhaha des voix. Le sang pulsait dans ses veines, et avant que l´horizon lumineux ne l´envahisse tout entier, la confusion des sons avait pénétré son intimité. Il avait ouvert un oeil.

Ysen
Ysen
Niveau 10
29 décembre 2002 à 17:47:10

Ca a marché. Je la lirai.

ENRAGE
ENRAGE
Niveau 10
29 décembre 2002 à 17:49:54

Questions :
Il était seul au moment de l´accident ?
Au bout de combien de temps se réveille-t-il ?
"au central de la boîte" ; il est flic ?

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
29 décembre 2002 à 17:53:18

Il ne s´en était pas rendu compte, mais la vue de la lingerie et des rideaux entièrement blancs qui conféraient à la pièce un aspect paradisiaque lui avaient donné l´air le plus ahuri de toute sa vie. Devant sa mine ébahie et complètement paumée, Jess n´avait pu réprimer un gloussement malgré les traces de larmes encore visibles sur ses paumettes saillantes et dégoulinantes de mascara. C´était tout juste s´il ne s´attendait pas à être acueilli par St Pierre en personne avec son registre de réception sous le bras et une auréole au dessus de la tête, et apparemment les visiteurs en avaient bien pris note. Jess lui avait sauté cou pour le couvrir de baisers tant bien que mal; un pzu gênée par le médecin qui peinait à contenir l´enthousiasme de la femme.
Puis cet homme à l´air savant et à la barbe de prophète s´était raclé la gorge, imposant le silence. Il avait débité un flot de paroles incroyables qui avaient balayé Pete pour l´échouer bien au loin sur la plage, noyé par l´amertume des propos. Jess avait repris son air grave des sales jours, et il y´avait foutrement de quoi. Sa petite montée d´adrénaline de la semaine passée avait coûté la vie de deux jeunes gens, et provoqué un ébouli en contre bas à cause de l´explosion de la Honda rouge . "Vous avez eu
un bol monstre, vous savez. Votre fourgonette a vraiment fait une chute on-ne-peut-plus-minime sur une corniche et s´est simplement couchée sur le côté, alors qu´un dérapage plus long d´un mètre ou deux vous envoyait une trentaine de mètres en contrebas à une mort certaine. Dommage que les deux motards n´aient pas été favorisés par la même bonne étoile". Le choc des mots avait assommé Pete, absasourdi par la responsabilité qu´il avait dans la mort de deux personnes, simplement parce que son pied s´était trouvé attiré à la pédale comme un aimant.

"Oui, comme un aimant..." expliquait-il à sa femme abbatue, les yeux perdus dans le lointain, fixés sur l´horizon derrière la fenêtre pour ne pas la voir elle, devoir affronter son air dur et accusateur et ses traits qui avaient vieilli de dix ans. Ainsi debout dans le coin de la pièce, on eût dit un cancre qui ne voulait pas assumer son bonnet d´âne, et refusait de se soumettre en
baissant la tête. "Oui Pete, je la connais ton histoire d´aimant, Pete, mais merde, tout n´est pas aussi simple. Tu passes en jugement la semaine prochaine, le gosse et moi on se réveille en sursaut la nuit à cause de tes conneries de cauchemars, et tu viens encore me sortir ton baratin sur les forces d´attraction d´un aimant!? JE TE HAIS!!". Incrédule, il avait d´abord cru que les nuages, au dehors, avaient enfin commencé à déverser leurs larmes. Mais en fait, c´était lui qui pleurait. Comme une cascade. Des larmes dégoulinantes qui lui piquaient les yeux et creusaient des sillons sur ses joues, des larmes de rancoeur et de déçeption qui auraient forcé n´importe quel barrage. Ses mains avaient tenté d´aggripper le mur sans trouver de prises, et il
s´était laissé tomber, pour enfouir sa tête dans ses bras et noyer ses pensées dans des flots de chagrin. Ce qu´il avait entendu, c´étaient des pas précipités, puis un claquement de porte et un verrou qui se ferme. Ce qu´il avait entendu, c´était une porte qu´on lui claquait au nez, une époque qui se refermait sur lui, marquant d´une pierre blanche la fin de tout un rêve. Sa femme
s´était enfermée dans leur chambre, une chose qu´elle avait juré de ne plus faire 7 ans plus tôt, quand il avait cassé la gueule du meilleur ami de sa compagne lors d´une soirée généreusement arrosée. Sa femme s´était enfermée avec le gosse, et il se retrouvait seul.

La suite était une période floue et imprécise, embrumée dans ses vapeurs de cigarettes sans filtres, entrecoupée par les évènements qui avaient achevé de détruire sa vie. D´abord, ce fameux jugement. Le double homicide involontaire n´avait pas été sans conséquence, puisque 6 années de prison en sursis avaient découlé du triste accident, relativement douces en regard des 15 000€ d´amende. Pete avait toujours su s´entourer, et même si retrouver un ancien copain de lycée qui était parti en fac de droits n´avait pas été une mince affaire, le jeu en avait valu la chandelle. Il n´avait pas écopé de la peine maximale, même s´ il devait trimer jusqu´à la fin de sa vie pour payer sa dette à la société. Heureusement, ce jour là, sa femme l´avait accompagné dans la dure épreuve. Leurs relations ne s´étaient pas aggravées par la suite , à défaut de s´améliorer. Jess se montrait plus
distante, appliquant un comportement effaçé qu´il ne lui connaissait pas. Au moins, comme ça, ils ne se criaient pas dessus, et l´enfant n´assistait pas à des scènes de ménage. Et pourtant, elle avait du être lasse de se montrer forte, lasse de partager la vie et le crime d´un meurtrier, lasse d´élever seule un gamin qui ne dormait plus, puisqu´un soir, il avait trouvé ce mot. Un bête papier arraché à un bloc note , avec des lignes gribouillées à la hâte, successions d´arguments confus et d´excuses embrouillées, où elle avait couché le compte-rendu de son coeur éprouvé. Il l´avait lu lentement, s´effrayant de chaque mot, s´étonnant à chaque ligne de ne pas avoir remarqué ces petits rien qui vous changent une relation, se dressant lui même son procès au fil du texte. Arrivé à la signature, il était resté sans voix, ne sachant pas s´il fallait rire ou pleurer. Alors il avait fait les deux.

Après le départ inattendu et pourtant si présivisible de sa femme, Pete avait vécu de tristesse et de bière, se laissant aller à la
dérive, entamant une longue apnée qui devait durer 3 ans. Il ne bossait plus, vautré dans son lit deux places qui accusait sa solitude, pleurant et vomissant par intermittences ses litres de bières qu´il ingurgitait en surquantité pour faire passer une pilule qui devait rester à jamais coincée dans sa gorge. Ses yeux rougis par la nicotine,épuisés, se femaient régulièrement d´eux mêmes, le laissant sombrer dans des délires peuplés de chimères et de cauchemars, hanté par des ombres qui s´approchaient de lui et l´entouraient, se réunissant pour former un trou béant dans lequel il glissait et l´y laisser chuter un temps sans fin. Le téléphone venait parfois le tirer de sa torpeur, lui redonner peu à peu conscience de sa vie, de son état, pour lui permettre de renouer avec le réel. Mais ses monologues aïgus et stridents n´avaient comme réponse que l´écho des murs nus, où étaient irrégulièrement
arrachés des lambeaux de papier peint, disparus en même temps que les dessins d´enfant qui s´y trouvaient auparavant. Pete était peut être resté une semaine dans ce semi-coma, si l´on en jugeait par le nombre de mégots écrasés sur la moquette et de canettes vides qui jonchaient le sol. A son "réveil", les draps trempés de sueur puaient l´urine, et des volutes de fumée folâtraient
par dizaines dans l´air. Il avait essayé de se mettre debout une fois, deux fois, trois fois, se cassant la gueule le même nombre d´occasions. Il s´était mis à ramper vers la salle de bain, pour rester la matinée entière sous la douche.

Son patron lui avait presque rendu son job à contre coeur. Pete avait été viré pour le drame qu´il savait. D´où le fait que ce grand bonhomme en costard-cravate, qui, lui, n´aurait jamais aucun accident parce que monsieur se payait un chauffeur, lui ait rendu son poste à reculons, quand un type carré au costume passablement élimé et à l´haleine encore fétide s´était présenté
pour le reprendre. "Presque" parce que personne d´autre n´aurait accepté un boulot aussi monotone et mal payé. Quand un pigeon vient picorer des graînes dans ta main, referme la sur lui. Pete avait peu à peu commencé à revivre, mais l´espoir d´un moral à peu près sain était encore étouffé par le poids des souvenirs. Quand les derniers échanges avec sa femme que ressassait
son esprit ( JE TE HAIS JE TE HAIS JE TE HAIS) devenaient trop pénibles, il montait au maximum le volume de la radio, et les voix dérangeantes au fond de sa tête n´avaient pas la force de parler plus fort que la pub pour la nouvelle formule de lessive. Pete parvenait donc à ne pas trop délirer, au moins au travail, en dehors de ses cauchemars nocturnes. Mais le problème, celui
qu´il ne pouvait pas résoudre en tournant une molette sur le tableau de bord, était apparu seulement après, environ un an après
l´accident...

Le vrai problème, c´est celui qu´on ne peut détruire, qui vous hante sans relâche jour et nuit, celui qui est indestructible parce
qu´il est en vous, qui s´alimente de vos peurs et les exploite, pour mieux vous cerner et vous bloquer. Comme tous les jours de
la semaine, la fourgonette filait à une allure qui aurait affollée les radars, laissant derrière elle des traînées de musique insipide qui
s´échappaient de l´auto-radio. Pete avait vaguement cru entendre un klaxon protester derrière lui, mais fonctionnant par réflexes
aussi manichéens qu´un automate, il s´était mis à ralentir et à se ranger sur la droite pour laisser passer le gars de derrière, qui
venait l´emmerder bien qu´il furent seuls sur la route. Un soleil d´enfer qui tapait lui avait coloré les bras, et quand il s´était
réellement mis à penser à la chose, ses poils s´étaient dressés malgré la chaleur. Il savait jeté un coup d´oeil dans le rétro, mais le
soleil projetait d´aveuglants rayons sur le verre, qui rendait l´arrière invisible. Avait-il rêvé ou est ce que le véhicule derrière lui
était bien rouge? Ses tempes étaient prêtes à exploser, et il s´était garé immédiatement sur la bande d´arrêt d´urgence, attendant
10 minutes sans qu´aucun véhicule ne passe jusqu´à reprendre une couleur à peu près normale. Il n´avait pas dormi de la nuit,
alors que son sommeil commençait à regagner un rythme acceptable. Il sursautait chaque fois que les phares d´une voiture qui circulait dans la nuit projetaient des ombres sur la plafond, les jambes regroupées contre son ventre tremblant et humide. Peut-être que le morceau qui passait ce jour là à la radio possédait des bruitages qui ressemblaient à un klaxon. Peut être aussi
que le drame était trop neuf et trop douloureux, et que la moindre suggestion déchaînait son imagination. Mais par la suite, les coïncidences furent trop nombreuses pour laisser la moindre chance au hasard.Quelques semaines plus tard, il se rendait bêtement à la station service pour payer l´essence. La nuit était tombée, et de fines goutelettes ricochaient sur le sol, réveillant son vieux rhume qui revenait au galop à la moindre humidité. On voyait encore assez
clair grâce à la pleine lune, même si une légère brume venait brouiller quelque peu sa vue. Il n´aurait pas dû, cette soirée, regarder furtivement la fenêtre-miroir qui remplaçait l´habituelle vitrine de ce type de boutiques. Il n´aurait pas dû, et le caissier en avait gaiement rajouté, faisant remarquer que sa main tremblait beaucoup au moment de donner la monnaie. Le miroir avair reflété une vision d´horreur. Sa fourgonette, seul véhicule du parking, était bien garée quelques mètres plus loin , mais la
silouhette, elle, qui se dessinait derrière le rideau de brouillard, n´était pas prévue au programme. Pete avait prudemment regagné sa voiture, mais il avait fait une erreur. Il y´avait une autre voiture, près d´une autre pompe à essence. "Pas sorcier d´intervertir les deux et de croire au fantômes, j´aime me faire peur, voilà tout, avait-il essayé de se rassurer à voix haute. Je suis vraiment très con de prendre une pompe pour une ombre, mais très con. L´affaire est classée." Mais la pièce du puzzle qui ne
collait pas, le petit détail qui l´avait obsédé pendant le retour, c´était une question très simple, mais aussi effroyable. Avait-il oui
ou non oublié de fermer la portière avant de partir, lui qui est si méticuleux? Mine de rien, ces deux évnènements précurseurs de tant d´autres avaient enclenché une mécanique monstrueuse et destructrice.
Pete n´était pas du genre à permettre le doute, et les tubes d´aspirine et de somnifères éparpillés sur le sol de son appart et de
sa fourgonette avaient de sérieuses raison de convaincre que plusieurs détails n´étaient pas clairs. D´ailleurs, rien n´était clair. Il
croyait entendre des klaxons quand il était seul, il n´arrivait plus à enfiler des vêtements rouges sans courir vomir dans le lavabo, et par dessus tout il n´osait plus rouler la nuit, sans croiser des ombres partout sur le bas côté. Jeux de lumière, d´ombres, de sons, peut importe la nature de la chose et sa localisation, puisque son existence était indéniable. Elle était là, partout autour de lui, susurrant à ses oreilles des plaintes monocordes ou défiant ses yeux de l´affronter. Rêve eveillé ou menace invisible, la question n´était pas qui elle était, mais pourquoi. Pete se sentait irresistiblement attiré par un lieu, qui revenait sans cesse dans ses rêves, un rêve qui se reproduisait et dont les versions différaient pour le laisser interpréter. Pete devait revenir, parce que quelque chose n´était pas fini. Il y´avait eu un grain de sable dans l´engrenage, trois ans auparavant, là
où tout avait commencé, là où il se sentait attiré comme un aimant.

Pete essuya une larme qui lui roulait sur la joue, acide comme la bile qu´il crachait parfois en pleine nuit. Il leva ses yeux humides
au plafond, où des ombres dansaient en s´entrelaçant en un mouvement langoureux qui l´invitait à les rejoindre. Il en détourna le
regard, les paupières à nouveau closes. Quand elles se rouvrirent, Pete avait disparu. Leur prunelle était aussi froide et inexpressive que celle d´un animal mort. Ses poings étaient serrés, comme s´il tentait de briser une noisette à la seule force des mains, et du sang gouttait par terre. Floc, Floc. Une ombre passa sur son visage. "Sang?". "Mon sang?". Elle s´évanouit en
moins de temps qu´elle n´était venue.

La camionette file a vive allure. La lune baigne d´une clarté rassurante l´autoroute, qui ne compte qu´un seul véhicule. Le convoi funéraire est aussi rapide que le son mais plus discret que le silence. Il ne laisse que ténèbres derrière lui, et ne s´arrêtera qu´une fois arrivé à destination. Son voyageur, s´il en est un, est consentant. Parfois, les yeux de l´être qu´il abrite se tournent au dehors, pour briller d´une étincelle quand ils se posent sur une ombre. Il est tard dans la nuit. Bientôt, d´autres voyageurs empliront cette partie du réseau routier, jusqu´à former des bouchons au point de se hurler des insultes. La nature suivra son cours, mais pour l´heure, un visiteur solitaire doit se dépêcher avant que n´arrive l´aube. Il a quelque chose à finir, un dernier détail à élucider, et il sera en paix. L´indice maximum de vitesse du tableau de bord est dépassé depuis longtemps. Le passage du véhicule est plus
qu´un sec qu´un coup de vent, et arrache la vie aux végétaux qui bordent la route, claquant dans la nuit comme des coups de fouet réguliers. Un son se détache au loin, clair et crachotant, un son qui aura son rôle à jouer danstrès peu de temps.

300? 400 km/H? Personne ne serait en mesure d´estimer la vitesse de l´engin. D´ailleurs, personne ne s´y intéresse, en ce
moment présent,quand il dépasse le carrefour. Il n´y a qu´un homme, dans sa fourgonette, qui flotte depuis quelques instants dans le néant, entre ciel et terre, au milieu d´un précipice. Un homme au sourire radieux, qui illumine son visage tout entier. Juste quelqu´un qui goûte à l´extraordinaire parfum du bonheur, pour la première et la dernière fois de son existence, qui vient de jouer sa pièce maîtresse sur le jeu de sa vie. Heureux comme quelqu´un qui comprend. Enfin.

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
29 décembre 2002 à 17:55:01

C´est en deux parties et vous devriez trouver dans le texte toutes les réponses à vos questions:)

( ou ça a marché ^^)

blablateurr
blablateurr
Niveau 10
29 décembre 2002 à 20:00:08

euhhhhhhh,je lirai plus tard,d´accord ! !!!!!!

zobinator
zobinator
Niveau 10
29 décembre 2002 à 20:27:05

c pa mal du tout , jme suis un peu perd ds lhistoire , car je lai lu un peu vite , mais lhistoire semble plutot entrainante je trouve.

Le parfum de bonheur ki semble lui redonner la vie est egalement celui ki va lui donner la mort.

jaime bien la fin

blattos
blattos
Niveau 10
29 décembre 2002 à 21:00:22

au début j ai lu distraitement, puis j ai arrêté la musique bref, c"est pas mal même si on a 1 impression de déja vu, la fin arrange le tout
; )

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
29 décembre 2002 à 22:16:49

zobinator

Moui...

Que tu te sois perdue en fait ça ne m´etonne qu´à moitié: après réflexion, je trouve que mon récit est un peu complet pour si peu de texte.

M´enfin que tu aies compris et surtout apprécié la fin, ça me fait vraiment plaisir:) J´hésitais entre faire tout noir et laisser un brin d´espoir. Finalement j´ai sans doute bien fait; )

blattos

Ben...

C´est une habitude chez moi de caser les 3/4 de l´histoire dans la fin ^^
Sinon je reconnais que c´est assez conventionnel, au niveau de l´histoire et des personnages. J´éspèrais ( à tort?) que le récit pourrait masquer un peu ces lacunes.

mika22
mika22
Niveau 12
30 décembre 2002 à 00:32:55

Cutter, j´ai copié ta nouvelle pour la lire vraiment. Mais elle a l´air bien, moins conventionnelle qu´elle en a l´air. Peut-être que ça part un peu dans tous les sens et que tu aurais intérêt à simplifier, ne serait-ce qu´au niveau de l´expression. Au début par exemple, quand ton personnage se regarde dans la glace, tu pourrais supprimer "de lui" dans "l´image de lui pitoyable", ou "sous les yeux" dans "les cernes sous les yeux", ce genre de choses, ça rendrait ton texte plus fort.
Surtout ne prends pas mal ce que je dis ( je serais incapable d´écrire une nouvelle complète comme la tienne), c´est juste un réflexe professionnel, même si je suis en vacances en ce moment.

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
30 décembre 2002 à 10:44:15

Non, c´est déjà très sympa de ta part de le lire, et encore plus de me donner des conseils.
J´accepte toutes les critiques, d´autant quand elles sont constructives.

Tu l´as lue après l´avoir copiée ou pas encore?

Je suis tout à fait d´accord avec ta réflexion sur le passage du miroir, qui est déjà amélioré à la base. J´avais pensé à remplacer par "...elles redoublèrent quand il vit l´image pitoyable que lui renvoyait le miroir".
Pour les cernes, c´est vrai aussi.
De façon générale, j´ai tendance à rajouter des complétements parout et préciser où il n´y a pas d´ambiguïté. C´est pour ça que je raccourcis régulièrement des passages, mais il y´en a toujours que je n´ai pas l´idée de corriger.
C´est pour ça que je te remercie:)

Damiana
Damiana
Niveau 7
30 décembre 2002 à 11:23:32

Mon ventre s´est tout de suite serré à cette lecture. De vieux souvenirs, le fracas des toles, le verre et la terre qui giclent autour de soi, qui crissent sous les dents.. Brrr

zobinator
zobinator
Niveau 10
30 décembre 2002 à 11:56:01

jai toujours eu ds lidée decrire quelque chose ds ce style , a la seule difference que l´alcool serait de la partie . ..
cest un sujet qui m´intrigue beaucoup , qui melange la soif de vivre et la soumission inconsciente a la mort.
Cest souvent en abreuvant son ame qu´on la tend aux machoires de la mort , en soulevant la vie qu´on rabaisse la mort . ..
enfin lalcool donnerait une dimension tout autre a un texte ds le style du tien , ds la mesure ou la mort ne serait plus veritablement le resulat dun choix ( bien ke lidée de lalcool puisse deja etre limage dune autodestruction de soi mem vers le mort).
En tout cas continue d´ecrire ! ;)
et hesites pas a poster tes textes

x-1-alpha
x-1-alpha
Niveau 10
30 décembre 2002 à 15:16:13

Je manquerais pas de lire, mais ca me fait plus penser a un roman qu´a une nouvelle.

x-1-alpha
x-1-alpha
Niveau 10
30 décembre 2002 à 15:29:59

Alors j´ai lu la premiere partie.
Tu te débrouilles parfaitement bien pour ce qui est du texte, tres bien écrit.
Ensuite, l´ambiance n´y est pas trop, j´ai pas tellement accroché, mais appremment, tu mets tout dans la fin, donc je ne peux rien dire de concluant ( car beaucoup de nouvelles se dévoilent n´etre bonnes qu´apres avoir lu la fin.
Je te dirais ce que j´en pense une fois avoir tout lu.

x-1-alpha
x-1-alpha
Niveau 10
31 décembre 2002 à 13:33:47

C´est bien ce que je disais.
La fin remonte le tout, on a affaire à une tres bonne petite nouvelle.
T´écris depuis quand Cutter-slade

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
01 janvier 2003 à 01:39:33

Désolé de pas avoir été plus rapide, mais j´en étais à 39H59 sur mes 40H de forfait lundi matin; -)

Damiana

Tu as vécu un accident de la route? Désolé si ça t´a fait mal, de quelque manière que ce soit;(

zobinator

Oui, en fait, l´alcool aurait été pour moi quelque chose de trop terre à terre pour cette nouvelle. Je ne cherchais pas quelque chose d´aussi "normal" ( mais si terrible, pourtant), mais plus faire osciller la raison du personnage, jongler entre imagination et réalité. C´est aussi assez habituel, mais l´alcoolisme ne m´intéressait pas dans l´absolu. Cela dit, je crois que tu pourrais m´avoir donné une idée pour plus tard, éventuellement:)

x-1-alpha

Merci, déjà:)

Comme quoi, le hasard fait bien les choses. Au début, j´étais tenter de conclure avec une morale bien noire, bien défaitiste, et c´est ce qui m´a motivé quand j´ai commencé le texte. Mais, petit à petit, j´ai laissé mijoter, et j´ai achevé d´une seule traite ( quelque phrases c´est peu tu me diras, mais ça fait la différence finalement ^^) avec un mot de fin plutôt rassurant et encourageant . C´est pas ma premiere nouvelle où la mort est "bonne" ( voire même un autre évènement tragique), par rapport à ce qui précédait dans la vie du personnage.

Sinon j´écris depuis... Que j´ai appris ^^
Dès tout petit, j´aimais bien inventer des histoires et les écrire. C´étaient souvent des gribouillages avec des phrases simples ( sujet, verbe, COD, point à la ligne) mais ça me plaisait. C´est vers 10 ans que ça a vraiment commencé à devenir long, mais seulement depuis un an ou deux que je trouve mes textes assez satisfaisants. Assez, parce que ça me plaît, mais j´ai encore beaucoup de progrès à faire; )

x-1-alpha
x-1-alpha
Niveau 10
01 janvier 2003 à 01:47:58

Franchement ? Les efforts que tu as à apporter sont minimes, il te suffit de te trouver une bonne histoire et c´est bon.
J´ai trouvé que au niveau de l´ambiance et la mise en récit, ça fait penser à du Stephen King, enfin je trouve. Sinon tu vas en faire d´autres ?

cutter-slade
cutter-slade
Niveau 10
01 janvier 2003 à 01:57:32

Du stephen King?
Héhé, c´est pas étonnant, je lis que ça:)
D´ailleurs je vais bientôt avoir fait le tour de ce qui m´intéressait chez lui, faudra que je passe à autre chose cet été:)

Trouver une bonne histoire?
Pour moi y´a pas de bonnes et mauvaises histoires à proprement parler, y´a que ta faculté de convaincre le lecteur et de le captiver. Si tu n´as pas trouvé mon histoire bonne ( ce que je concois sans problème, après relecture j´en suis pas entièrement content), c´est sans doute que tu as décroché à un ou plusieurs moments. Il faudrait que je vois lesquels et puisse comprendre pourquoi. Mais je peux me tromper; )

Peu d´efforts à faire? Si, et je suis le premier à m´en rendre compte. J´ai tendance à souvent utiliser les mêmes expressions, les mêmes figures de style à la suite, et surtout, j´ai pas mal de carences en vocabulaire. Mais ça peut s´arranger et je ne veux pas avoir la prétention de me comparer à King; )

Sinon, je vais sans doute continuer à écrire, mais c´est aléatoire. Ce texte là, je l´ai commencé en août et je l´ai abandonné un bout de temps. La preuve il est posté en décembre! mais si tu veux, tu peux retrouver un ancien topic de moi qui s´appelle "Livre & Jeux Vidéos" sur le forum. Tape mon nom dans la recherche du haut.
J´ai du y poster 5 ou 6 nouvelles:)

zobinator
zobinator
Niveau 10
01 janvier 2003 à 14:35:35

bon deja pr ma part premiere a lakelle je me suis heurté lorske parfois me vien lidée decrire : LE VOCABULAIRE
et wé cest un apprentissage long et chiant , mais je crois kil fo passer par la pr donner a son texte lallure kon veu lui donner , pr pouvoir transporter le lecteur ds un monde toujours plus riche , plus vaste , un monde auxquels les mots pourront donner toute sa grandeur.
Ya ossi otre chose : je c pas si vs avez remarké , mais on assimile souvent intelligence et culture . Prenez un texte av un vocabulaire riche est complexe , et lisez ensuite le mem texte av un vocabulaire pauvre . Le sens sera le mme , mais le texte perdra tou de sa grandeur.
Le vocabulaire est souvent un moyen pr les auteurs de donner lillusion de la kalité a travers une certains complexification de la chose , ki napporte finalement rien en soi .
Je ne remet pas forcement en kestion la kalité jessaye juste de prendre conscience kon peutetre souvent on la surévalue.
Le fossé ki nous eloigne le plus des "grands hommes" est le vocabulaire et la connaissance , ca jen suis persuadé.

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