Cloîtrés vulgairement dans la tente la plus éloignée des bois, nos jeunes aventuriers attendent sagement et silencieusement la venue d'un homme on ne peu plus respectable.
-Serait-il possible que l'on nous explique ce qu'il se passe? [demande Efria agacé] d'une, vous nous arrêtez sans aucun motif, sans preuve et de deux vous nous faites poireauter comme des idiots, expliquez moi, je ne comprend pas trop l'intérêt.
En pleine discussion, les gardes en faction ne bronchaient pas aux exhortions du détenu.
-...rahh ils en tiennent une couche eux aussi.
-Calme me toi Efria il est inutile de t'épuiser bêtement, même dans ce genre de situation.
-Mouai, mais vois-tu, ce qui m'exaspère c'est cette violence gratuite, le monde serait meilleur si les gens daignaient avoir plus de tact!
-Je ne te le fais pas dire.
-Et bien et bien, on discute je vois.
Un homme entre sous la tente. Assez grand et longiligne, l'individu resplendit par son odeur fraîche et parfumée.
-Bonjour vous-êtes?
-Bien le bonjour messieurs, j'ai le regret de vous informer que votre situation, aussi confuse soit-elle, est loin de s'arranger j'en ai peur. Oh, pardonnez moi, j'en oublie les formules de politesse, je me prénomme Agram, il est inutile de vous dire mon nom, vous ne me traiterez plus que par de grossiers sobriquets. Maintenant que les présentations sont faites passons aux choses sérieuses.
Mon rôle ici est de juger qui est bon et qui est mauvais, je suis en quelque sorte une justice incarnée, ça en jette n'est-ce pas?! hum. Je vous coupe votre futur élan clamant votre innocence, si je suis ici c'est que je vous est déjà jugé et...
-...et en gros j'en conclu qu'à votre mine vitreuse et vos effluves marquantes nous ne sommes pas en odeur de sainteté... un comble pour nous mon pauvre ami. [dit-il en se tournant vers Roland]
-NE M'INTERROMPEZ PAS! comment de vulgaires fugueurs osent me couper la parole?!
-Hum... probablement parce que vous avez une apparence cléricale et que le seul fait de vous présenter notre statut de paladin suffisait pour ouvrir le dialogue que l'on nous a promis. [rétorqua Roland d'Eauprofonde]
-Ah bon? hin hin... vous les criminels ne manquez pas de culots, je ne suis pas dupe, les paladins ne sont pas aussi vils que vous, ils ne mettent pas des villes à feu et à sang. La Porte de Baldur ne peut se permettre de libérer les coupables d'une telle destruction... profitez de vos derniers instants pour respirer l'air des bois... cela ne deviendra plus qu'un souvenir ahahah.
Un garde entre alors dans la tente et chuchote à l'oreille du frêle juge.
-Maî... euh messire Agram, trois gardes ne répondent pas présent au dernier rassemblement.
-Ils n'ont sans doute pas entendus
-Certains ont des doutes là-dessus.
-Très bien.
Il repart aussi fier qu'un coq accompagné du garde tout en prévenant les sentinelles de bien surveiller les deux individus tout en rajoutant de sa voix niaise:
‹‹Et n'oubliez pas, les criminels cherchent constamment à vous berner, à vous manipuler. Je ne vous laisse même pas imaginez ce qu'il vous arriverait si...››
-Pfff, comment veux-tu respirer l'air des bois quand un aliéné pareil t'assène d'émanation aussi forte... il me rappelait ma grande tante... une vilaine femme.
-Toujours le mot pour rire Efria, hum hum tant mieux.
-Il avait un peu plus de tact que l'autre qui t'en a mis une tout à l'heure, alors forcément je ne peux qu'en sourire.
__________
-Qui va là ?! Identifiez vous ?!
-Chut!
-Sortez immédiatement sous ordre de...
Le garde s'écroule au sol avec une légère marque de sang au niveau du crâne.
-Mais... Narshad qu'est-ce qui te prend?
Ayant fait le tour du camp en restant invisible, Machalune esquiva les sentinelles et les soldats. Elle vit le musicien Narshad assommer le garde et decida d'aller derriere la tente. Regardant de tout cotés, elle tira sa dague et dechira l'etoffe pour atterir juste derriere Efria et Roland.
-Bonjour vous deux. Ne bougez pas je vais vous detacher.
Elle coupa les liens des paladins tout en ecoutant aux alentours. Des bottes cloutées...qui se dirigeaient par ici !
-Vite, quelqu'un se dirige par ici !
Tout en se frottant les poignets où les cordes avaient laissées de profondes marques rouge, Roland se tourna vers Machalune :
- Discrète et rapide comme une ombre ! Je ne t'avais pas entendue venir. Maintenant fichons le camp d'ici avant que la situation n'empire, je ne tiens pas à faire face à toute une garnison.
"Prenons le chemin que j'ai emprunté" suggéra la voleuse / mage
"C'est que nous ne sommes pas très furtifs, contrairement à toi" interjecta Efria.
"Silence, quelqu'un vient"
Roland fouilla rapidement dans son inventaire et en extirpa une petite fiole de couleur sombre, il la déboucha et en but la moitié, tendant le reste à Efria.
"Avales ceci, c'est une potion d'invisibilité, il faudra malheureusement nous contenter d'une moitié chacun, en espérant que l'effet perdure assez longtemps"
Au fur et à mesure que Roland parlait, son corps de venait transparent.
"Machalune, nous comptons sur ta furtivité et tes talents pour nous sortir de là, nos vies sont entre tes mains. Et une dernière chose, il serait bon que l'on se donne la main, une fois tous invisibles, il serait dommage qu'en plus d'être dans un joli pétrin on parvienne également à se perdre"
-"Par ici. Et essayez de ne pas faire de bruit."
Narshad, je vais essayer de te rendre invisible. mais il se peut que l'effet s'efface rapidement"
Elle chercha la formule puis incanta rapidement. Le musicien s'effaça et la voleuse chancela legerement. "L'esprit" essayait de la posseder des qu'elle utilisait la magie.
Elle prit la main de Roland qui pris celle d'Efria. Narshad pris l'autre main du paladin.
Elle disparu et s'engouffra cehors de la tente en faisant le chemin inverse et se dirigant vers les bois. Elle ne faisait aucun bruit mais entendait distinctement les pas des deux paladins t du musicien. La jeune fille esperait qu'ils ne serait pas reperés. Elle luttait aussi interieurement et des perles de sueur apparurent sur son front. Soudain, un hurlement de rage provint de la tente...
Raz se fit jeter dans une tente de fortune, sans ses armes. Un garde se tenait devant lui. Il le ligota maladroitement et le jeta violemment au sol.
- Que me voulez-vous?, questionne Razdann.
- Que faisiez-vous à rôder dans notre campement, sale voleur?!, rétorqua le garde.
- Un voleur?! Jamais! Je n'ai jamais volé et ce n'est pas maintenant que je commencerai!
- Parle, où je te torture!
Le garde sortit un couteau de sa ceinture et s'avança vers le rôdeur. Raz, voyant cela, usa de ses talents d'évasion et se dépris de ses liens. Il sortit une dague qu'il avait dissimulé dans sa botte et lui planta dans la cheville. Le garde poussa un énorme cri de rage. Raz se leva d'un bon et sortit de la tente par l'arrière, plus vif que l'éclair.
Macha vit une silhouette familière sortir de la tente, suivit des grognements du garde. Cet homme lui rappelait quelqu'un, certes, mais qui??
Raz se sauva dans les bois et se mit en furtivité, attendant le pire.
"Avales ceci, c'est une potion d'invisibilité, il faudra malheureusement nous contenter d'une moitié chacun, en espérant que l'effet perdure assez longtemps, lui dit-il, alors que son corps devenait de plus en plus transparent. Machalune, nous comptons sur ta furtivité et tes talents pour nous sortir de là, nos vies sont entre tes mains. Et une dernière chose, il serait bon que l'on se donne la main, une fois tous invisibles, il serait dommage qu'en plus d'être dans un joli pétrin on parvienne également à se perdre.
- Par ici. Et essayez de ne pas faire de bruit, dit Machalune en acquiescant aux conseils de Roland. Narshad, je vais essayer de te rendre invisible. mais il se peut que l'effet s'efface rapidement. "
Elle incanta son sort, puis chancela rapidement, sans que le barde ne sache pourquoi. Avant de disparaître, elle prit la main de Roland qui pris celle d'Efria. Narshad prit l'autre main du paladin. Le groupe s'engouffra hors de la tente, à l'air libre. On entendait clairement les pas des paladins et du barde. Machalune, en revanche, ne faisait aucun bruit. Ils atteignirent les bois, en file indienne, lorsque soudain surgit un cri de rage provenant de la tente. Une silhouette en sortit, peut-être blessée, suivie d'un garde qui, semé par le fuyard, ne tarda pas à donner l'alerte. Le groupe accéléra, allant au pas de course. Ils s'enfonçèrent progressivement dans les bois, les cris des soldats s'éloignèrent. Ils finirent par s'arrêter au bout de presque une heure, dans une petite clairière. Narshad était essoufflé, le poids de sa hache et de son sac semblait être plus lourd à chaque pas. Où était Thyrro, et où était Léna, à présent ?
" Nous sommes assez loin à présent, dit Efria. Attendons ici, le temps que les effets de l'invisibilité se dissipent et que la nuit vienne. Nous parterons à la recherche des manquants à ce moment-là . "
-Agram, je ne l'oublierais pas de ci-tôt celui là. Nous condamner à mort sans preuve juste parce que son humeur en avait décider ainsi, c'est inacceptable. L'un d'entre vous à pu découvrir certaines choses dans le camp et dans les ruines lorsque nous nous fîmes prendre?
-En me cachant, j'ai surpris une convertation entres les officiers. Ils ne savent pas plus que nous ce qui a detruit la ville. Mais c'est la troisieme a etre attaquée de cette façon. Les deux autres étaient des villes de l'est. Mais je pense que ce... "ravageur" se dirige vers le sud et que la prochaine sera Nashkel. De plus, dans notre fuite invisible, j'ai vu une silhouette sortant de la tente, d'ou le cri de rage je pense.
Elle reflechit quelques secondes, puis ajouta :
-Il nous faut retrouver Thyrro. je ne l'aime guere mais il me semblait qu'il avait vu quelque chose d'interessant dans les ruines.
-Deux autres dis-tu? cela a du se faire en peu de temps vu que je n'ai point entendu d'histoire de la sorte lors de mon séjour... à l'est.
D'après ce que l'on a pu voir, il y a forte à penser que "l'ennemi" face route vers l'Amn, et cela ne prévoit rien de bon [dit il désabusé]
D'un autre côté, nous ne savons ni à quoi il ressemble, ni où il se trouve exactement... une chose reste néanmoins sûr, nous irons par le sud.
Mais avant, nous devons en effet trouver ce Thyrro. Si je comprend bien vous vous êtes séparés dans les ruines... et au moment où je vous parle il nous est compliqué de retourner là bas... Roland serait il possible...
- Je vois où tu veux en venir. Dédé devrait pouvoir le retrouver et le ramener ici assez facilement. Le camp est en ébullition suite à notre évasion, personne ne fera attention à un si petit animal.
Le paladin s'accroupit près de la belette des glaces.
- A toi de jouer mon ami, retrouve le Drow et ramène le ici. Nous t'attendrons à l'abri de ces fourrés.
-Gnikk.
- Une dernière chose avant de partir. Cet homme possède probablement des informations qui pourront nous être utiles, donc ramènes le en un seul morceau s'il te plait.
- Gik !!!
Un éclair de lumière traversa les yeux de l'animal et celui-ci se mit en route vers le camp.
- Bien, il devrait être très rapidement de retour, je vous propose que l'on reste à couvert dans ce bouquet d'arbres. Gardez vos sens en alerte, nous sommes très certainement recherchés maintenant.
Apres le départ de la belette des glaces, Macha se posta dans un arbre. Invisible, elle surveillait les allentours. Soudain, elle entendit un bruit qui se rapprochait, un bruit de pas etouffés. Sans doute quelqu'un de tres discret mais pas assez car l'ouie fine de la voleuse l'avait detecté. En ecoutant mieux, le bruit lui semblait familier... Elle reflechit puis se souvint qu'elle avait vu une personne surgir de la tente apres eux.
-Quelqu'un approche, murmura elle aux autres cachés dans les fourés. Je ne pense pas que ça soit un ennemi mais il faut tout de même etre vigilant.
L'ouïe de Roland n'avait pas les qualités de celle de Machalune, loin de là, mais il était capable de sentir une aura à distance et la personne qui s'approchait d'eux n'avait aucune intention belliqueuse à leur égard.
Roland se tourna vers la voleuse et chuchota :
- Tu as parfaitement raison Macha. L'individu qui vient vers nous n'a rien d'hostile, bien au contraire. Et je suis heureux de le voir de retour.
Parlant un peu plus haut :
" Sors des fourrés Razdann ! Nous sommes ici."
À ces mots, Razdann se leva d'un bon et, dès qu'il vit le visage de Macha et de Roland, un sourire se dessina sur son visage.
- Ah enfin, les amis! Je vous ai retrouvé! Je vous avais perdu et j'ai essayé de vous retrouver dans le campement, mais j'ai été kidnappé par ce garde scrupuleux, ahhh! J'ai réussis à m'évader de justesse et je me suis réfugié dans ce fourré. Toute une histoire! Bref, qu'est-ce qui se passe avec les autres?
Efria laissa paraître un sourire au retour de Razdann... il était temps de faire route vers le sud.
-Nos ennuis ici ont assez duré, notre nouvelle destination est Nashkel, peut-être savent ils là bas ce qui se trame dans la région... et puis je me dois d'avertir, toi aussi d'ailleurs [dit il en regardant Roland], les autorités postés là bas.
D'ailleurs Roland, il me semble qu'un temple est dédié à Heaum là bas, connais-tu quelqu'un de sûr avec qui nous pourrons palabrer?
A Efria
"Malheureusement non, Efria. Je viens d'Eauprofonde, bien au Nord de l'Amn. Mes aventures passées ne m'avaient jamais emmené aussi loin vers le sud.
Quant au temple de Nashkel, ce dernier est bien dédié à Heaum et si ma mémoire de me fait pas trop défaut, il était encore sous la gouverne de Nalin aux dernières nouvelles. Je ne le connais pas personnellement, mais d'après ce que j'ai pu en apprendre, c'est un prêtre juste et très respecté par les habitants de la région. Il devrait nous être de bon conseil et nous accueillera probablement à bras ouverts."
A Razdann :
"Content de te revoir parmi nous. Nous te raconterons tous les détails sur le chemin, il nous faut partir au plus tôt"
A tous :
"Dès que Dédé aura ramené Thyrro ici nous lèverons le camp et nous mettrons en route vers Nashkel, au sud."
Arrivé à toute allure, accompagné par la plus fidèle belette qu'il soit, Thyrro rejoint le groupe non sans se faire bousculer et vilipender.
-Alors Thyrro, [assena le paladin en calmant le jeu] qu'as-tu donc à nous rapporter du front?
-Je... euh.. je...
-Tu ne vas pas me faire croire que tu n'as fais que te cacher pendant tout ce temps! [rajouta-t-il]
-Non non non...
-Ouai ouai, dis plutot qu'il était de mèche avec eux! il en a tout l'air vous ne trouvez pas?
-Ohh
-Non
-Hey ouai ça s'pourrait
...
-Calmez-vous dont! nous ne sommes pas ici pour porter à fin un procès qui selon moi s'avère bien trop défavorable à notre cher elfe noir. Ce n'est ni le lieu, ni le moment et encore moins le les protagonistes adéquats. Nous devons faire route vers le sud et le plus tôt sera le mieux, si personne n'a d'objection, suivez le pas!
Après les acquiescements de chacun, Efria se jeta vers l'oreille tendue de Roland pour lui souffler un...
-Prends les devants cette fois-ci, et surtout reste très vigilant... je resterais à l'arrière si besoin est, jusqu'à notre prochain arrêt.
Se penchant à l'oreille d'Efria :
-Très bien.
A l'ensemble du groupe :
"Nous voilà maintenant au complet. Nous faisons route vers le Sud. J'ouvrirai la route, Efria couvrira nos arrières. Razdann et Machalune, nous faisons pleine confiance à vos sens pour détecter le moindre danger potentiel. Narshad, reste au milieu du groupe et garde l'oeil ouvert.
- Très bien.
- Nous sommes à tes ordres Roland.
- Euh ... et moi je fais quoi [demanda Thyrro] ?
- Contente toi de marcher, nous aurons à discuter, mais ce n'est ni le lieu, ni l'heure.
"Nous avons encore quelques heures de jour compagnons. Nous marcherons jusqu'à la nuit"
Roland hocha la tête en direction d'Efria.
"En route"
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Ils marchaient depuis plusieurs heures déjà, n'échangeant que trop rarement des paroles. La tension se ressentait au sein même du groupe ; certains parce qu'ils avaient un elfe noir dans leur rang , un autre parce qu'il était ce même elfe noir , mais tous ressentaient la présence d'un danger diffus, impalpable et oppressant. Narshad, abruti par ces heures de marches qui lui semblaient sans but, avait fini par fermer les yeux et à se fier à ses oreilles ; son ouïe particulièrement développée - don de son expérience de barde et du reste de sang elfique qui lui coulait en ses veines - lui permettait de situer la position de ses compagnons, du pas feutré, presque silencieux, de Machalune et dans une moindre mesure de Thyrro , au petit trottinement de Dédé et aux pas lourds de Roland et Efria. Le barde, au fil du rythme lancinant de ses pas, finit par sombrer dans une somnolence brumeuse.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il n'était pas là. Il était toujours en train de marcher avec ses compagnons, mais il était ailleurs. Il était dans un endroit d'une blancheur éclatante, sans que l'on ne puisse voir ni mur, ni sol, ni plafond. Chacun de ses pas resonnait cependant, comme si il marchait sur un dallage de marbre. Il vagabonda encore quelques instants, puis s'arrêta. Des pas continuaient cependant de retentir autour de la salle. Les pas se rapprochèrent. Il sentit un corps s'inscruster contre son dos, une tête reposer contre son épaule. Il sentit une main, légère, fraîche, tracer une ligne du bout de l'ongle le long de sa joue, puis aller sous son menton, épouser la forme de la fine cicatrice qui se trouvait là.
" Tu te rappelles de celle-là, Narshad ?
- Léna ? "
La présence le retourna pour qu'il lui fit face. Il ne pouvait pas bouger, sa volonté n'agissait pas, il n'était plus qu'un pantin entre ses mains. C'était bien Léna. Elle le regardait avec un sourire étrange, comme un sourire de connivence.
" C'est toi qui me l'as faite ... ", lui dit-il.
Elle émit un petit rire.
" Tu t'en souviens ... ( elle souriait encore ). C'était ... chez nous ..., finit-elle, une nuance de regret dans la voix.
- Tu es ... réèlle ?
- C'est ça qui te préoccupe, Narshad ... ce " ravageur ", ce vestige du Temps des Troubles, tu te souviens ce qu'il a fait de nôtre village ? Tu t'en rappelles, Narshad ....
- Ce n'était pas un ...
- Qu'en sais-tu ?, l'interrompit-elle , son regard brillant de haine et de fureur, toi qui t'étais enfui comme un lâche, un couard, me laissant aux griffes, aux crocs et aux flammes ! "
Narshad n'eut pas le temps de répondre. Léna le saisit par la gorge, le souleva du sol.
" Toi qui m'as laissée à la mort ! "
Elle lui envoya un coup de poing dans le thorax, le projetant à plusieurs mètres et l'envoyant s'écraser au sol, sans qu'il ne puisse réagir. Il ne pouvait bouger, ne pouvait se défendre. Lorsqu'il leva les yeux ( ou est-ce qu'on le faisait à sa place ? ), il aperçut des jambes à la peau bleutée. C'était Elle. Ses jambes, ses hanches, son visage, ses cheveux tombant jusqu'aux reins, oui, c'était Elle. Elle qui était morte au temple. Elle qui le regardait avec une terrible expression de déception.
" M'as-tu déjà oubliée, Narshad ? , lui dit-elle. Tu m'abandonnes. Tu es parti, et quand tu reviens, je suis morte. Je me suis liée à toi, et déjà tu m'abandonnes ! , cria-t-elle en lui envoyant un coup de pied qui lui fit souffrir mille morts.
- W ... Wail-
- Tu m'as laissée. Tu m'as laissé partir. "
Chaque mot de ces apparitions successives était semblable à un coup de poignard lui tordant les entrailles. La sirène écarta les bras, le laissant la regarder, s'énivrer d'elle, si désirable. Lorsqu'elle serra les poings, ce fut comme si elle l'écartelait, un rictus affreux sur le visage, transformant la beauté pure en cauchemar hideux. Léna revint, le saisit par la gorge, encore une fois, et le remit debout. Il attendait, comme le comdamné que l'on va pendre à l'échafaud. Les deux apparitions parlèrent en même temps, en s'avançant vers lui, dans une sychronisation effroyablement parfaite :
" Nous qui avions des espoirs en toi ... tu es notre échec. Tu n'es ... rien . Tu existes, mais tu ne vis pas. Tu n'es plus rien, Narshad, petit parasite perdu dans un monde que tu ne comprends pas, que tu ne comprendras jamais "
Léna lui prit le bras, regarda le symbole qui brillait sur son poignet.
" Tu m'as abandonnée à la mort et à la douleur. "
Elle le regarda dans les yeux, avec une infinie tristesse.
" Toi qui m'avais dit que tu m'aimais ...
- Tu n'es pas réèlle, dit Narshad, remportant un infime instant la bataille pour recouvrer sa volonté. Tu n'es qu'une création. Je t'ai crée, mon esprit t'a crée, vous a créées, à fait naître cet endroit. Vous n'êtes que des reflets, rien de plus .
- Mais nous sommes issues de toi, Narshad , répondit la sirène. Nous sommes toi, ne l'oublies jamais. ( A nouveau, elle eut son rictus affreux. ) Tu es à nous, Narshad. "
C'est alors que Léna arracha la peau de son bras droit, et la retira comme celle d'un vulgaire fruit. C'était insupportable. Il avait les chairs, les muscles, les tendons, les os à vif, sujets à la cruelle morsure de l'air, et hurlait comme un porc que l'on égorge.
" Voyons voir le goût de ton sang ! ", hurlèrent-elles en même temps. Et chacune , en même temps, exhibèrent leur crocs , et les plantèrent de chaque côté de sa gorge, aspirant sa vie même.
Un souffle de vent les balaya, toutes deux. Elles se relevèrent, affreuses, les figures pleines de son sang. Léna avait le bras gauche tailladé par une lame. Il ressentit une présence, quelqu'un qui luttait avec lui.
"Défends-toi, Narshad ! "
Et la présence apparut, devant lui, dans un torrent d'énergie magique. Ses cheveux, ses vêtements, la dague effilée et à présent sanglante qu'elle tenait ...
Machalune. Drôle de prénom, tout de même. Il devrait penser à lui en parler, un de ces jours.
" Défends-toi ! "
A nouveau, il fut ailleurs. Sur le sommet d'une tour sombre, battue par les vents et par les flots. Il était dos à dos avec Machalune. Elle avait sa dague, et lui sa vieille hache. Il n'était que douleur.
Et fureur.
Il se sentit envahi d'une force inouïe, telle qu'il oublia la douleur de son bras écorché, du sang qu'il suintait de sa gorge. Il éclata de rire, ce qui désarçonna tout le monde. S'il avait crée cet endroit, alors ...
Il saisit sa hache de ses deux mains, et ferma les yeux.
Impact. Tranche. Tue.
Impact. Tranche. Meurs.
Un instant d'après, les deux apparitions, de Léna et de la sirène, étaient au sol, se vidant de leur sang et de leurs entrailles. Il n'avait pas bougé, mais sa hache était à présent pleine de sang, et semblait avoir conscience d'elle-même et du combat qui venait d'avoir lieu, comme si elle était pourvue d'une âme, de l'essence même du meurtre. Il se retourna. Machalune lui faisait face, et souriait. Lorsqu'elle lui toucha la joue de sa main si légère, presque éthérée, cela lui fit l'effet d'une décharge de magie pure.
Narshad rouvrit les yeux. Il se tenait debout, arrêté au beau milieu du chemin. Les autres membres du groupe se tenaient derrière lui ou s'étaient retournés, voyant qu'il s'était brusquement arrêté. Il fixa Machalune. Celle-ci ne lui répondit que par un regard interrogateur.
" Qu'y a-t-il, Narshad ? " , dit Thyrro, qui se tenait derrière lui.
Il hésita quelques instants, puis répondit :
" Rien ... rien, je ... je réfléchissais, désolé. Reprenons la route, si vous le voulez bien ", termina-t-il dans un sourire.
Ce n'est qu'après quelques pas qu'il se rendit compte qu'à peine une seconde s'était écoulée le temps de son "évasion ", et qu'il éprouvait une douleur cuisante, brûlante même, au bras droit, comme s'il avait été écorché. Il retroussa sa manche, et vit que du symbole argenté sur son poignet suintaient des gouttes de sang.
Voila plusieurs heures que l'esprit de la jeune fille se concentrait sur plusieurs problemes. Tout en marchant à coté de Razdann, elle ecoutait les bruits allentours afin de prevenir d'un quelconque danger. Elle se sentait oppressée par une force inconnues et pas franchement agreable. De plus, elle ne cessait de surveiller le drow car pour l'instant elle le considerait plus comme un ennemi que comme un ami. Enfin, elle reflechissait a cette chose, ce "ravageur". Que pouvait il bien chercher dans le sud ? Pourquoi s'en prendre a des innocents ? Serait-ce un demon ?
Ses reflexions furent interrompue par Narshad. Il s'etait brusquement arreté au milieu de la route et semblait etre ailleurs.
- Narshad ?
Elle s'approcha de lui et lui passa la main devant le visage. L'anneau que lui avait donné Dédé était a son doigt. Elle ressentit un piquottement quand quelques secondes apres le barde ouvrit les yeux pour la fixer.
Macha se demandait ce qui avait pu se passer. En tant que mage, elle était sure que ce n'etait pas naturel.
" Qu'y a-t-il, Narshad ? " , dit Thyrro, qui se tenait derrière lui.
Rien ... rien, je ... je réfléchissais, désolé. Reprenons la route, si vous le voulez bien.
-Narshad...tu es blessé, dit Machalune. Attend...
Elle fouilla dans son sac et sortit une bande de tissu blanche en lin pour envelloper le poignet du barde. Sans un commentaire pour le symbole argenté, elle se demandait cependant si il avait un lien avec l'attitude etrange de son compagnon...
Le drow marchait en silence, perdu dans ses pensées. Apparement, la confiance du groupe était à mériter, et rien de ce qu'il avait fait jusque là ne pouvait inspirer confiance à ces paladins...
Et puis il y avait Narshad, le seul qui semblait être moins méfiant à son égard que les autres, comme s'il avait déjà connu d'autres drows...
Thyrro leva les yeux vers le barde. La démarche de Narshad était mécanique, comme s'il était plongé dans un rêve, une vision.
Narshad s'écroula à terre, secoué de convulsions. Du sang perlait à son poignet. Thyrro vit Machalune s'approcher du barde et sortir un pansement de lin de sa besace.
A son tour, le drow s'approcha :
"Qu'y a-t-il, Narshad ?"
"Rien... rien, je... je réfléchissais, désolé. Reprenons la route, si vous le voulez bien."
Plus tard, Thyrro s'approcha du barde et lui souffla à l'oreille :
"Je sais que quelque chose ne va pas, Narshad. C'était une sorte de cauchemar, n'est-ce pas ? Une vision des éléments du passé, vision terrifiante. Si ça continue, ton esprit sera rongé par ces apparitions qui temneront peu à peu à la folie. Défends-toi, Narshad, accroche-toi au présent..."