"Mais il manque quelque chose à l'Ecossais. Qu'est-ce ? Cette aura charismatique qui entoure et Roger, et Rafa, mais également Novak. Pour le premier : un jeu naturellement offensif, dans le sens du mot "jeu" et du "jouer avec" ; une esthétique du "jeu" et de sa gestuelle, la recherche d'un absolu mallarméen qui ne tient qu'à un fil, rompu par quelque facteur X déboulonnant ; la notion du possible, des coups techniquement impossibles - géniale réussite ? - et des ratés incompréhensibles ; une Histoire dominée et maîtrisée qui peut donner des conséquences énormes à l'une de ses défaites - Davydenko l'emporte aujourd'hui, c'est un record qui s'arrête. Pour le second : une violence théâtralisée, un masque brut aux gutturaux ahanements, l'image du tragos et du bouc égorgé sur les scènes antiques ; un engagement et physique, et mental d'une profondeur telle qu'elle en est effrayante, qui lui permet un jeu techniquement impossible ; un charisme naturel et une éducation insulaire drainant sympathie et respect parmi ses pairs. Pour le troisième, en construction : un personnage explosif, assez insaisissable, entre facéties, trucages, colères, humilités, présomptions et fair-play, voguant de farces en drames, créant des pièces exceptionnelles, comme à Madrid en mai dernier, sur des victoires comme des échecs. Andy Murray, ce n'est pas lui faire injure que de le reconnaître, n'a pas encore cette aura, cette flamme théâtrale qui fait du tennis plus que du tennis et le porte à l'expérience esthétique, à l'expérience de la vie."
Ce bout-là est particulièrement cool.