Et c'était reparti plein gaz sur la 66.
Moi et Cindy devant, les mains vissées sur les guidons des bécanes, mes cheveux longs au vent, la natte de Cindy jouant avec le souffle chaud du désert environnant.
Couetz nous suivait à une dizaine de mètres, Candisse suivait Couetz, la Cad et la Mustang roucoulant des moteurs. Barry White sur la sono de Couetz, les L7 sur la sono de Candisse.
J'aurais voulu mettre la gomme, me barrer comme une fusée à l'horizon avec Cindy, direct dans les étoiles, semer Couetz et sa mégalo des monuments Saint Francis.
Et dire que j'aurais pu filer en vacances, c'était un jeudi matin, je venais d'enfourcher ma chopper et j'étais prêt à filer vers le sud sous le soleil des îles, quand le téléphone a sonné dans le couloir.
J'ai hésité une seconde, puis je suis allé décrocher. J'aurais mieux fait de démarrer.
— Ouais ? que j'ai balancé.
— Salut Blue, c'est Couetz.
— Qui ça ?
— Couetz, tu te rappelles pas ? le bar à Miami, la baston contre les Hell's Angels ?
Putin ! Je l'avais oublié. Oui, je me rappelais que trop bien. Je sirotais tranquille une bière assis au comptoir. Un mec a déboulé et s'est talé sur le tabouret à côté. C'était Couetz. Il a commandé une bière, quand trois types sont entrés, des Hell's Angels. Apparemment ils le cherchaient, vu qu'ils se sont ramenés vers lui. La fille du chef de la bande qu'il avait séduite, d'après ce que j'ai compris, avant que la baston commence.
— Ouais, et c'est pour quoi ? que j'ai demandé, décidé à raccrocher dans les trois secondes suivantes.
— Un trésor, mec, qu'il a chanté, avec des intonations de Bud dans la voix. Des millions de dollars à se mettre dans les poches…(bruit de rot)… Tu connais les monuments Saint Francis ?…
Et voilà le travail ! Comment je me retrouvais roulant sur la 66, suivi par Couetz en Cad. Bon, y avait Cindy, peut-être que je ne l'aurais jamais connue sinon. Sûrement une compensation envoyée par le ciel. Et puis je pourrai toujours me barrer à un moment ou à un autre. Pardon, nous pourrons toujours nous barrer, Cindy et moi. Après tout, Couetz avait Candisse, bon c'est plutôt Candisse qui lorgnait sur Couetz, mais c'est pareil, non ?
Je savais bien qu'on finirait par se ramasser un bug.
Il se pointa sous la forme d'une sirène de police. Non mais sans dec, comment un shérif peut glander dans le désert à 9h du mat ? Il n'a rien d'autre à branler ? Il devait être planqué avec sa Ford derrière le panneau publicitaire, qu'on venait de dépasser.
Et c'est là que la Mustang nous doubla dans une orgie de moteur et s'éloigna sur la route vers l'horizon parsemé de nuages effilés.
Aussitôt la Ford du shérif la prit en chasse.
A mon avis Candisse avait quelque chose à se reprocher. Remarque, d'un côté ça devait arranger Couetz. Il devait respirer, la preuve, il monta le son de Barry White.
Cindy m'adressa un petit regard étonné et un grand sourire. Je le lui rendis. Lâchai presque une caisse de joie. Manquait plus que la Cad de Couetz dérape sur la route avec plusieurs tonneaux, avant de prendre feu et d'exploser. Mais on ne peut pas en demander trop non plus au Seigneur. Dans ces cas-là, faut s'adresser à Satan, il est plus disposé pour satisfaire ce genre de demandes.
Et dix kilomètres plus loin, je vois la Ford du shérif arrêtée sur le bas-côté, la portière conducteur ouverte, les lumières bleu rouge du gyrophare flashant en rythme, mais sans le son de la sirène.
A côté, la Mustang, Candisse debout.
Je ne vois pas le shérif, mais je pense que je ne vais pas tarder à savoir où il crèche en me rapprochant.
Bon, je te laisse la suite, je t'ai mâché tout le boulot. Sympa, non ? T'as plus qu'à enterrer le cadavre du shérif et faire disparaitre la Ford dans un incendie !
