Oui, mais quand on aime on ne compte pas !
Bon, vu que tu savoures encore le repos du week, je me lance dans la suite.
Il était pas loin de dix heures quand on se gara devant le snack, à côté de la station d'essence et de la petite boutique. Deux autres maisons glandaient de l'autre côté de la route. Une pancarte indiquait Fleetwood. Plutôt paumé le coin, mais bon, du moment qu'il y avait quelque chose à se mettre sous la dent. Le café et les clopes c'est bien beau, mais ça ne nourrit pas son homme, et surtout pas une belle plante comme Cindy, en pleine croissance, qui n'attend que de mordre dans les bonnes choses de la vie à pleines dents. Et dans moi, par la même occasion, vu que je représente une des bonnes choses majeures de la vie.
Je louchai sur le pick-up préhistorique, poussai la porte vitrée du snack, laissai passer Cindy, galanterie oblige, et la suivis, oubliant Couetz qui grâce à ses réflexes légendaires de super gamer agrippa la porte avant qu'elle se referme.
Deux vieux occupaient un box, style fermiers, avec des salopettes usées, à se demander comment les bretelles tenaient encore. Une vioc, le type de la veuve vivant avec ses chats, sifflait une chopine de pinard dans un autre box.
On s'installa près de la vitre, pas mécontent de se retrouver le cul sur une banquette confortable. Moi à côté de Cindy, Couetz en face.
La serveuse se ramena, la cinquantaine, une choucroute à la sixties, plutôt enveloppée côté carlingue, un bon 110 dans le soutif, mais le sourire jovial.
— Bonjour, qu'elle nous chanta, un carnet dans les doigts, je m'appelle Lorette, quel bon vent vous amène du côté de chez nous ?
— Un vent d'aventure, répondit Couetz, en décochant son sourire de crooner à la Douglas Fairbanks avec le masque de Zorro, que tu vois juste le sourire et que le masque ça fait mystérieux pour les femmes en manque de galipettes.
— J'ai vu une boutique dehors, on trouve de quoi s'habiller ? demanda Cindy.
Lorette la regarda avec un regard presque maternel, que Cindy devait peut-être lui rappeler une fille qu'elle avait jamais eu, ou qui s'était barrée avec un routier vers les mirages des grandes villes.
— Bien sûr, vous trouverez tout ce qu'il faut. Bon, peut-être pas la dernière mode pour une aussi belle fille que vous, mais vu votre look vous pouvez porter n'importe quoi.
— C'est gentil, souffla Cindy presque émue.
Je me levai pour la laisser passer. Elle fila dehors pendant que Couetz lisait la carte.
— Bon, pour moi ce sera deux œufs, du bacon, des saucisses avec beaucoup de moutarde, et une tarte au citron.
Je commandai pareil pour moi et Cindy. De toute façon, y avait rien d'autre au menu, sinon c'était les cuisses de poulet ou la côte de bœuf, mais le matin je préfère du léger.
— Et de la Bud, précisa Couetz à Lorette qui le nota, envoya son sourire de serveuse et disparut derrière le comptoir dans la cuisine.
Plutôt sympa l'endroit. Je roucoulai à Couetz du bout de la langue :
— Je crois que t'as un ticket, la vieille là-bas n'arrête pas de te lorgner.
Vachement discret, Couetz tourna la tête pour la regarder, vu qu'elle le lorgnait de profil.
Elle lui adressa un grand sourire avec une dent en or, qui brilla dans un éclair sous les néons.
— En plus elle a l'air friqué, t'as vu le tailleur ? Sûrement du Coco Chanel, mon vieux, c'est ta chance, ne la laisse pas passer.
— Très drôle, qu'il ricana, tu chercherais pas à m'éloigner de Cindy, par hasard ?
— Moi ? que je m'étonnai. M'enfin, Couetz, on n'est potes depuis un bail, tu me connais ?
— Justement.
— Je disais ça pour toi, mais bon, OK, seulement viens pas pleurer après que t'as loupé le grand amour et la fortune avec.
Lorette ramena trois bocks de Bud. Couetz s'empara du sien et s'envoya une rasade dans le gosier. La Bud c'était son élixir de jouvence. Sa potion magique. Grâce à elle il reprenait des couleurs. La blafardise de l'existence s'envolait pour le carnaval du bonheur.
Je dégustai une coulée, les papilles gustatives en ébullition.
— Ce sera prêt dans cinq minutes, dit-elle.
— Au fait, Fleetwood, c'est quoi ? que je demandai.
— Comme vous avez pu le remarquer, c'est pas grand ici. Il y a encore quelques maisons encore plus bas. La veuve Dolly habite là, c'est la femme assise en tailleur Coco Chanel. Son cinquième mari était croque-mort, il avait plusieurs magasins de pompes funèbres dans l'état. Elle touche une belle rente.
Je zieutai Couetz, un sourire aux lèvres, qui grimaça des mâchoires.
— Sinon y a Greg et Randy, les deux fermiers que vous voyez là, ils prétendent avoir vu des choses la nuit.
— Ah oui ? s'intéressa Couetz, l'oreille aux aguets.
— Il paraît qu'il y a des lumières bizarres dans le ciel, et puis Randy en rentrant chez lui vers minuit aurait vu une sorte de monstre avec des grandes ailes.
— Le mothman ! s'écria presque Couetz, une lueur d'inquiétude dans les yeux.
— Ne me dites pas que vous y croyez ? s'étonna Lorette. Il faut dire que Randy aime bien taquiner la bouteille.
Une voix gicla de la cuisine :
— C'est prêt.
Pendant que Lorette allait chercher les petits déjeuners, la porte du snack s'ouvrit et Cindy rentra le nombril à l'air, vêtue d'un jean moulant taille basse et d'un tee-shirt tout aussi moulant et plutôt réduit. Ses tétons pointaient à travers le tissu extra-fin.
— Y avait que cette taille, qu'elle expliqua. Et ils n'avaient pas de soutifs, mais ça fait rien, je me sens plus libre comme ça.
Je me poussai pour la laisser s'asseoir.
Les yeux de Couetz s'accrochèrent à ses seins pulpeux comme deux piolets d'alpiniste.
— Ah c'est cool ! qu'elle chanta en prenant le bock.
Mais au moment de boire, elle nous regarda et demanda :
— Et Bomba ? Il est où au fait ?
Pendant que Lorette ramenait les assiettes sur un plateau, Couetz se dévoua à contrecœur pour aller voir, vu que j'étais coincé entre la vitre et Cindy.
Ben je te laisse t'occuper du macaque. Chacun son tour. 
Ici un temps couvert et du vent dans les arbres. Ça s'agite comme les lolos de Cindy qui piquerait un sprint.
Condoléances pour ta PS !
