Bon, voilà la partie 6... En fait, je ne savais asolument pas ce que j´allais mettre dedans, c´est un peu un kaléidoscope... Ca se tient à peu près dirons-nous.
Ah oui... La partie suivante risque d´être la dernière avant mon départ en vacances, je préviens en avance...
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Partie 6 : Le Chant du Cygne
Décidément, quelque chose lui déplaisait vraiment dans cette ville. Il y avançait depuis maintenant une bonne heure, suivant une Laura un peu indécise. L´enfant, d´abord enthousiaste et enjouée, avait progressivement ralenti et avait joué à louvoyer dans les petites rues, évitant soigneusement de rester trop longtemps dans les grandes avenues découvertes de Silent Hill. Il avait renoncé à lui faire entendre raison au bout d´un quart d´heure. Laura était pénible, mais c´était son seul guide dans cette cité déserte où il n´avait aucune intention de rester trop longtemps. Elle était... Comment dire, dérangeante.
Plus il fixait les murs des bâtisses, le goudron de la route, la végétation ambiante, plus il se disait que quelque chose clochait. Ces murs trop propres, trop impeccables... Ce bitume sans aucune marque, brillant... Ces arbres jeunes et trop droits... Tout ici était parfait. Trop parfait. On aurait dit une gigantesque cité Playmobil qu´un enfant consciencieux avait monté avec patience et amour du détail. Pour effacer ce qu´il y avait avant peut-être... Peut-être était-ce ce qui troublait la petite Laura : la Silent Hill qu´elle avait connue et celle qu´elle retrouvait aujourd´hui étaient-elles les mêmes ?
Devant lui, elle s´immobilisa soudain face au lac, l´observant en silence. Il l´imita. Dans le soir tombant, la Toluca était moins majestueux que dans les fugitives visions qu´il offrait de lui depuis la route. Ses eaux prenaient une teinte grisâtre peu engageante, et il semblait s´étendre démesurément, englobant les rives, les immeubles, atteignant les forêts toutes proches. Sur la gauche, assez loin, se dressait le phare, d´un blanc sale.
- J´aimais bien me promener au bord du lac, murmura Laura sans quitter l´étendue d´eau des yeux. J´y jouais longtemps. Il y avait toujours des gens qui venaient y pêcher... ajouta-t-elle en souriant.
Dante lui jeta un regard étonné, attendant manifestement une explication à son amusement.
- Ils n´attrapaient jamais rien, expliqua-t-elle. C´était toujours les mêmes, ils allaient aux mêmes endroits, et rentraient bredouilles chez eux. Jour après jour. De toute façon, même s´ils avaient attrapé quelque chose, ils n´y auraient pas touché.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas.
Elle perdit néanmoins son sourire. Elle se perdit à nouveau dans la contemplation du lac. Dante s´approcha davantage, jusqu´à être tout près d´elle.
- Laura, tu es née ici ?
- . ..Nous sommes venus voir Mary, on devrait se dépêcher avant que la nuit tombe, non ?
- Laura...
- Dante, ça n´est pas important. L´hôtel n´est pas loin. Viens.
Il se résigna. Peu importait après tout. Laura pouvait bien venir de Mars ou du Pôle Nord, du moment qu´il trouvait le Grilleur et lui faisait regretter ses actes, lui, ça lui suffisait. Elle l´entraîna à nouveau dans les ruelles longeant le lac, en direction de l´Ouest.
Alors que le ciel pâlissait et que la première étoile commençait à y luire faiblement, ils émergèrent d´un dernier boyau. Devant, entouré d´une verdure trop verte et bien portante, s´élevait un imposant bâtiment d´un style ancien, rappelant celui colonial. Planté au milieu d´un petit parc, il faisait face au Toluca. Il y avait trois rangées de fenêtres, ainsi que des vasistas perçant le toit... Tout semblait figé. Même le lac. Les oiseaux s´étaient tus. Cette fois, c´est Dante qui marchait devant, Laura se contentant de rester à ses côtés.
- Dante... murmura Laura. Il va bientôt faire nuit ?
Il regarda sa montre : 19 h 03. La nuit tombait bien tôt ici... Mais pas la peine d´affoler Laura plus qu´elle ne l´était déjà avec cette considération. Malgré son apparente assurance, il avait senti que derrière cette question qui se voulait anodine, se cachait de la peur. Peur qu´il fasse nuit... et c´était lié à l´hôtel ou en tout cas, à Silent Hill... Que peut-il bien se passer la nuit ici ? se demanda Dante. La réponse se présenterait d´elle-même si les craintes inavouées de sa jeune accompagnatrice étaient justifiées...
- Dans pas longtemps, lâcha-t-il finalement, plus par nécessité de répondre que par envie.
- Ah...
Elle regarda le ciel avec ses tendres yeux bleus. Etrange comme cette enfant, insouciante quelques temps auparavant, se montrait silencieuse et inquiète à présent. Lui-même, sans pouvoir dire pourquoi, ne se sentait pas tranquille. A mesure que la nuit tombait, il y avait un quelque chose de palpable dans l´air... Quelque chose qui grandissait. Silent Hill toute entière qui se réveillait.
- Finalement, le code rouge n´est peut-être pas inutile ce coup-ci, marmonna Kritchen en se relevant.
Ils avaient rejoint l´entrée nord de la ville, par Bachman Road, et ce qu´ils y avaient trouvé leur avait fait comprendre que finalement, il n´y avait pas eu de fumée sans feu. Une moto était apparue comme par enchantement, sagement garée sur le trottoir, un peu en retrait des hauts tunnels menant à Jacob Heaven Road. Une belle Aprilia rouge, sportive, grosse cylindrée. Propriétaire masculin à 99,99 %. Il y avait bien quelqu´un qui était venu se perdre à Silent Hill. Tandis que les autres membres de l´équipe jetaient un oeil aux alentours en quête d´autres indices, Kritchen réfléchit.
Celui qui était venu était seul à priori. Ils n´avaient croisé ni entendu personne en venant ici, donc l´inconnu ne recherchait pas de présence vivante. Il n´était pas paniqué ou du moins, ses nerfs tenaient encore suffisamment pour l´empêcher de courir partout dans les rues en hurlant pour voir si quelqu´un finirait par lui répondre. Non, le coco savait parfaitement qu´il était seul à Silent Hill. Il n´était pas venu en touriste. La merde sent décidément plus mauvais lorsque vous l´avez sous le nez...
- Il y a des traces de freinage brutal sur Jacob, annonça Israël en revenant de son incursion avec le brun. Il a failli avoir un accident, s´il n´avait pas freiné à temps...
- A 1,5 kilomètres de la ville je parie, marmonna Kritchen.
Il perçut le frisson qui agita le jeune brun. Il redoutait par-dessus tout que ce jeunot ne se remette à délirer avec ses histoires de fantôme. D´accord, il y avait eu de nombreux accidents de par le passé à cet endroit-là, mais que diable, il est notoirement connu qu´il y a des carrefours ou des virages dangereux, où les risques sont démultipliés par de petits détails. Là, c´était par cette plaque de béton lisse, qui faisait déraper n´importe quel véhicule comme s´il roulait sur du beurre.
- Bon, on sait que notre homme a au moins d´excellents réflexes. Bon, venez tous là, les gars ! appela-t-il en tapant dans ses mains. Une fois tous réunis, il poursuivit : On va se séparer pour fouiller le coin. Ce guignol est à pied, il n´a pas pu faire des kilomètres. Il va y avoir 3 groupes, chacun son morceau, alors ouvrez grand vos oreilles ! Israël et Marc, vous ratissez le quartier commerçant. Tom et le jeune, vous allez surveiller ici. William, avec moi, on se charge du lac. Le moteur de la bécane est encore un tiède, il ne doit pas encore avoir eu le temps de dépasser ce point. Surtout, n´oubliez pas : ordre de tirer à vue. On ne sait pas ce que ce gars est venu faire ici et il peut être dangereux pour qu´on soit passé en alerte maximum. ( Il prit son talkie et régla une fréquence ) Je veux un contact radio tous les quarts d´heure, sur le canal 12, et un rapport immédiat en cas neutralisation ou d´imprévu, compris ?
Ils hochèrent de la tête. Ils avaient tous compris les " imprévus " possibles sous-entendus par le Trône. A Silent Hill, ce mot rimait sans mal avec sons, ombres, silhouettes s´évaporant dans le lointain. Au moins, ce serait le chef qui se coltinerait le lac, ils y avaient échappé. Kritchen vérifia une dernière fois sa montre.
- Synchronisation des montres, messieurs. Il est exactement 18 h 33. Point de rendez-vous ici, à 23 heures. Bonne chasse, messieurs.
Cela équivalait à un signal de départ. Les visages fermés, les binômes s´éloignèrent rapidement pour pouvoir commencer au plus tôt leur patrouille. La nuit approchait. Aucun d´eux n´était rassuré de savoir qu´il faudrait passer pas loin de 4 heures dans les ténèbres de ces rues... Une première en fait. Ils n´avaient jamais mis les pieds en ville après que la nuit fût tombée, ils n´en avaient eu ni la nécessité ni l´envie. La journée, il se passait déjà des choses étranges alors la nuit... Mieux valait ne pas y penser...C´était la nuit... que les suicidés qu´ils avaient trouvés étaient morts à Silent Hill, avait dit le médecin-légiste. La nuit que le lac était le plus sombre et la ville la moins hospitalière. Tous feux éteints, comme un vaisseau à la dérive.