Interview manager de Vacansoleil
I : Bienvenue à vous Daan Luijkx. Vous êtes le manager général de la formation Vacansoleil Pro Team. On se rappelle que fin 2013, le sponsor avait décidé de ne pas continuer l'aventure. Vous aviez alors failli mettre la clef sous la porte avant qu'une lueur d'espoir ne revienne avec un nouveau contrat de sponsoring avec Vacansoleil. Comment avez-vous vécu ce moment ?
DL : Ça a été sans aucun doute le moment le plus difficile de l'équipe. Nous n'avions aucune solution d'avenir et sans Vacansoleil nous se serions plus dans les pelotons professionnels aujourd'hui. Mais je crois que ce moment difficile nous a permis de nous remettre en question et de progresser significativement.
I : En effet, l'équipe a beaucoup progressé après cette intersaison 2013-2014 malgré un recrutement biaisé par ce contrat de sponsoring signé très tard.
DL : C'est vrai que nous n'avons pas pu faire un recrutement idéal et que nous avons perdu de nombreux coureurs phares de l'équipe comme Björn Leukemans, Sergueï Lagutin, Romain Feillu ou les frères Van Poppel. Mais nous avons eu la chance, si je puis dire, que la formation Euskaltel ait disparu. Nous avons ainsi pu récupérer des coureurs d'expérience comme Samuel Sanchez qui a réalisé deux superbes saisons chez nous.
I : Puisque nous parlons de lui, avez-vous été déçu de le voir quitter Vacansoleil fin 2015 pour s'engager chez Katusha ?
DL : Déçu, ce n'est pas le mot. Nous pensions lui offrir une dernière année de contrat en tant que coureur "à part" en quelque sorte. Il n'a plus le niveau pour jouer des classements généraux, il le sait. C'est peut-être pourquoi il a préféré rejoindre des coureurs comme Gorka Izagirre, Zubeldia ou Landa chez Katusha. C'est son choix et nous le respectons.
I : Nous parlions justement d'une saison 2014 très très bonne avec une bonne campagne de classiques pour Flecha et de nombreux Top 10 sur les courses World Tour.
DL : Juan Antonio a été excellent c'est vrai.
I : Il aurait presque pu remporter un monument.
DL : C'est vrai, il n'est pas passé loin plusieurs fois sur Paris-Roubaix, mais n'a jamais réussi à gagner cette course.
I : Ensuite, vous avez connu un Giro assez bon même si Samuel Sanchez a raté le Top 10.
DL : Il est vrai qu'il n'a pas réussi à se classer dans les dix premiers, mais il a remporté son étape tout comme Thomas De Gendt. Et il y a eu le maillot bleu de Lieuwe [Westra]. Dans la suite de la saison nous avons aussi connu une victoire sur le Tour et trois sur la Vuelta, c'était donc une saison pleine. Sans oublier la victoire sur la Flèche Wallonne de Wout Poels bien sûr.
I : Et depuis vous ne cessez de vous améliorer avec un gros recrutement. Vous avez par exemple fait venir Tanel Kangert il y a un peu plus d'un an...
DL : Nous cherchions tout simplement un leader sur le Giro pour les quatre ou cinq prochaines années. Il fallait donc trouver un coureur qui connaissait bien la course et qui ne réclamait pas un salaire trop élevé pour compenser avec celui d'André Greipel. C'était une grosse cote de miser sur lui car il n'avait encore jamais été leader. Mais il a concrétisé nos espoirs avec une neuvième place en 2015 et une sixième place il y a quelques jours. Il a été vraiment solide.
I : Même si Tanel Kangert est très solide, l'arrivée de Robert Gesink a fait du bien non ?
DL : Bien sûr. En 2016, nous avons voulu passer un cap pour convaincre le sponsor de rester, et Robert Gesink a tout de suite montré ce dont il était capable avec sa victoire sur Tirreno-Adriatico et ses podiums sur la Flèche Wallonne et la Doyenne. Il lui reste encore son grand objectif de saison, le Tour de France, où nous espérons le voir figurer dans les dix premiers du général au moins.
I : Et pour un futur bien plus proche : qu'espérez-vous sur le Critérium du Dauphiné ?
DL : On espère être dans les dix au général avec Gesink et Kangert qui a une forme descendante, et pourquoi pas une victoire d'étape.
I : Très bien. Avant de vous quitter, il y a des rumeurs comme quoi le sponsor Vacansoleil quitterait les pelotons professionnels l'année prochaine. Vous confirmez ?
DL : Nous avons cherché de nouveaux sponsors pour nous couvrir, mais nous avons re signé avec Vacansoleil pour deux jours il y a un peu moins d'une semaine. Notre avenir est assuré.
I : Voilà qui est rassurant. Et avez-vous des priorités de recrutement ?
DL : Le sponsor souhaite se développer en Allemagne, alors nous allons essayer de recruter au moins un coureur provenant de ce pays. Nous sommes aussi en discussion avec une star pour les classiques flandriennes.
I : Pouvez-vous nous donner des noms ?
DL : Il est difficile de dévoiler quelque chose alors qu'aucune annonce officielle n'a encore été faite, mais je peux d'ores et déjà vous dire que plusieurs coureurs ne prolongeront pas dans l'équipe : Robert Vrecer, Mikel Astarloza, Barry Van Berkum, Grega Bole, Vincent Booy, Tomasz Marczynski, Wout Poels, Kenny Van Hummel et Frantisek Rabon.
I : Est-ce définitivement acté ?
DL : La majorité d'entre eux ne se verront pas proposer un nouveau contrat, à cause de leurs performances décevantes (Astarloza, Vrecer, Van Berkum, Bole, Booy, Van Hummel) ou pour libérer de la masse salariale afin d'accueillir un nouveau coureur important sur les classiques flandriennes (Marczynski, Bole, Poels). Ce n'est jamais facile pour une équipe de se séparer de ses coureurs, mais il faut y passer.
I : Ces coureurs n'ont donc aucune chance de se voir proposer un renouvellement ?
DL : A priori non, mais si nous n'arrivons pas à faire venir certains coureurs alors peut-être qu'un ou deux d'entre eux resteront, en cas de bonne performance.
I : Très bien. Merci pour cet entretien et bonne continuation !