LE FOU DU VOLANT
Arthur est persuadé qu’il est un conducteur émérite. Dans sa décapotable jaune caca d’oie (avec sièges cuirs assortis), il fait un malheur dans la gente féminine.
Estelle lui pardonne volontiers ses escapades, trop heureuse de le voir rentrer tous les soirs à la maison.
Estelle dispose d’une arme secrète : elle connaît la plus grande faiblesse d’Arthur, à savoir un amour immodéré pour la gastronomie. Estelle lui concocte systématiquement des plats mijotés, et de fait, la véritable choucroute d’Alsace certifiée a souvent droit de cité.
Un jour pourtant, les ennuis rattrapent Arthur.
Arthur animant des émissions télé à des heures de grande écoute, possédant de surcroît des parts dans une société dans l’audiovisuel, se trouve de fait doté de très gros revenus.
Mais Arthur souffre d’un mal chronique qui peut atteindre pas mal de français : cela s’appelle l’hernie fiscale. Il s’agit là d’une maladie à ne pas prendre à la légère. C’est une affection grave obérant tous ceux qui ont des kilos-euros en trop sur leur feuille d’impôts et qui sont donc de fait atteints de cette fameuse surcharge fisco-pondérale encore appelée hyperpension.
Arthur ne se trouvant pas bien dans son assiette fiscale, il décide donc de faire appel à un conseiller financier.
Le conseiller décide de mettre Arthur au régime. Il s´agit d´un régime dissocié qui impose de ne jamais mélanger valeurs morales et valeurs financières pendant tout le temps de vacances prolongées dans un paradis fiscal. Reprenant à son compte la formule du milliardaire Howard Hugues, selon laquelle on ne peut pas avoir à la fois de grands principes et de grands bénéfices, le gourou a ainsi élaboré une véritable diète éthique. Celle-ci a d´ores et déjà conquis de nombreux joueurs de foot, des stars du music-hall et une kyrielle de capitaines d´industrie qui jouent désormais au racket en Bermuda.
Arthur évidemment ne s’exile pas sans sa décapotable fétiche, elle fait partie du voyage, bien arrimée dans la cale du luxueux paquebot qui va l’emmener, lui et sa dulcinée, sur des rivages de sable fin. Ses seuls soucis sont d’éviter les oursins sur la plage et de ne pas tomber en rupture de crème solaire.
Hélas, ce que ni le gourou ni Arthur ne savaient, les lois civiles dans le nouveau paradis fiscal sont extrêmement liberticides. Les chauffards sont particulièrement surveillées, et à la moindre incartade, les piètres conducteurs sont flanqués en prison.
Arthur, toujours aussi insouciant lorsqu’il se trouve au volant de son cabriolet, provoque accident sur accident. Négligeant les avertissements des agents de la maréchaussée brandissant le carnet à souche, Arthur fanfaronne en faisant hurler son moteur.
Ce qui devait arriver arriva : Arthur commit une maladresse incroyable, en voulant dépasser par la droite une charrette tirée par un âne (la voie de gauche était encombrée par une charrette de foin). Arthur dérapa, se mit de travers, et malheureusement vint percuter le pauvre âne qui n’eut pas le temps de freiner des 4 fers et passa de vie à trépas.
Le drame, c’est que dans ce pays, tuer un âne (je vous entends déjà critiquer en disant que ça commence à braire), c’est comme tuer un homme. Arthur se retrouve condamné à la peine capitale.
Nous voici au jour de l’exécution.
Arthur se retrouve assis sur une chaise électrique.
Le bourreau lui met une cagoule, le sangle, un prêtre lui fait réciter une dernière prière.
Puis, tout le monde se retire dans une pièce adjacente.
C’est de là que le bourreau va actionner le commutateur qui va déclencher la décharge électrique.
Le bourreau actionne la manette, mais rien ne se produit. Il vérifie soigneusement les câbles, les branchements, tout est en ordre.
Deuxième essai, il ne se passe toujours rien.
Arthur continue de se porter comme un charme.
Arrive un électricien, appelé par l’établissement pénitencier.
Il revérifie, tripatouille un peu le voltage, fait un test sur un poulet qui est grillé instantanément.
L’appareil est hors de cause, il fonctionne.
Dernier essai sur Arthur, rien, il n’a même pas un épi qui se dresse !
Comment expliquer cette étrangeté de la technique, sachant qu’in fine Arthur retrouvera sa liberté puisque manifestement il était impossible de faire exécuter la sentence par chaise électrique ?