Burns, j´ai celle-ci, mais je ne sais pas si elle est nouvelle ou pas:
LES CRISES DE FOU RIRE D’ARTHUR
Arthur n’en peut plus de faire le pitre devant des millions de téléspectateurs.
Il a beau masser des épaules au point d’avoir des articulations de kinésithérapeute, les candidates au divertissement des boîtes perpétuent lamentablement le jeu de massacre au lieu de consacrer une fraction de leur capacités neuronales à la tactique. Bien trop souvent, les postulantes dévoilent leur stratégie en donnant librement leur numéro fétiche ou en misant sur la date de naissance de leur petit ami. Arthur, qui sait à quel point le banquier est roublard, n’en peut plus de voir la moitié de la France pleurer à chaudes larmes tous les soirs juste avant le JT.
Il a donc décidé de prendre un peu de bon temps et de délaisser les plateaux télé.
Lui qui jusqu’à présent apparaissait sous les projecteurs, s’est pris de passion pour les salles obscures.
Ses goûts en 7ème art sont assez éclectiques.
Il peut aussi bien regarder un western des années 60 qu’un JB avec des blondes sculpturales dont les décolletés abyssaux provoquent chez Arthur l’ivresse des toboggans. Il lui arrive même de regarder des films assez anciens, du temps du cinéma muet.
Ce soir-là, on passe un film dramatique.
La salle n’est pas comble, il faut dire qu’il ne s’agit pas d’un film à grand spectacle accompagné d’une campagne de lancement multimédia. Arthur remarque cependant dans l’assistance des gens plutôt chics, probablement la bourgeoisie du quartier. Arthur n’en a cure, il ne vient pas pour se retrouver dans un restaurant huppé à la sortie. Il tient à profiter du film, il coupe son portable et s’installe confortablement, sans plus prêter la moindre considération à l’assistance.
Le film démarre, comme souvent c’est un film noir, un mélo, assez classique du cinéma muet.
Les spectateurs sont pris par le suspense, le ressort dramatique est bien ficelé, les gens sont scotchés à la scène.
Ce n’est pas le cas d’Arthur. Lui qui voulait passer une soirée divertissante avec un film d’angoisse, commence à rire de manière incontrôlable.
C’est tous le contraire pour les autres personnes dans la salle. Arthur est obligé de se cacher la tête sous sa veste, de peur de déranger les gens tout autour. Mais c’est plus fort que lui. Tout le long du film, il ne pourra pas cacher son hilarité.
Comment expliquer ce comportement si singulier d’Arthur ?
Sachant :
- Qu’il n’y a pas de gags cachés
- Les images projetées sont dramatiques et n’ont aucun rapport avec l’expérience personnelle d’Arthur
- Ce cas n’est pas unique. Arthur, qui par ailleurs est un garçon tout à fait serein ne souffrant d’aucune déficience psychologique ou psychosomatique, se met toujours à rire lorsqu’il regarde des films d’avant guerre, et il est bien le seul
- C´est bien le film projeté qui est à l´origine de la crise de fou rire.
- Mais ce n’est pas son but premier. Lorsqu’il entre dans la salle, c’est pour profiter du film exactement comme tout le monde.
- Hormis ce cas tout à fait singulier dans les salles de cinéma, Arthur n’a jamais de crises de fou rire. Ou pas davantage que la moyenne nationale.