Bonjour, les journées se suivent mais ne se ressemblent pas.
Mais pour Sissi, maniant aussi bien l´éventail pour chasser les importuns dans la grande salle des glaces que la baguette de coudrier dans un concert champêtre, une petite allusion au gibier à plumes et à poils.
Le renard & l´autruche
N´ayant point de compagne, Maître Goupil, en fier renard comme il sied,
Se promit qu´il ne passerait l´automne sans trouver chaussure à son pied.
Hélas le monde est ce qu´il est, et malgré ses recherches, rien ne recueille,
Il a beau battre la campagne, ni blondinette ni rousse qui de lui ne veuille.
Chiffonné, notre ami vitupère et se dit que sur le premier venu,
Animal du beau sexe s´entend, Pelage Roux jettera son dévolu.
Ne tarde pas à arriver une autruche, elle aussi l´âme en peine,
Désabusée, ne croyant plus à l’amour, se lamentant de sa déveine.
Le renard la contemple, et ne peut s’empêcher de la trouver fort belle.
Plumage soyeux, yeux de biche, cuisses longues et fines, cou de gazelle.
Quelle personnalité! Mélange audacieux, mariage réussi d’une grande hardiesse,
Griffon ami de Némésis, Pégase aux pieds d’airain, une apparition enchanteresse.
Quand Toison Rousse s´approche d’elle, l´autruche ne s´affole pas pour autant,
Mais c’est incontrôlable, dans le sable à ses pieds enfouit sa tête en un instant.
"Ce doit être la manière dont les oiseaux de son espèce échangent des saluts"
Raisonne le renard, qui, par politesse, à son tour plante sa truffe dans le talus.
Mauvaise intuition! Le goupil est peu à l’aise d’enfouir dans la terre son museau,
Il a tôt fait d´éternuer, les mirettes pleines de terre, il pleure à grandes eaux.
L´entendant au plus mal, l´autruche s’émeut, et compatissante se redresse,
Et, en ces termes témoignant de son intérêt, interpelle le pleureur en détresse:
"Ne supportez-vous donc pas de prendre quelques grains sous les paupières ?"
Toison Rousse proteste "C´est bien pis: je ne comprends goutte à vos manières"
"Vous êtes si gracieuse, voilà pourquoi mon désarroi, j’en demande indulgence"
"Car pour être charmé par une créature si différente, je sollicite votre clémence"
L´engageant volatile, touché au coeur par la déclaration de son nouveau copain,
Troublé et attendri jusqu’aux larmes par ce témoignage d’affection si soudain,
Se met de concert à laisser travailler ses glandes lacrymales et pleure sans retenue,
Et les voici tous deux à arroser le sol, leur désolation ne pouvant plus être contenue.
Puis l´oiseau brusquement se ressaisit, admirant à leurs pieds la nappe ainsi étalée,
"Mon tendre goupil, mon aimé, séchez ces perles, notre tristesse doit être ravalée,"
Voyez comme nos larmoiements, eux, se sont unis. N’ont-ils pas triomphé du chagrin ?"
Pour une autruche et un renard, quel plus bel exemple pour sceller un nouveau destin ?"
Cher curieux, habitué aux énoncés capillo-tractés et à traquer les plus subtils jeux de pistes,
Quelle moralité saurais-tu découvrir à cet emprunt à l’un de nos plus renommés fabulistes ?