ARTHUR, LE ROI DU BRICOLAGE, REGLE SES COMPTES AVEC L’ENGEANCE DES BANQIERS
Un beau jour, Arthur prit la décision de déserter les plateaux télé.
Faut le comprendre, il avait essayé tous les coloris de polo, mais il revenait invariablement au rouge. Pour une première raison toute simple, qui n’a rien avec le fait qu’il porte chance aux candidats. Non, le rouge vermillon s’accorde à merveille avec la peau lumineuse de sa sculpturale blonde, Estelle. Mais il avait beau varier en choisissant du grenat, de l’incarnat, de l’écrevisse, même le géranium, Arthur faisait une overdose de rouge. Estelle avait beau insister, jouer de sa silhouette au point de couper le souffle à Phidias lui-même, sculpteur des Cariatides, Arthur n’en pouvait plus du rouge rubicond, il lui donnait des boutons au point qu’il avait attrapé la rubéole.
L’autre raison qui le tenaillait était plus sordide. Arthur avait décidé de régler leur sort aux banquiers. Définitivement fâché avec cette race de grippe-sou manipulateurs et perfides, il leur avait mijoté une revanche de derrière les fagots.
Passant avec aisance des studios à son atelier de mécanique, il ne tarda pas à mettre au point sa trouvaille.
Elle se présentait sous forme d’une imprimante.
D’un côté, un tiroir plat acceptant différents formats de papier.
De l’autre côté, un bac de réception, lui aussi adaptable.
Entre les deux, un mécanisme ressemblant à un tambour de lessiveuse, débarrassé de toute la partie électrique. A la place, une solide manivelle.
Le principe était très simple : dans côté on introduisait du papier kraft, en tournant la manivelle le papier s’engageait dans le tambour, le papier faisait plusieurs tours à l’intérieur du mécanisme, et, merveille des merveilles, en ressortaient des billets de 100€ parfaitement propres.
Arthur était on ne peut plus satisfait.
Perfectionniste, il alla même jusqu’à changer la forme du papier kraft pour que les billets puissent avoir la dimension exacte de billets de 200€. Il pouvait ainsi à volonté reproduire des billets de différentes coupures.
Il s’empressa d’aller voir les banquiers.
Ceux-ci le reçurent d’un air narquois. Néanmoins, ils acceptèrent de se faire présenter la machine.
Quelle ne fut pas leur surprise de constater que les billets étaient en tous points irréprochables. Tant et si bien qu’il n’y avait aucune possibilité de distinguer les vrais des faux.
La machine fonctionnait de manière remarque. Les banquiers à tour de rôle voulaient assister à la démonstration, Arthur ne se fit pas prier.
Les plus soupçonneux demandèrent à vérifier l’intérieur du tambour.
Arthur s’en acquitta de bonne grâce.
La machine était presque entièrement vide.
Pris de panique, les banquiers exigèrent davantage de vérifications. Durant des heures, devant une assistance interloquée, Arthur fit tourner la machine, introduisant du papier kraft d’un côté et faisant ressortir des billets de différente valeur de l’autre.
Ces billets, les banquiers se les passaient de main en main, les vérifiant sous toutes les coutures.
Mais ils étaient bien obligés de se rendre à l’évidence : la machine fonctionnait parfaitement bien.
Il n’y avait plus qu’une alternative : acheter cette machine et ses brevets sans perdre de temps, afin qu’elle ne puisse jamais tomber entre les mains de gens mal intentionnés.
C’est exactement le moment qu’attendait Arthur. Il se frottait les mains tout en dandinant d’impatience.
Il était d’accord pour passer un marché, pour une somme rondelette bien entendu.
Sauriez-vous deviner pourquoi Arthur a accepté de se débarrasser d’une invention aussi extraordinaire ?