ARTHUR N’EN PEUT PLUS DES CLOWNERIES SUR UNE GRANDE CHAINE GENERALISTE
Imaginez le nombre de couvercles de boîte qu’il a fallu ouvrir, le nombre d’épaules qu’il a fallu masser, le nombre de mouchoirs en papier qu’il a fallu distribuer à tous ces jeunes gens qui ont vu miroiter la fortune.
Il avait beau argumenter, mais son patron n’a jamais voulu lui payer une prime de risque. Dieu sait pourtant qu’il lui est souvent arrivé de se coincer le doigt dans cet horrible téléphone à cadran.
Heureusement qu’il avait réussi à faire quelques économies avant d’animer son dernier jeu télévisé, car il ne pourrait plus désormais prétendre faire appel à ses relations dans le monde bancaire.
Aussi a-t-il décidé d’éplucher les offres d’emploi dans l’espoir de dénicher un nouveau job.
Ce matin-là, il répond à sa première convocation.
Hélas, Arthur n’est pas vraiment un lève-tôt, aussi arrive-t-il légèrement en retard.
C’est très désagréable pour lui de devoir constater que de nombreux autres candidats se rongent déjà les sangs dans la salle d’attente.
Arthur, comme tous les autres, est reçu par une secrétaire. Blonde et joliment fagotée, mais Arthur n’en a cure, il file le parfait amour avec Estelle depuis des lustres. La secrétaire n’a pas reconnu Arthur, elle est une fan inconditionnelle d’une émission sur une chaîne concurrente « On a tout essuyé ». Elle l’informe qu’il n’a pas à s’alarmer du retard, le directeur du personnel qui va recevoir les postulants n’étant pas encore arrivé.
En attendant, Arthur, comme tous les autres candidats, est invité à remplir un questionnaire (bien banal car se limitant à des questions sur sa situation familiale et son âge) et à le garder jusqu’à ce qu’il soit convoqué pour l’entretien personnalisé.
Le directeur du personnel arrive. Il traverse d’un trait la salle d’attente, et sans le moins du monde regarder les candidats, s’engouffre dans son bureau.
Arthur ne le connaît pas, il n’y a pas la moindre relation entre eux. Et pourtant, à peine le directeur est-il assis, qu’Arthur sait qu’il va avoir le job.
Pourtant, le job est bien banal (concierge), ne réclame aucune qualification particulière ni aptitude physique remarquable. Arthur n’a échangé aucune phrase avec qui que ce soit, ne s’est pas servi de son téléphone et n’a pas eu besoin de regarder les autres candidats.
Il sait de manière sûre et certaine qu’il a obtenu le poste.
D’ailleurs, il sera le premier à s’engouffrer dans le bureau du directeur et à en repartir avec une proposition de contrat de travail en bonne et due forme. Au point d’ailleurs que le directeur annonce immédiatement aux autres postulants que le dossier est clos, qu’ils peuvent rentrer chez eux.
Sauriez-vous comment Arthur a pu avoir cette prescience, alors que tous les candidats se trouvaient sur un strict pied d’égalité ? De fait, il n’a pas bénéficié d’informations supplémentaires, il n’a parlé à personne, son champ visuel se limitait à une salle d’attente pleine.