LE DERNIER METIER D’ARTHUR
Arthur a décidé de se retirer du show-biz.
Ras le bol des mises en boîte, morosité des sorties en boîte, il a fini par se dire qu’il finirait par boiter bas s’il poursuivait à ce rythme boiteux.
C´est vrai, c´est pénible de devoir ouvrir 21 + 1 boîtes tous les soirs.
Et puis, Arthur a pratiquement essayé tous les coloris de polos, il paraît que celui qui porte le plus chance aux candidats est le polo rouge. Mais Arthur en a marre de porter du rouge. Il a raison, Arthur ce n’est pas un nom prédestiné pour porter un polo. Si vous adorez les associations de prénoms, voyez plutôt du côté de Marco Polo ou de Walter-polo.
Facteur aggravant qui nous permet de comprendre l´humeur maussade d´Arthur: son émission est entrecoupée soit par la pub, ça déconcentre, soit par les appels incessants du banquier qui perturbe lamentablement l´émission. Surtout que ce crétin de banquier ne sait jamais ce qu´il veut: soit il propose de racheter la boîte pour un prix souvent dérisoire, soit il propose de l´échanger.
Et en plus, on n´entend jamais la voix du banquier.
Mais le plus éreintant, c´est ce téléphone noir à cadran! C’est probablement ce pingre de banquier qui n’a jamais voulu acheter un téléphone avec forfait.
Comprenez que la vie d´Arthur était devenue un enfer.
Du coup, Arthur a décidé de se recycler.
Voici une description très précise du nouveau métier d´Arthur:
- tous les jours ouvrés, Arthur se contente de regarder par la fenêtre (une large fenêtre qui lui permet de voir plein de détails, particulièrement à propos de jolies filles)
- derrière lui, il a un lit, qu´il n´hésite pas à squatter dès qu´il a envie de se reposer
- s´il n´a pas envie de bouger, pas envie de sortir, soit il regarde par la fenêtre, soit il se repose
- bien sûr, s’il souhaite se dégourdir les jambes, il peut le faire sans problème
- il n’est pas gardien de phare, ni gardien de cimetière, ce sont des métiers très peu en relation avec le caractère expansif d’Arthur, qui a besoin de voir du monde
- plus de téléphone à cadran
- plus de candidats en pleurs qui voient s´envoler un séjour dans une île paradisiaque
- plus de chef sur le dos qui lui rappelle les statistiques de l´audimat
- plus besoin de mettre des polos, il peut mettre des t-shirts si ça lui chante
- il continue de voir du monde mais n’est plus obligé de se transformer en bavard impénitent s’il n’en a plus envie
- rien d´autre
C´était sa dernière chance pour se recycler.
C´était à prendre ou à laisser.
Arthur l´a pris, et depuis n´a rien regretté.
Il a pris définitivement ses distances avec le monde de la finance. Si le banquier l’appelle, ce n’est certainement pas pour lui proposer de changer de boîte, d’ailleurs Arthur n’entreprendra probablement pas de sitôt à jouer à l’ouvre-boîte.
Superbe métier qui convient parfaitement à Arthur.
Mais quel est donc ce nouveau job ?
UN CURIEUX OBJET, ATTIRANT TOUTES LES CONVOITISES
Un état psychologique alarmant, contreproductif, voire irritant d´un premier sujet qui est obligé de se tenir à une ligne de conduite précise quoique souple dans une direction donnée mais rigide dans la direction perpendiculaire.
Ce premier sujet, sous le coup d´un stress intense, doit en plus fixer son attention sur un objet central, cet objet se trouvant à une distance très précise du premier sujet, objet duquel le premier sujet n´a absolument pas le droit de s´approcher.
Mais cet objet lui, à l´inverse, va, dans les secondes qui suivent, très probablement se rapprocher du premier sujet.
La vitesse de rapprochement de l´objet vers le premier sujet est la plupart du temps toujours supérieure à la vitesse de déplacement du premier sujet.
L´objet est également fixé par un autre sujet, appelons-le le second sujet, à une distance non précisée, mais relativement proche de l´objet.
Un état psychologique enthousiaste, ardent, voire revanchard du second sujet à la vue de l´objet central qui entraîne toute sa détermination.
Ce second sujet dispose lui de la possibilité de se rapprocher de l´objet dans la direction perpendiculaire, direction interdite au premier sujet.
Dans les secondes qui suivent, soit le premier sujet va pouvoir prendre l’objet dans ses mains pour s’en débarrasser avec une moue dégoûtée, et le second sujet va entamer une salsa endiablée, ou alors le premier sujet va s’éloigner l’objet loin de lui et il ne cherchera absolument pas à le récupérer, pendant que le second sujet va s’éloigner du premier sujet avec une mine d’enterrement en ne portant plus la moindre attention à l´objet distant.
Pourriez-vous donner un sens à cette petite scène ?
Indice : les hommes sont favorisés en l’occurrence.
Pour égaliser un peu les chances, il suffit de se dire que ça ne coûte pas plus d´un rond.