LES JETONS BLANCS OU NOIRS (LEWIS CAROLL)
Voici une bien jolie invraisemblance inventée par Lewis Carroll, mathématicien comme chacun sait, avant d´être célèbre par ses contes.
On distingue sur une table deux tas de jetons, chaque tas représentant un nombre aléatoire de jetons, certains sont blancs, d’autres sont noirs. Il n’y a aucune symétrie entre les tas, de même que le nombre de jetons de part et d’autre est aléatoire.
- Les jetons sont pêle-mêle, ils avaient été jetés préalablement au hasard sur la table et avaient été ensuite séparés en 2 tas de manière complètement fortuite.
- Des participants prélèveront deux jetons de l´un et l´autre des deux tas (ou deux jetons d´un seul tas) pour les mettre dans un sac opaque (apporté par eux-mêmes par précaution) et fermeront ce sac.
Un magicien souffreteux et rabougri (il souffre de déficience chronique en vitamine C et refuse d’avaler le délicieux jus de choucroute d’Alsace que lui tend chaque matin son infirmière attentionnée) se trouve dans une pièce attenante, mais dont les murs sont pleins, et qui ne dispose pas de fenêtre. La porte de cette pièce dans laquelle se trouve le magicien restera fermée, à aucun moment le magicien n’ira dans la salle où se trouve la table avec les jetons, il ne verra ni le sac contenant les jetons prélevés ni les autres participants.
Le magicien sera-t-il capable de deviner la couleur des jetons enfermés sans ouvrir le sac et sans bouger ?
- Les jetons des deux tas sont strictement les mêmes au niveau forme, dimension et poids évidemment
- Le magicien ne touche ni au sac, ni aux jetons à l´intérieur bien entendu, il ne sort pas de sa cellule
- Les deux tas desquels deux jetons avaient été prélevés resteront invisibles
- Les deux tas comprennent un nombre conséquent de jetons
- Il n´y n’a pas de dialogue, pas d´information supplémentaire échangée
- Pas besoin de complice
- Pas de jeu de miroirs ou une quelconque astuce physique nécessitant une préparation préalable, aucune mise en condition, nul besoin de marquer les jetons par exemple
Impossible, me direz-vous.
Le magicien peut pourtant démontrer que l´un de ces jetons est blanc et l´autre noir. Il serait d’ailleurs en mesure de le démontrer même si les participants avaient mis dans le sac un nombre indéterminé de jetons, exit donc les explications par les théories de paires.
Une habileté à la portée de n’importe qui d’entre nous, pas besoin de s’appeler Gandalf ni de faire appel au sens de la divination. D’ailleurs l’infirmière a réussi également l’épreuve dans la foulée de son malingre de magicien, sans concertation préalable. Ce qui prouve corollairement qu’une infirmière peut aussi se piquer au jeu.