LA VIE DES GRANDS PATRONS N´EST PAS CE QUE VOUS CROYEZ
Que tous ceux qui râlent après la pénibilité du travail, qui souhaitent la retraite à 50 ans, qui considèrent que les patrons sont des exploiteurs, qui sont persuadés que les grands patrons de l´économie sont surpayés, écoutent un peu cette histoire.
Il existe en effet une multinationale, siège central en Europe, dont le directeur du conseil d´administration vit dans des conditions épouvantables.
Jugez-en: un pensum journalier de 16 heures minimum, lever aux aurores, coucher largement après les poules, des aléas qui bouleversent sans arrêt l´emploi du temps, l´impossibilité de s´inscrire dans un club de golf vu les chambardements du planning.
Par ailleurs, aucune chance d´échapper aux contraintes le week-end, pas de havre de paix pour débrayer et si c´est le cas, c´est exceptionnel et toutes les précautions sont prises pour qu´en cas d´événement important il puisse être dérangé.
Vacances de Noël, festivités de Pâques, congés d´été: ces mots ne figurent pas dans son vocabulaire.
Ses responsabilités? Immenses.
Le nombre de personnes dont le sort dépend directement de ses décisions: plusieurs milliers, sans parler des décisions indirectes qui elles peuvent concerner un nombre bien plus important de gens. Ses avis ne sont pas seulement économiques, elles concernent également la vie au jour le jour.
D´autres contraintes? Il doit parler lentement, s´expliquer en articulant soigneusement, il n´a pas le droit de jouer au quinté, il n´a pas le droit à l´humour grivois et ne peut pas filer en douce retrouver ses potes dans son bar-tabac favori.
Une chance que la société qui l´emploie lui offre le gîte et le couvert. Quelques petits à-côtés: il ne paye pas ses costumes (bien que ces costumes ne soient pas forcément à son goût), il ne paye pas ses livres, il peut consulter un large éventail d´œuvres littéraires et s´il est passionné d´art, certains musées lui ouvrent toutes grandes leurs portes.
Mais c´est bien tout! Pas de salaire, pas d´heures supplémentaires, pas d´argent de poche, aucune rémunération ou appointements de quelque sorte que ce soit. Il ne touche pas de retraite non plus, et ne bénéficie pas de rente de situation. Pas plus qu´il n´est actionnaire à la bourse. Pire, s´il avait des enfants, ceux-ci ne toucheraient pas un centime à l´heure de sa mort. Aucune caisse de sécurité sociale ne le prend en charge, et comme il n´est pas affilié à la SS, il ne peut pas non plus cotiser dans une complémentaire santé.
Ses employés touchent un salaire, peuvent faire valoir leurs droits à la retraite, pas lui.
Pour obtenir ce poste, il a fait des pieds et des mains, labourant et semant, oeuvrant sans relâche. Evidemment il lui avait fallu glaner quelques titres universitaires. Pas des diplômes en pacotille, non, des certificats en bonne et due forme témoignant d´un cursus dans des villes à l´étranger, un parcours cosmopolite destinée à le doter d´une érudition monumentale.
La concurrence était féroce, il fut le seul élu. Pour s´en débarrasser, il n´a pas eu à user de subterfuges, au contraire, s´il s´était autorisé à des manœuvres en douces, il aurait perdu toutes ses chances. Il a le plus grand respect pour ses adversaires, mais il ne pouvait en rester qu´un et ce fut lui.
C´est qui lui?