L´EXAMEN FINAL AU BTS DES ASPIRANTS ESPIONS DU KGB
Voici venue la dernière épreuve à l´Académie du KGB sise place Loubianka.
Nous sommes vers la fin des années noires du stalinisme.
Les aspirants espions n´en mènent pas large.
Leur instructeur, Ivan Leproff, contemplant sous la fenêtre de la salle de formation la statue de Dzerjinski, fondateur de la Tchéka, l´ancêtre du KGB, leur soumet un exposé dont les aspirants dissèquent le contenu :
Début de l´exposé.
""""Un appareil espion des forces de l´URSS qui devait déposer des agents dans un pays impérialiste ennemi en pleine nuit, a complètement perdu son orientation. L´avion se pose en détresse sur une terre inconnue.
Les espions sortent de la carlingue, se regroupent, et décident, tout en restant à couvert, d´explorer la région.
Au bout de quelques minutes de marche, le groupe s´approche d´un village.
Ils remarquent qu´un certain nombre de villageois s´est rassemblé pour un meeting open air au centre de la bourgade.
Les indicateurs soviétiques disposent d´un micro directionnel qui leur permet d´entendre les discussions des villageois.
Mais ce qu´ils constatent est assez curieux : la foule rassemblée devant la mairie semble scander des paroles assez mystérieuses, bizarrement rythmées.
Toute la populace bouge en harmonie, levant les mains et les abaissant en cadence.
Tout en vociférant quelques borborygmes complètement cabalistiques.
Les espions décident de s´approcher un peu plus afin d´en apprendre un peu plus à propos de ces bien curieux campagnards.
Les suppôts du KGB tripatouillent leur micro pour en affiner les réglages.
Brrr... Couic... Shffttt... Brrr... Couic... Shffttt...
Tout d´un coup, un des espions crie: ´´Honneur et gloire au Petit Père du Peuple´´.
Il retranscrit fidèlement en langage sténographique les quelques syllabes qu´il a entendu distinctement et dont voici la transcription :
´´Va - du - ce - vi - va - du - ce - vi - va - du - ce - vi´´
Le chef du commando s´empare de la transcription, l´étudie attentivement, puis s´écrie :
´´A partir de maintenant je ne peux que nous recommander à nous tous la plus grande prudence.´´ """"
Fin de l´exposé.
L´instructeur, Ivan Leproff, s´absente pour une longue pause.
En revenant, il scrute attentivement les visages des élèves.
Le plus doué et le plus studieux de la classe des apprentis espions, Nikolaï Ivanovitch, a déjà relu soigneusement l´exposé, puis secoué la tête.
Lui qui est censé connaître toutes les langues, qui a connu toutes les révolutions, qui a passé 6 mois au pôle Nord pour pratiquer l´inuit, qui a consacré plusieurs étés dans les Balkans pour apprendre le serbo croate, qui s´est enturbanné pour causer le sanscrit, qui maîtrise tous les dialectes des indiens d´Amazonie et des papous de Nouvelle Guinée, qui s´est volontairement laissé immerger au large de Terre Neuve pour dialoguer avec les baleines, qui a appris l´alsacien et le breton en 24H grâce à la méthode Assimil, qui a acheté Code barre pour les nuls et qui a pris le langage des sourds muets en 20ème langue!
La sueur commence à perler sur le front de Nikolaï.
C´est qu´on ne badine pas avec les compétences, lorsqu´il s´agit de recruter et de former les meilleurs espions du bloc de l´Est ! Il risque de se retrouver vite fait sur le front de la Sibérie comme gardien de goulag.
C´est là que le plus petit de la bande, un certain Boris Alekseiévitch, tout chétif et malingre, lève son index pour demander au formateur : ´´Professeur, mon petit chef chéri par le Petit Père du Peuple, me permettrez-vous d´émettre une idée ?´ ´
Ivan Leproff hésite.
C´est si rare qu´un jeune morveux ouvre son bec, et en général, c´est rarement pour émettre un avis pertinent. Mais devant l´insistance du mouflet, il accepte.
Boris Alekseiévitch : ´´Je crois savoir où ils se trouvaient, et je peux même vous dire, camarades, qu´ils n´étaient pas prêts de rentrer.´´
Your turn now, Mr. Bond !