LA REVANCHE DE SAINT HUBERT
L’homme rentra chez lui à la tombée de la nuit, harassé.
Encore une journée de chasse infructueuse.
Adieu perdrix, gélinottes, tétras, lagopèdes, lapins, lièvres, sangliers, pécaris.
Il avait bien tiré quelques cartouches, mais Saint Hubert n’avait pas daigné sourire ou alors il devenait de plus en plus sourd, car les perdreaux avaient poursuivi leur vol en ligne droite comme si de rien n’était, et les lapins avaient largement eu le temps de se planquer dans leurs terriers.
Et le pire, c’est qu’il lui faudrait encore nettoyer ses vêtements !
La pluie n’avait rien arrangé, en plus il était passé à travers des champs de haies et de ronces, son veston était orné d’épines ou de piquants, ses pantalons tenaient debout tous seuls, ses pieds étaient gelés malgré la couche de boue qui recouvrait les cuissardes.
L’homme se débarrassa de tout son équipement et commença consciencieusement à laver les cuissardes pour les laisser sécher tranquillement à l’air libre durant la nuit
Puis il reprit ses pantalons et son veston, et entreprit péniblement d’ôter tous les piquants, épines, échardes, spinelles, brindilles, bardanes, glouterons, feuilles, graines et débris végétaux qui les décoraient.
Tout d’un coup, il s’arrêta, interloqué.
Il ne finira pas son nettoyage.
A partir de ce jour, ce brave médecin de campagne que rien ne prédestinait à la fortune ou à la gloire devint un des hommes les plus aisés de l’histoire.
Sa fortune fut rapide et de nos jours, il est très improbable que vous ne soyez pas, d’une manière ou d’une autre, tributaire des hauts faits de gloire de cet homme. Qui n’ont rien à voir avec la médecine, mais exclusivement à son amour de la chasse et de propreté. Saint Hubert avait bien daigné sourire, simplement il voulut faire comprendre à ses disciples qu’il fallait être patient et rester zen.
S’il ce placide médecin n’avait pas nettoyé avec autant de soin ses affaires, s’il les avait données à une domestique, il aurait tranquillement terminé son existence à soigner des grippes, inflammations ou autres acnés juvéniles ou alors des rhumatismes articulaires ou des polyarthrites chroniques ( ça c’est pour les seniors).
Quelle idée brillante mais d’une extrême simplicité germa donc dans le tête de cet humble praticien et lui valut une reconnaissance universelle ?