VIRGINIE LA SOUBRETTE MERITANTE
Virginie est soubrette au château de Géromine de Fürstenberg, Grande Duchesse d´Alsace et de Lorraine.
Régulièrement, sa maîtresse organise des réceptions et seuls les personnes appartenant à la plus fine fleur de la noblesse ou dépendant du domaine artistique sont invitées.
Lors de ces dîners, les victuailles sont succulentes, les buffets ploient littéralement sous les délicieux plats de vaisselle en argenterie frappée du poinçon de la Duchesse.
Les seuls vins autorisés sont des grands crus classés d’Alsace ou de Bordeaux, sans compter les Champagnes millésimés dont Madame la Duchesse comme tous ses hôtes raffole.
Lorsque les invités au petit matin repartent, Virginie et toute une armée de laquais et d’ordonnances, sous la férule d’un majordome, se dépêchent de tout laver puis de tout remettre dans les magnifiques buffets encaustiqués à la cire d’abeille.
Virginie sollicite régulièrement Madame la Duchesse pour pouvoir emmener les bouteilles vides.
Bien sûr, Géromine de Fürstenberg n’y voit aucun inconvénient, mais se demande quand même pourquoi Virgine insiste pour les bouteilles vides, alors qu’il serait si facile pour les domestiques de les collecter dans une cave pour les recycler.
Après chaque dîner de gala, voilà notre Virginie traînant une grande malle de bouteilles vides derrière elle pour les ramener à la maison.
Le majordome, au courant du petit manège, se décide un jour à suivre Virginie discrètement.
Il la prend donc en filature jusqu’à ce qu’elle rentre chez elle.
Il la voit sortir la malle de sa voiture, la rentrer dans sa maisonnette, fermer à clé.
Intrigué, il fait un tour dans l’arrière-cour.
Et là, il n’est pas peu surpris.
Dans une grande benne de collecte de verre, il reconnaît instantanément les flacons que Virginie avait déjà préalablement rapportées du château. Vins d’Alsace, de Bordeaux, Champagnes, la benne regorge littéralement des bouteilles vides éclusées par les invités de la baronne.
Il se creuse la tête sans arriver à comprendre l’étrange manège de Virginie.
Puis il retourne au manoir et fait part de sa découverte à Madame la Duchesse.
Géromine de Fürstenberg écoute, puis ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire.
‘’C’était donc cela, mais je ne suis pas surprise, mon cher maître d´hôtel, que vous n’ayez pas pu comprendre cet étrange comportement bien digne d’une femme’’.
Sauriez-vous expliquer vous aussi ces manières aussi bizarres qu’étranges de Virginie ?