DIVINE MAIS PAS DEVIN, UNE SOIREE SOUS DE MAUVAIS PRESAGES
Une femme, élégante et fine, marche dans la rue en hâtant le pas, légèrement embarrassée par ses chaussures à talons aiguilles et sa jupe étroite.
‘’Encore une soirée de présentation de mode qui se termine tard, et comme souvent plus de taxi.’’
Les invités qui s’étaient tous précipités pour proposer de la ramener chez elle ne lui paraissant pas très honnêtes, elle a préférer refuser toute compagnie et décidé de rentrer par ses propres moyens.
La nuit commence à tomber, heureusement les lampadaires lui donnent un minimum de confort visuel pour qu´elle puisse continuer à cheminer vite.
Car elle est encore loin de son domicile, son mari doit sûrement l´attendre puisqu´il est handicapé physiquement et ne peut plus exercer de travail.
Elle coupe les voies de circulation aux passages pour piétons, veillant à bien rester en vue.
Son manteau de fourrure la protège des morsures du froid, heureusement qu’on lui a également offert une jolie cape en zibeline qui lui protège ses cheveux blonds comme les blés et lui donne des airs d’angelot.
Elle arrive dans un quartier désert qu’elle ne connaissait que pour l’avoir traversé en voiture.
Des immeubles lugubres, aucune lumière, juste quelques réverbères faisant briller les pavés disjoints et glissants couverts de salissures.
‘’J’ai hâte d’arriver chez moi, j’espère que mon mari aura eu la courtoisie de m’attendre. D’ailleurs, ce n’est pas le moment de casser un talon’’, se dit-elle en regardant soigneusement où elle met les pieds.
Elle consulte sa montre sertie de brillants ( cadeau d’un célèbre couturier Place Vendôme qui venait juste de le lui offrir pour célébrer son contrat de star des podiums), elle se rend compte qu’il est vraiment très tard et qu’elle aurait quand même mieux fait d’accepter de se faire raccompagner pour ce jeune freluquet aux yeux de braise qui vantait les mérites de sa dernière Ferrari.
Le plus étrange, c’est qu’il n’y avait pas âme qui vive, aucune lumière à part les lanternes publiques, et surtout pas le moindre bruit.
‘’Il me reste encore un bon but de chemin à faire’’ se dit-elle encore, au moment précis où elle arrive à un carrefour à peine éclairé par une lanterne ternie.
C’est là qu’elle se rend compte de l’horreur absolue.
Son mari est mort, elle en a non seulement l’intime conviction, mais une certitude matérielle.
Pourtant, il n’y a aucune trace de son corps, aucun trace ni de son mari ni de la moindre chose qui aurait pu lui appartenir.
Là toute seule, sans qu’il y ait eu le moindre bruit, pas le moindre événement particulier, pas non la moindre communication avec qui que ce soit, loin encore de chez elle, elle sait que son mari vient de mourir il y a peu de temps.
Elle n’est pas devin, n’a pas de prescience car elle n’a jamais été douée pour lire dans les pensées.
Mais la révélation est manifeste, car son mari venait précisément de mourir il y a peu de temps.
Comment est-ce possible que cette jeune femme puisse apprendre à cet instant précis que son mari est passé de vie à trépas, alors que son corps se trouve encore à des kilomètres de distance, qu’elle n’a parlé à personne, qu’elle n’a pas reçu d’appel, pas croisé d’ambulance, pas vu le moindre indice de quoi que ce soit ayant appartenu à son mari, qu’aucun événement fortuit ne se soit produit à l’instant ?