FLORENT, HEROS MECONNU
Florent vit sur une petite île au pied d´une montagne très escarpée.
Florent ressemble à un pingouin, danse comme un pingouin, se marre comme un pingouin, chante comme un pingouin, saute comme un pingouin, mais n´est pas un pingouin, mais bien Florent.
Un matin, Florent est très bien luné. Il enfile un gros anorak, quitte son abri creusé dans la glace, arbore un magnifique sourire aux lèvres et va se promener sur son île. Il évite soigneusement les quelques geysers d´eau sulfureuse qui ont fini par creuser des gouffres énormes sur son morceau de rochers, et se dirige vers une petite anse où le soleil rasant de l´aube se livre à un chatoyant jeu de lumière avec la glace qui a changé de couleur de par son refroidissement durant la nuit. Tout à coup, Florent entend distinctement une voix enjouée qui l´appelle: ´´Florent´´. Florent regarde à gauche, à droite, derrière lui, devant lui, au dessus de lui, en dessous de lui. Rien. Il ne voit que les petits animaux verts qui font ´´kricks´´ lorsqu´on leur marche dessus par inadvertance, ainsi que les grands animaux verts qui font ´´pfrrrt´´ lorsqu´on s´approche trop d´eux sans le faire exprès. Mais ces animaux ne peuvent en aucun cas s´écrier ´´Florent´´. Florent est pris de panique, abandonne la petite crique, traverse tout l´espace parcouru dans l´autre sens, contourne les geysers, et retourne dans son refuge. Il roule un énorme bloc de glace devant l´ouverture pour masquer la lumière, tend une large peau de bête sur sa couche, s´y enroule, ferme les yeux et rapidement plonge dans un sommeil réparateur.
Le lendemain, comme il ne s´était rien passé, Florent retrouve sa bonne humeur. Il remet sa chaude doudoune, quitte son asile excavé dans le sérac, affiche une mine joyeuse et entame un nouveau périple sur son îlot. Il esquive consciencieusement les quelques jaillissements d´eau sulfureuse qui ont fini par creuser des précipices énormes sur son bout de terre, et se dirige vers cette petite crique où le soleil matinal se miroite dans la banquise bleutée devenue très dure durant la nuit. Tout à coup, Florent entend parfaitement une voix rieuse qui l´appelle: ´´Florent, Florent´´. Florent regarde à droite, à gauche, devant lui, au dessus de lui, en dessous de lui, derrière lui. Toujours pas âme qui vive. Il ne voit que les petits animaux blancs qui font ´´griccck´´ lorsqu´on les écrase par étourderie, ainsi que les grands animaux blancs qui font ´´pfffrt´´ lorsqu´on s´approche trop d´eux sans crier gare. Mais ces bestioles ne peuvent en aucun cas s´exclamer ´´Florent, Florent´´. Florent est transi de effroi, délaisse la petite anse, parcourt tout l´espace patrouillé dans l´autre sens, contourne les geysers, et réintègre son abri. Il roule un énorme bloc de glace devant l´ouverture pour masquer la lumière, tend une ample peau de bête sur sa litière, s´y enroule, clôt les mirettes et très vite s´immerge dans un sommeil profond.
Le surlendemain, comme il ne s´était rien toujours passé, Florent qui est d´un naturel plutôt optimiste, sent la vitalité et l´espoir le regagner. Il remet son duvet bien isolant, s´extrait de sa cachette dans le névé, entonne une chanson pour se donner du courage, et amorce un nouveau pèlerinage sur sa terre perdue au milieu des glaces. Il obvie minutieusement les quelques sources d´eau chaudes qui ont fini par excaver des avens anormaux sur son île, et reprend la direction de cette petite anse où le soleil au point du jour se reflète dans la banquise irisée durant l´intense gelée nocturne. Subito, Florent discerne nettement une voix mutine qui l´appelle: ´´Florent, Florent, Florent´´. Florent regarde à droite, à gauche, devant lui, au dessus de lui, en dessous de lui, derrière lui. Toujours personne. Il ne visualise que les petites bêtes rouges qui font ´´slurp´´ lorsqu´on les aplatit par distraction, ainsi que les grandes bêtes rouges qui font ´´pfloufff´´ lorsqu´on est trop près d´elles. Mais ce gibier ne peut certainement pas s´écrier ´´Florent, Florent, Florent´´. Florent est frappé de stupéfaction, déguerpit de la petite baie, parcourt tout l´espace patrouillé dans l´autre sens, évite les geysers, et revient son abri. Il roule un énorme bloc de glace devant l´ouverture pour masquer la lumière, tend une ample peau de bête sur sa litière, s´y enroule, ferme les yeux et très vite s´immerge dans un sommeil profond.
Il n´y aura pas de quatrième jour, car le lendemain, Florent se réveille et est mort.
Pourquoi?