LE TAXI ALLEGREMENT EN SURCHARGE BIEN MALGRE LUI
La femme est harassée car elle porte son petit garçon dans ses bras depuis un certain temps. Le gamin s’est assoupi et pèse d’autant plus lourdement dans les bras de la frêle jeune femme. Elle guette impatiemment le moindre taxi, mais ils se font rares car il est tard et le quartier n’est pas très fréquenté. Quelle idée malencontreuse d’avoir accepté ce rendez-vous si tard chez son gynécologue se dit-elle.
Dans la seconde qui suit, elle distingue les lueurs blafardes d’une voiture qui s’approche. La femme fait signe de la main, quelle chance c’est un taxi. Le chauffeur s’arrête et poliment lui demande si elle accepte de monter à bord, sachant qu’il a déjà à l’arrière un vieux fossile édenté qui a rendez-vous avec son orthopédiste. L’ancêtre accepte volontiers que la nouvelle passagère monte à bord avec son enfant, il est trop heureux d’avoir un peu de compagnie dans ce monde si rude des quin-quin-quagénaires.
La femme est trop soulagée et prend place dans le taxi, quitte à payer le prix pour une course plus longue, mais elle a besoin de pouvoir déposer son chérubin sur les coussins.
Un peu plus loin, un homme est arrêté et tape du pied contre sa voiture.
Une crevaison à l’avant, manifestement. L’automobiliste lui aussi fait signe au chauffeur de taxi d’arrêter son véhicule. Il fulmine contre cette panne si contraignante et supplie le chauffeur à son tour de l’emmener à un quelconque garage si les autres passagers n’y voient pas d’inconvénient. Il propose même de payer les trois courses, ce que le fossile qui est près de ses sous accepte volontiers, malgré les protestations de la jeune femme qui fait partie d’un clan féministe et qui considère volontiers les hommes comme des machos et des bêtes assoiffées de sexe.
Néanmoins, devant l’embarras de la panne, elle accepte et l’automobiliste monte à bord.
C’est à ce moment là que le petit angelot à la tête blonde qui dormait du sommeil du juste rouvre les yeux. Il sourit au fossile, qui pour ne pas l’épouvanter n’ose pas lui rendre le sourire, car ses dernières ratiches qui irritent constamment ses gencives lui donnent un rictus de monstre du Dc Frankenstein. Puis le petit séraphin sourit à l’automobiliste et enfin s’adresse à sa maman :
« Tiens, comme c’est curieux, nous sommes 9 personnes dans ce taxi ».
Sachant que le petit bout de choux n’est pas un affabulateur et qu’il parlait bien de d’êtres humains, pourriez-vous expliquer comment c’est possible ?