LES TABLETTES CACHEES
On cache depuis peu dans certains endroits retirés du monde des tablettes en terre cuite comportant des phrases gravées en deux langues.
Ces tablettes sont enterrées avec le plus grand soin dans des lieux secs, isolés et si possible stables.
Quelle est la raison de cette étrange procédure ?
La réponse est assez fantastique.
Deux précisions : la confection de ces tablettes et leur dispersion ne sont pas le fait d’illuminés mais au contraire de personne réputées pour leur sérieux.
Les deux langues sont toujours très différentes l’une de l’autre.
Elles n’ont en fait jamais la même racine.
LE MYSTERIEUX MESSAGE DU TUBE
Années soixante-dix, Italie du Nord.
Dans une grande maison anoblie par des arcades et entourée d’un jardin aux essences rares vivent confortablement trois personnes : deux frères et leur tante qui est aussi la propriétaire.
L’aîné des garçons étudie l’électronique; le plus jeune fréquente l’école des Beaux-Arts.
La tante, qui n’a pas réussi à devenir romancière, se console en écrivant des poèmes.
On décide un jour d’été de rafraîchir les murs du grand salon dont l’enduit blanc a jauni.
On en profitera pour rouvrir une niche depuis longtemps murée.
Les briques plates sont enlevées sans difficulté par les deux jeunes hommes.
Ils découvrent rapidement que cette cavité est en réalité un ancien placard.
Contre toute attente, il n’est pas vide mais contient sur une étagère un bouquet de fleurs séchées et un objet métallique.
C’est un tube d’aluminium d’une douzaine de centimètres fermé par un bouchon à vis et décoré de motifs floraux naïvement ciselés.
Lorsque qu’on le secoue, il fait entendre un léger bruit, comme s’il contenait quelque chose.
On veut l’ouvrir mais il s’y refuse, apparemment bloqué.
Le plus jeune des deux frères, plaisantant sur une possible " carte au trésor" propose de forcer l’ouverture avec des pinces.
La tante s’y oppose, elle trouve l’objet plaisant et ne veut pas le détériorer.
Elle le portera, c’est décidé, dès le lendemain chez un horloger qui trouvera bien le moyen de l’ouvrir.
Le lendemain matin la tante va chez un horloger qu’elle connait et lui remet le tube.
L’artisan dévisse le bouchon sans difficulté.
A l’intérieur, un morceau de papier défraîchi, grand comme la paume d’une main est enroulé sur lui-même.
La tante le dégage, le déroule : de forme hexagonale, il est couvert d’une écriture rédigée en lettres capitales ( les D sont triangulaires, les O sont des carrés posés sur un angle, les E ont la forme d’une pointe de flèche, etc.). Il se termine par une sorte de monogramme.
La vieille femme lit le texte et s’assied tout à coup, prise de vertige.
Voici ce que ce message contient :
CE PAPIER SERA TROUVÉ
LE 17 JUIN 1973
IL Y AURA DANS LA MAISON
UNE VIEILLE FEMME
ET DEUX HOMMES JEUNES
LE PLUS JEUNE SERA MUSICIEN
Nous sommes le 18 juillet 1973. Le tube a été découvert la veille, soit le 17.
De retour à la maison c’est la stupéfaction.
La chose est, il est vrai, bouleversante : à part deux détails, le contenu de ce vieux papier est incroyablement exact.
Les travaux s’arrêtent. Des discussions surréalistes s’engagent.
Quand ce message a-t-il été rédigé ? Pourquoi ce décalage d’un mois ( le jour et l’année étant, quant à eux, si terriblement précis) ? Et surtout : qui l’a écrit ? Dans quel but ?
Le plus jeune des frères a beau plaisanter, l’atmosphère est tendue.
La tante est de loin la plus perturbée car dans le taxi qui la ramenait chez elle, elle s’est aperçu que ce tube d’aluminium exhalait une odeur semblable à celle de l’un de ses parfums favoris.
Elle est sûre de ne pas se tromper; d’ailleurs l’aîné de ses neveux confirme son impression.
Le comportement de cette femme connait dès lors un changement assez net.
Elle passe des journées entières à tenter de déchiffrer le monogramme, à feuilleter des albums de photographies ( la maison appartient à la famille depuis longtemps et elle sait que le placard était déjà muré lorsqu’elle était enfant).
Son neveu le plus jeune ayant émis depuis longtemps le désir d’avoir un piano, elle en fait venir un à grands frais malgré les tentatives du jeune homme pour l’en dissuader.
Elle qui n’avait plus que des souvenirs de religion se met à fréquenter régulièrement l’église.
Elle a fait encadrer le papier et l’a suspendu en évidence dans le couloir qui mène au grand salon.
Ce sous-verre se décrochera et se brisera à deux reprises. La première fois, le clou est retrouvé sur le carrelage. La deuxième fois, il tient encore, mais il a été tordu, comme sous l’effet d’une forte traction.
La tante pose alors le cadre dans sa chambre sur une commode. On le trouvera un mois plus tard retourné face contre le mur, d’où il ne bougera plus.
Malgré les soins attentifs de ses neveux, la vieille femme mourra six mois après la découverte du message et sans être sortie d’une pénible mélancolie.
Cette énigme apparemment incompréhensible a pourtant une explication.