UN SAUVETEUR MIRACULEUX BIEN SECOUE
Nous sommes au Moyen-Age.
Un homme se promène au bord de la Tamise.
Arrivé à un coude du fleuve, il voit une femme dans l´eau, inconsciente et retenue par des branchages.
L´homme est résolu et ne perd pas une seconde.
Il se jette dans la Tamise, rejoint la femme inanimée, et parvient à la tirer sur la berge.
Il se rend compte que la femme a perdu beaucoup de forces, qu´elle est en hypothermie, aussi décide-t-il qu´il n´y a pas une seconde à perdre. Son domicile par chance est tout proche.
Il emporte la femme toujours dans le coma sur son épaule et vite rentre chez lui.
Il la déshabille et lui remet des vêtements secs avec beaucoup de pudeur, car l´homme n´est pas un voyeur, mais il était indispensable de lui donner des affaires bien sèches.
Puis il ravive le feu de cheminée et reste à côté d´elle, guettant des rougeurs sur les joues qui témoigneraient d´un retour à la conscience.
Au bout d´un moment, le miracle ou plutôt les effets bénéfiques font mécaniquement leur effet: la vie recommence tout doucement à agiter le corps de la femme. Elle finit par ouvrir les yeux, puis un long moment elle arrive à parler.
L´homme lui explique dans quel état il l´a trouvée, qu´il a été obligé de lui changer les vêtements, et lui montre ses affaires d´origine qui sèchent devant la cheminée.
Il demande à la femme si elle a été victime d´un accident, elle répond que non.
Alors il veut savoir si elle a été agressée par des voleurs ou des ennemis de son mari, elle dit que non, qu´elle ne se connaît pas d´ennemi et que de toute façon elle n´a plus de mari.
Puis les yeux de la femme s´embuent. Son sauveteur délicatement décide de se taire.
Il pose juste encore la question de savoir s´il pouvait lui donner un peu de quoi reprendre des forces.
L´inconnue acquiesce.
L´homme est heureux, il invite la femme à avaler un bol de soupe chaude qu´elle boit après bien des difficultés mais au fur et à mesure qu´elle absorbe un peu de liquide, son état s´améliore.
Elle demande à son secouriste inopiné si elle peu rester encore quelque temps, le temps pour elle de pouvoir se redresser et arriver à s´extraire du lit.
Elle explique que la situation est compromettante et qu´elle ne voudrait pas causer de tort à son ange gardien.
Puis une fois qu´elle a réussi à se mettre sur ses jambes, elle souhaite pouvoir aller dans la salle de bain, souci bien légitime.
L´homme évidemment lui montre la direction de la pièce d´eau et de plus lui dit qu´il avait déjà mis de l´eau à chauffer sur le poêle.
La femme se rend dans la salle de bains, qui est très spartiate.
Une pièce d´eau à cette époque comprenait une table avec un bloc pour se laver le visage, un baignoire mais sans eau chaude, une patère accrochée à l´intérieur de la porte, une chaise pour y poser des affaires, et un petit tréteau sur le quel reposaient les produits de soi: savon et baumes.
L´homme avait préalablement sorti ses propres affaires, aussi la pièce était-elle intégralement vide, l´homme avait juste oublié d´enlever ce qui était accroché à al patère, son bonnet et sa chemise de nuit, et n´avait pas rangé ses pantoufles, mais le bonnet ainsi que la chemise de nuit étaient propres et les pantoufles pas éculées.
La femme s´enferma dans la pièce une fois que l´homme eut versé quelques brocs d´eau chaude et d´eau froide dans la baignoire.
Elle y passa un long moment, puis sortit de l´eau, agrippa une grande serviette que l´homme avait accrochée à la patère mais tout d´un coup poussa un hurlement affreux.
Elle se rua à l´extérieur de la pièce, s´arma d´un couteau de cuisine qui traînait sur la table, et se précipita sur son sauveteur ahuri.
Celui-ci eut toutes les peines du monde à se défendre, la femme était prise d´une folie meurtrière que l´homme ne pouvait pas comprendre.
Il dut user de toutes ses forces pour la repousser et finalement la femme se retrouva sur le trottoir, dans un état pitoyable, les cheveux en bataille, le couteau à la main, peu vêtue.
Jamais plus la femme ne retourna dans ce quartier, elle ne remerciera jamais son saint-bernard et l´homme ne comprit jamais ce qu s´était passé.
Indices: la femme et l´homme ne s´étaient jamais vus.
La femme n´est ni hystérique, ni folle et n´a aucune maladie neurologique.