Le Langage thomasien
Souvent, je me suis senti comme le passager exclusif de ma mémoire ou l´architecte d´un projet mort-né, me trouvant le nez face à la page vierge. Une page qui reste immaculée si une quelconque nécessité ne vient pas me frapper violemment la poitrine pour que j´appose sur la matière l´encre de mes idées, mots apparemment innocents. Cependant, je sais que je répète inlassablement les mêmes gestes mais pour qui, pour quoi ? Et quelles sont les futures conséquences de mes gribouillis ? Évidemment, je ne peux le deviner mais j´en ai une intuition : tout ce que je sais, c´est que je suis un « autre » qui s´évertue à créer des pyramides, qui peut voyager à la vitesse de la lumière, qui capture l´instantané d´une seconde sur la planète pour la magnifier. Et dans toutes ces péripéties, je me disperse et me perds peu à peu, je quitte donc mon corps et ne connais plus de repères ; je ne suis plus là, je suis partout et nulle part à la fois.