Anges et démons
S´ils n´existaient pas, il faudrait les inventer
Ces anges bénéfiques,
Ces diables maléfiques,
Ces intermédiaires qui vous élèvent
et vous enlèvent,
vous renversent
et vous bousculent.
Ces anges qui sentent bon
Et ces diables qui crachent le soufre,
Ces anges qui décuplent votre beauté
et votre grâce,
Ces diables qui étalent vos viléniesq
et vos maladies.
Dès que l´homme a le courage de se taire
et de s´écouter
Il les rencontre,
Il les croise,
Il les entend
Il les voit,
il en fait ses compagnons,
Il les admire,
Il les redoute,
Il leur parle,
Il converse avec eux,
Il les écoute et leur répond,
Il leur parle,
comme il parle aux
fleurs,
aux ruisseaux,
aux papillons,
aux crapauds,
aux abeilles,
aux frelons,
aux pierres des
chemins,
aux rochers des
montagnes,
aux arbres des bois,
aux étoiles du ciel,
à la neige qui se
promène,
à la pluie qui dévale
Il les utilise
Pour parler
aux cours d´eau,
aux arbres,
aux oiseaux,
aux cochons.
Tout le monde admet
Qu´il est naturel
Parfaitement naturel,
De parler à son chien,
à ses fleurs,
à ses orties,
à son chat,
à son bouc,
à sa vache.
Tout le monde admet,
Tout le monde admire la hiérarchie des êtres,
celle des pierres,
des végétaux,
des animaux,
de l´homme,
De l´homme qui se voit
Et qui n´est supérieur
Que parce qu´il possède une intelligence
Qui ne se voit pas ;
Ce qui donne de la valeur à tout ce qui se voit,
Ce qui est le plus extraordinaire dans la hiérarchie des êtres
C´est ce qui ne se voit pas.
Elle serait rudement boiteuse
La hiérarchie des êtres
Si elle s´arrêtait à l´homme qui pense,
A l´homme qui a déjà assez de peine pour penser,
Pour sortir de la matière,
de la bête,
A l´homme qui rêve
et qui tébuche,
A l´homme qui chante,
A l´homme qui tue,
A l´homme qui vole dans le ciel
et qui glisse sur un grain de sable.
Il est bien évident,
Il est heureusement évident
Que l´homme n´est pas le sommet de la pyramide.
Qu´est-ce que c´est que cette hiérarchie
Qui s´arrêterait à l´homme ?
De quel droit s´arrêterait-elle à l´homme,
Avec quelle autorité,
Pour quelle raison ?
Ce serait ravaler le monde
Que de l´arrêter à l´homme,
De faire de l´homme le roi du monde,
Ce pauvre homme
si beau
et si laid,
et si fragile,
si jeune
et si vieux.
Les anges et les démons
Sont bien plus indispensables
Et bien plus réels que l´homme.
L´intelligence de l´homme
N´est intélligente
Que parce qu´elle part de la terre
Pour voler dans les airs
Et chanter l´Absolu qu´elle ne voit pas.
Il est bien certain
Que l´Absolu
Elle ne peut l´atteindre d´un coup d´aile ;
Entre elle et l´Absolu
Elle doit nécessairement rencontrer autre chose,
Quelqu´un d´autre ;
Et les voilà nos anges qui sont sur la route du ciel,
Et nos diables qui se mettent en travers
de la route du ciel,
sur la route du gouffre.
Le monde de l´invisible,
de l´amour,
et de la haine
Est beaucoup plus réel,
plus substanciel,
parce que spirituel,
Que le monde de l´univers
Avec ses mécanismes merveilleux,
Ses incendies et ses massacres.
Le monde qui mène à L´Esprit
A besoin d´esprits pour nous introduire,
d´esprits plus parfumés que le plus beau jardin,
d´esprits plus empestés que la plus sinistre pourriture ;
Et commme, heureusement,
Ce n´est pas l´homme qui aura le dernier mot,
parce que trop faible,
trop fragile
et trop inconséquent,
Mais l´Amour
Plus fort que la haine,
Les esprits plus empestés que la plus sinistre pourriture
Finiront par sécher,
par se dessécher ;
Et les esprits plus parfumés que le plus beau jardin
seront encore plus parfumés et plus somptueux
Et seront tout prêts
pour nous introduire
dans l´Amour.