Murasamune étincelait, dans la pénombre la lame tranchait les cranes éclairant la nuit de furtifs et vifs éclairs. Auron donna la charge pour la troisième fois, et a chacun de ses assauts, à chacun de ses assauts dans la masse grise et grouillante d’ennemis, des corps tombaient, se fendaient et pliaient sous la puissance de la lame divine.
Mais les forces ennemis venaient de tout bord, redoublant d’effort Auron s’enfonçait dans l’attroupement pour ne laisser derrière lui que mort et désolation.
En surplomb, du haut des roches noires qui grimpaient à pique dans le ciel nocturne, se tenait le Général des forces des ténèbres. Grand et fier, d’une stature imposante, droit et silencieux la main posée sur son sabre noir, prêt a bondir. Mais il n’en fit rien, il observait en silence la bataille en contrebas, entouré par ses généraux aux formes toutes plus démoniaques et sordides les unes des autres. La masse informe à ses cotés grogna dans un langage incompréhensible : « Rahour zam kartheciste ! Auron nakibetsu ! ». L’homme se retourna violemment vers son subalterne violemment, son regard froid et morbide s’était embrasé. L’ ignoble monstre tomba à terre ouvert du crâne à l’aine. Le général Seymour s’adressa alors a la foule devenue silencieuse laissant percevoir le fracas des armes sur le champ de bataille; « Il n’y a qu’un chef ici, il n’y a qu’un pouvoir ! » sa voie était paradoxalement douce et froide, sa peau fraîche et jeune, sont visage presque féminin paraissait d’un calme reposant malgré un regard sombre et vide. Ses cheveux, longs et d’un étrange bleu, volaient au gré du vent glacial, s’entrelaçant et ne laissant apparaître son visage que par courts instants. Il y avait chez lui un mélange d’atrocité et de beauté que nul n’aurait pu expliquer. Il parla de nouveau : « patientez mes amis, bientôt….bientôt viendra le moment de l’assaut final. Mais l’heure n’est pas encore venue ! Elle arrive je la sens, c’est alors qu’il vous faudra prouver votre valeur au combat ! ». La foule, à l’écoute, leva armes et boucliers pour les entrechoquer. Dans un terrible hurlement d’approbation les commandants des hordes du Mal, qui représentaient sans nul doute la plus puissante partie de l’armée de Seymour, firent vibrer le sol a tel point que, pendant quelques secondes le combat se figea sur le champ de bataille pour observer les hauteurs . De là, Kimary put observer une épaisse brume qui tourbillonnait autour de la cime du roc empêchant quiconque l’eu voulu, d’ épier les sombres desseins de Seymour. « Qu’est ce qu’encore que cette magie » demanda Kimary « Ronsos être forts et fiers combattants, mais Ronsos impuissants contre magie…. »
La trêve fut de courte durée, le cri de guerre des hautes sphères du mal semblait avoir transcendé l’ennemi. Ils redoublaient de force et leur nombre semblait s’accroître a mesure qu’il tombaient sous les armes des valeureux amis. Ils accélérèrent le mouvement attaquant comme il ne l’avaient jamais fait, Auron et Kimary protégeaient les arrières de la magicienne. A maintes reprises Murasamune brilla, les sorts lancés par Lulu ne donnaient alors plus que peu de répit aux guerriers et, à mesure qu’ils faiblissaient dans leur intensité, s’éteignaient avec eux les espoirs de la compagnie. Ils ne tardèrent pas à se retrouver acculés au pied de la falaise, racine du roc. L’ennemi arrivait de toute part, Lulu exténuée ne put s’empêcher de poser un genou au sol. « Les cartes ne sont pas encore tirées mes amis ! Il nous reste encore l’espoir ! » cria Auron retirant sa glorieuse et massive épée du crâne d’un ennemi, « Nous nous battrons jusqu´au dernier souffle ! Pas de pitié ! » .
La petite troupe se composait de trois des meilleurs combattants de Spira, Sir Auron, le guerrier des temps anciens, se trouvait à sa tête. Kimary, brave gardien du peuple Nord, était au combat un précieux atout. Sa force incommensurable et sa maîtrise au combat faisaient du « Guerrier à la corne brisée » le digne héritier de l’art de la guerre de la tribu Ronso. Lulu, la magicienne était d’une beauté venimeuse : son sourire ensorceleur, ses cheveux d’un magnifique noir ténébreux, ses mouvements d’une agressive douceur, masquaient les pouvoirs d’une redoutable sorcière.
C’est à ce moment qu’Auron aperçu au loin une myriade de reflets qui flottaient à l’Est de la plaine Félicité, théâtre du combat. Comme une mer de lucioles, les petites lueurs se balançaient de gauche à droite, tel un vaste champ de blé jaune dansant dans la brise de l’été. Mais cette danse frénétique avait quelque chose de macabre, et il ne fallut qu’un bref instant à Auron pour comprendre ce qu’il ce passait. Il s’écria : « Des archers ! A couvert vite ! ». Mais le groupe, pris entre les hordes de cerbères des portes du Mal et la falaise, paraissait dès lors en mauvaise posture. Comme une immense vague, l’étendue lumineuse jusqu’à lors calme, s’élança dans les airs en direction du trio dans un sifflement strident. Les flèches aux pointes acérées luisaient à la lumière de la lune pleine tranchant violemment l’air sec et froid de la plaine. D’un geste aussi précis que bref, Auron s’empara de la dépouille d’un orque déchu pour s’abriter de la menace qui venait du ciel. Kimary s’élança pour suivre le schéma tactique de son frère d’arme, mais il rebroussa chemin. Lulu gisait sur la terre dure et poussiéreuse autrefois couverte d’une herbe haute et grasse. Le bestial Ronso tendit sa longue lance à bout de bras en position horizontale. Il se mit alors à la faire tournoyer à l’aide de ses deux bras. Le mouvement s’accélérait sans cesse, de telle manière que le cercle formé par la révolution de la lance vint à créer un bouclier opaque devant eux. Les flèches finissaient leur parabole, et l’essaim s’abattit avec une violence inouïe emportant avec lui les orques qui se trouvaient aux abords de leur cible. Elles sifflaient comme l’aigle qui s’élance vers sa proie. Les corps transpercés tombaient au sol, sans vie. Ils tombaient par dizaine. Puis la pluie s’arrêta, nos trois amis étaient saufs. La nuée de flèches avait créer le calme autour d’eux, et il n’y avait alors plus aucun ennemis debout sur une large surface, comme si l’on avait piétiné le chiendent sec d’un champ putride. Kimary se tourna vers Lulu et lui tendit la main : « Lèves-toi sorcière, Kimary dit qu’il reste beaucoup d’êtres à combattre. ». Profitant de l’inattention du Ronso, un gobelin miraculeusement vivant se redressa. Son buste était court et fin, ses membres, par contre, étaient longs et robustes de manière que, pourtant dressé de tout son long, ses bras pussent frôler le sol. Sa peau, d’un marron hideux et épaisse comme du cuir, luisait de sueur et de sa gueule, aux dents jaunes et pointues, coulait un sang noir, épais et visqueux. Il n’y avait dans ses yeux aucune pupille ni même aucune vie. Il dressa son cimeterre, arme propre aux forces du mal, au dessus de sa tête et d’un geste leste frappa le Ronso dans le dos. Auron bondit, et Murasamune trancha la gorge du gobelin avant qu’il n’ai pu esquisser le moindre mouvement. La tête roula au sol. Kimary fléchit, la lame était restée dans son épaule tranchée. De la plaie béante commençait à s’écouler le sang bleu caractéristique aux guerriers cornus.
LuLu ce redressa, la fureur avait envahi son regard et une petite flamme consumait ses pupilles. Au loin le bal des reflets argentés des flèches repris alors que les différentes tribus asservies par Seymour restaient cette foi à l’écart. Le raz de marée gémissant s’élança dans les airs ; Auron et Lulu restèrent figés, face a la mort en approche. Le poing d’ Auron se relâcha laissant choir la lourde épée.