Notre vétérinaire préférée, délaissant son laboratoire, ses paillasses et ses pipelettes, nous a fait l’honneur d’une réapparition.
Comment se déroule le quotidien d’une vétérinaire ? Ca ne doit pas toujours être facile de s’extraire de ses charentaises pour s’occuper des charolaises. Réveil au premier coup de corne, pas question de paresser sous la couette. Rikku a opté pour un métier difficile, entre les fièvres de lait du cheptel bovin du père Péquenot et les crises de pisdémie du troupeau caprin de Mr Seguin, Rikku doit garder la tête froide. Même quand cela va de mal en pis. De toute façon, elle n’est pas du genre à s’enfiévrer, c’est bien connu qu’elle n’est pas du tout soupe au lait. Mais quel plaisir aussi de remettre un chien sur ses pattes, de réentendre le ronron d’un chat, d’extirper les épines de chardon d’une génisse trop gloutonne, d’échapper au coup de langue reconnaissant d’un cheval vermifugé, tout ceci sabot le détour. Soyons ravis qu’elle ait trouvé sabot à son pied.
Puisque Rikku avait pris fait et cause pour la gente ailée (nous pouvons qualifier son affection pour les poules de consommé de volailles), et comme nous savons qu’elle aimait les énigmes, nous allons pouvoir enfin élucider une énigme ancestrale. Car, sans appréhender de marcher sur des oeufs, on peut affirmer en parlant des gallinacés que le pseudo-paradoxe de l´oeuf et de la poule n´en a jamais été un.
Croyez-en des années d´expérience, Rikku en a franchi des distances qui l´ont obligé à baisser sa crête en évitant les nids-de-poule, il est évident que c´est l´oeuf qui est né avant la poule. Pour une raison toute simple : les poules arrivent toujours en retard. Normal, elles n´ont pas non plus toujours envie de passer à la casserole, leur sort n´est pas forcément enviable. Cela explique qu´elles ont souvent mi-graine. Ce qui contrarie fortement les jeunes coqs empressés, toujours dressés sur leurs ergots. Alors ne nous étonnons pas qu’ils noient leur chagrin dans ce nectar doré qui pousse sur les coteaux d´Alsace et qu´on appelle l´or de la vallée du Rhin. D´où cette autre célèbre expression "coq au vin".
Alors gardons un peu de considération pour les poulettes, qu´elles restent nos coqueluches. Optons pour la réintroduction des flamants roses. Ne leur dites plus d´aller se faire cuire un oeuf, n´en faites pas tout un plat. Ainsi, nous ne resterons jamais brouillés.
En l´honneur du gibier à plumes, mettons en oeuvre l´adage de Henri IV, offrons à nos compatriotes une poule au pot tous les dimanches (surtout depuis l´invention des cocottes-minute, à ne pas confondre avec les starlettes de plage qui elles sont des coquettes-minute), normal, de nos jours, les poules sont souvent au menu du jour, on ne peut plus parler de poule de luxe.
Rikku est notre âme-sœur, avec elle aucun être issu de la création n’aura jamais de bleus à l´âme, grâce à elle nous ne sommes pas encore prêts à rendre l´âme. Avec elle, faire des vagues c’est surfer sur une lame de fond, sans craindre de vagues à l´âme. Quel bonheur de la voir ressortir de sa coquille, c’est vrai qu’elle s’y connaît en temps d’incubation. C´est bien pour cela que c´est si facile de passer du coq à l´âme.
Par déférence à cette illustre profession des vétérinaires, définitivement convaincus qu’il ne faut surtout pas prendre en grippe les bestiaux à plume, poussons un petit cocorico. Bravo à ces bons samaritains qui n’hésitent jamais à se secouer les puces pour traquer les parasites. Souhaitons une étincellante carrière à Miss-Tiques.