Bye Céline, j’ai raté le départ de notre vétérinaire préférée.
Je n’ai jamais su si tu savais soigner les hommes aussi bien que les animaux (encore que je n’ai pas beaucoup d’hésitations à ce sujet-là), mais je me souviens de nos premiers échanges une fois que tu étais revenue d’un stage chez un éleveur. J’avais bien remarqué qu’entre les quadrupèdes et toi s’était installé ce qu’on pourrait appeler « l’amour vache ». Ton départ m’attriste, aussi permets-moi de dresser le panégyrique de tes exploits avec les bêtes à corne, mieux vaut le prendre avec humour que de ruminer le restant de sa vie.
Inséminations artificielles à une cadence infernale, perfusions de flacons de calcium à des vaches plus ou moins en fièvre vitulaire, une cascade de césariennes. Des milliers de kms de route de campagne dans une vétomobile pétaradante (replica d’une 4L brousse), des routes pas forcément déneigées lorsqu’il fallait se lever pour intervenir sur une vache en aérophagie, flatulences pestilentielles, les pets de bo vidés responsables du trou dans la couche d’ozone… Mille milliards de mille sabots pour paraphraser Haddock (qui lui non plus n’avait pas les pieds dans le même sabot) dont tu n’as pas manqué de remarquer que son nom est synonyme de hareng.
Je me souviens aussi des débats vifs à propos de la grippe aviaire qui, grâce aux conseils attentionnés de Rikku, avaient permis de sonner la fin de la quarantaine.
C´est l´occasion de prendre la plume (c´est la dernière de mon croupion, mais l´occasion était trop belle) pour rendre hommage à Rikku et permettez-moi d’insister sur les drôles de paroissiens de la ferme avicole.
N´ayant pas peur d´être prise en grippe, Rikku, délaissant ses pâturages, avait entamé un sacré chicken run pour lever tous les canards boiteux et débusquer tous les canulars.
Résolument déterminée à voler dans les plumes de ceux qui voyaient la santé publique battre de l´aile, Rikku s´était penchée sur la problématique des pathologies liées au stress chez nos amies les bestioles à plumes.
Tout d´abord, félicitons la pour son travail de désinfantilisation.
Rikku avait un sacré abattage, prenez-en de la graine.
Sortant de sa coquille, mettant en jeu son intégrité physique, elle avait entamé une véritable partie d´échec contre ce fléau qui est positionné en H5N1.
Gageons qu´elle aura droit dorénavant à son billet hebdomadaire dans le canard déchaîné.
La fin du déconfinement des poulets signe le retour du confit de canard.
Certaines langues se délient et caquettent déjà qu´elle pourrait négocier un contrat marketing grassement payé chez le Père Dodu. D´autres avancent que le colosse pharmaceutique La Roche (Tamiflu) serait aussi sur les rangs et lui aurait également proposé un contrat en béton.
Il paraît qu´elle aurait pris son téléphone rose pour piailler à Vier, adorable petit village des Pyrénées-Orientales, où Monsieur le Maire lui aurait personnellement certifié qu’à ce jour, aucun cas de grippe à Vier n’avait été détecté.
Grâce à elle, Donald et ses neveux, arborant leurs plus belles plumes, pourront reprendre leur promenade au parc Disney.
Les cigognes pourront reprendre leur vol nuptial au dessus de l´Alsace.
Pour un pays dont l´emblème est le coq, notre terminologie est mal adaptée, cela nous révulse tous et nous fait claquer du bec.
Un poulet qui gratte à longueur de journée son tas de fumier ne mérite-t-il pas lui aussi d´être apostrophé d´oiseau mi-gratteur?
Pour les aviculteurs, sachez tout d´abord qu´il est inutile d´obliger les hôtes de la basse cour à porter des masques à gaz.
Les masques tombés, retour de la drague, on n´entendra à nouveau les tourtereaux roucouler et piailler d´impatience en attendant que le soleil se couche.
Merci Rikku de nous avoir réconciliés avec la gente à plume. Je suis sûr que même pour les coccinelles tu aurais su soigner leurs malaises à cause de leurs points noirs.
Bye notre véto préférée, reine des pansements gastriques, pourvu que ça gaze pour toi, il fallait bien tu prennes les voiles un jour.