Shéhérazade, princesse du sultan, et Ali Baba, son ami de toujours
Un sultan vivait dans à Bagdad dans un palais, symbole de l’opulence, avec une armée de laquais à ses petons,
Moult courtisans venaient lui conter fleurette, ambitionnant de pouvoir lui présenter leurs derniers rejetons,
Car le sultan n’avait qu’une fille pour perpétuer sa lignée, une divine jouvencelle aux yeux couleur de jade,
Si elle avait le don d’apprécier la saveur de chaque chose, elle adorait aussi s’esclaffer en franche rigolade.
Le sultan prenait ombrage de tous ces prétendants, mais la princesse en riait, témoignage de bonne augure,
Elle se gaussait d’un père aussi tatillon et se souciait des soupirants comme de son premier pot de confiture,
Avec le raffinement qui sied à une princesse orientale, elle papillonnait, marivaudait, affichant bonne figure,
Obligeante et civile, elle parlait à chacun comme si son intérêt n’était jamais lassé et que sa curiosité perdure.
Shéhérazade ne se pressait pas pour prendre parti, elle avait nulle envie d’aliéner trop rapidement sa liberté,
Affectionnant musarder dans les jardins luxuriants du palais, suivre l’éclosion des oisillons faisait sa fierté,
Tous ces jeunes freluquets faisant assaut de charme, envahissant les salons et enflammés par leurs rivalités,
Laissaient de marbre la princesse et faisaient fleurir sur ses lèvres un sourire amusé de toutes ces frivolités.
Bagdad est une ville très animée, aussi la princesse ne se privait-elle pas de visiter les souks et les boutiques,
Franchissant allègrement tous les ponts entre le Tigre et l’Euphrate sur son vélocipède aux freins rustiques,
Discutant avec les marchands dans les bazars, et bien décidée à ne pas acheter ses dattes à un prix exorbitant,
Elle ne sortait son argent de poche joliment rangé dans son porte-monnaie en peau de chamois qu’en insistant.
Son père lui avait conseillé de ne pas se déplacer seule, mais avec tout le caravansérail exigé par le protocole,
Mais elle a de suite congédié ses cornacs et ses chameliers, jugeant cette escorte appartenir à l’ancienne école.
Aventurière, elle laissait souvent le hasard guider ses pas, suivant son instinct, toujours en quête de nouveauté,
Elle pouvait s’émerveiller, sa curiosité et sa spontanéité lui permettaient de tout et de rien d’apprécier la beauté.
Le sultan avait sollicité des joailliers de tous pays pour qu’ils présentent leurs plus belles oeuvres à la princesse
Colliers de jaspe façonnés dans le Penjab, pendentifs en jade de la mer de Chine, les artisans venaient en liesse
Les plus lointains offraient de la turquoise du Tibet, le trip vers Bagdad les ayant plusieurs fois mis en détresse
D’autres de l’agate du Yémen, du cristal de roche de l’Himalaya, arrachés de la cachette du Yéti avec hardiesse
Si l’entourage de la princesse était troublé par le froufroutement des étoffes soyeuses, elle n’y prenait pas part,
Bien que Shéhérazade soit sensible à l’élégance et médusée du savoir-faire de ces magiciens maîtrisant leur art.
Si ses couturières auraient tellement préféré lui tailler des robes dans des tissus aussi fins que la soie ou le satin,
Elle pour sa part riait de ces goûts pour l’angora ou le cachemire, disant qu’elle ne se prenait pas pour une catin.
Elle tombait en pâmoison devant ces merveilleuses fontaines en albâtre qui agrémentaient les jardins royaux,
Elle s’extasiait devant les lions sculptés qui supportaient une coupole en marbre blanc desservant des canaux,
Le doux bruissement de l’eau qui rafraîchissait les allées de myrtes et qui épousait les méandres des tonnelles,
Elle s’attardait à regarder les colombes picorer ses tranches de nutella et suivait les évolutions des hirondelles.
Mais le sultan le savait et les courtisans l’ignoraient, la princesse était comme bardée par une cotte de mailles,
Quasi forgée par des elfes dans un matériau aussi précieux que le mythril, plus fine qu’une armure d’écailles,
Gracile et légère, sans influence aucune sur sa taille, sa protection était pourtant d’une résistance sans faille,
Cette cuirasse s’appelle sens de la divination ou intuition, selon qu’on soit mage ou appartienne à la piétaille.
Cela lui donnait cette légèreté et cette grâce, car elle n’accordait aux menues péripéties aucune complaisance,
Courtoise et bien élevée, mais discernant ce qui était digne d’un peu plus d’attention avec beaucoup d’aisance.
Se pourrait-il qu’elle ait hérité du sultan qui veille si habilement aux destinées de son peuple cette élégance ?
Le sultan en tous cas avait foi dans les pressentiments de sa fille car leur relation était basée sur la confiance.
La journée de la princesse n’était pas de tout repos, car elle débordait d’activités non inscrites au protocole,
Ali Baba, son ami d’enfance, l’emmenait dans les recoins de sa caverne pour lui faire découvrir son pactole.
Curieuse et attentive, elle adorait entendre les nouvelles du front rapportées par Ali-la-langue-bien-pendue,
Bravant l’humidité et la poussière, ne craignant pas les araignées, souvent dans sa grotte elle s’était rendue.
Ali avait un talent intarissable, il lui fallait juste breaker de temps en temps pour lamper une gorgée de sa fiole.
Sans jamais raconter la même histoire, ne redoutant ni la fatigue ni que la patience de la princesse ne s’étiole,
Ali l’inépuisable était capable de relater toutes les péripéties pendant mille et une nuits tandis qu’elle écoutait,
Dans ses poches, elle mettait des tartines et des pommes, et en manquer était la seule tragédie qu’elle redoutait.
Shéhérazade juchait ses fesses sur un coffre, Ali préférait se prélasser dans un fauteuil ornementé de parures,
Elle adorait respirer les senteurs des épices qui s’exhalaient des sacs étalés sur des tapis ceinturés de dorures,
Elle se demandait toujours quelles délicates essences se trouvaient dans les jarres soigneusement bouchées,
Elle rêvait de potions pouvant redonner une éternelle jouvence ou un teint de lait dans ces amphores couchées.
La princesse a aussi une amie très proche, pétulante et vive, bien que leur relation puisse être conflictuelle,
Si leur opinion pouvait varier sur des notions aussi graves que le sexe des anges, leur complicité est réelle,
Se disputaillant sur des accessoires du dernier chic ou la légitimité de l’augmentation de la taxe sur la bière,
Elles se rabibochent aussi sec, car lorsqu’il est question de la gente masculine elles abordent une autre filière.
Toujours complices et espiègles lorsqu’il faut faire preuve d’indépendance et rabattre le caquet au sexe fort,
Elles savaient se jouer de leurs compagnons mâles et déchiffraient leurs manœuvres sans le moindre effort.
Même Ali n’échappait pas à leur facéties, mais par chance, lorsqu’elles s’esclaffaient, il ne se doutait de rien,
Lui parlait de Sindbad le marin, elles, l’imaginant sujet au mal de mer, pouffaient, mais il ne voyait pas le lien.
Lorsque Ali parlait des richesses du sultan, qu’il comparait au Roi Salomon dont il vantait la magnificence,
Il se perdait dans la description des étoffes chamarrées entrelacées de fils d’or et en louangeait l’opulence.
Quand il pérorait à propos des draps de soie, des vases en ivoire incrustés de diamants ciselés à la perfection,
Les yeux des jeunes filles pétillaient d’ironie car pour le luxe et le décorum elles avaient très peu d’affection.
Ali pour ses 18 ans a obtenu ce dont il rêvait: ses parents lui ont offert un tapis volant à commandes électriques Il se hâta de se rendre chez la princesse, car il sait que ses préférences en matière de transport sont éclectiques.
La princesse accepta de grimper sur son tapis une fois qu’il l’eût parfaitement épousseté, s’agrippant à la taille,
Elle le pria de déclencher quelques loopings. Ali étant un génie de la cabriole, ses pirouettes exécuta sans faille.
Fier comme Artaban, Ali se soucia de savoir si elle avait eu mal au cœur, mais elle n’était pas sujette au vertige
Sa chevelure accrochant les nuages, jouissant du privilège réservé aux espèces ailées et appréciant ce prestige,
Sans perdre le souffle, elle riait à perdre haleine, ses dents nacrées resplendissant comme un collier des perles,
Elle chérissait se retrouver entre ciel et terre, et trouvait très charmante la compagnie des faucons et des merles.
La princesse aimait la vie et la vie le lui rendait bien, elle appréciait tous les instants avec la même intensité,
Mais elle cachait sous son exquise courtoisie une étrange singularité, pas une anomalie ni une excentricité,
Ali aurait beau frotter la lampe, invoquer le gagnant du concours Génies sans bouillir, tenter de l’amadouer,
Jamais il ne pourrait deviner le gouffre abyssal dont la princesse était victime, sans qu’elle puisse l’avouer.
Instinctivement réfractaire à toute discipline et à toute mesure imposée, mais parfait caméléon, elle le cachait,
Récalcitrante à tout parti-pris, elle aurait volontiers été révolutionnaire mais ce n’est pas ce qu’elle recherchait.
Si la séduction est sa seconde nature, elle n’en ressent jamais les conséquences car elle a assez de détachement,
Elle entrevoit avec une incroyable facilité l’enchaînement des causes et sait réagir à n’importe quel événement.
Rétive non, mais rebelle dans l’âme, sans qu’elle se sente obligé d’escalader des barricades et jeter des pavés,
Capable pourtant de composer avec des contraintes et d’imiter les zombies en faisant de grands yeux délavés.
La malice néanmoins ne disparaît jamais de ses mirettes, mais pour le remarquer l’observateur doit être avisé,
Dilettante ou facétieuse, telle une candidate à Star Ac, elle virevolte avec grâce, ses cours de danse ayant révisé.
La princesse suivait des études fastidieuses, privilégiant les arts et les lettres, dont elle était une superbe vitrine,
Sa religion n’était pas de vouer un culte au prophète, la princesse n’était pas une assidue des cours de doctrine.
Sa passion pour les voyages et l’exploration de nouvelles contrées n’allait pas tarder à se révéler au grand jour,
Voilà une bonne raison de fréquenter Ali l’aventurier, de connaître ces étendues lointaines peuplant son séjour.
Les symboles, châteaux bâtis sur des nuages, mais les nuages nous apportent le climat, les saisons, la mousson,
Mais si le vent souffle, que restera-t-il? Eole nous imprime son rythme, à son souffle nous vibrons à l’unisson,
Toute utopie doit prendre fin, un jour ou l´autre... Pourtant Kixx le pingouin s’éprend pour une aurore boréale,
Ainsi la princesse se surprend elle-même à s’autoriser quelques mirages, pourchassant une civilisation idéale.
Shéhérazade est une fleur sauvage qui, telle l’edelweiss ne se trouve que là ou gîtent les tétras ou les bouquetins
Celui qui désire conquérir son cœur doit avoir le pied montagnard pour franchir des hauteurs peuplées de lutins,
Car la découvrir est une chose, la séduire en est une autre, il faut s’accrocher, c’est un exercice de haute voltige,
Mais un jour un jeune homme au cœur pur et à l’âme bien trempée atteindra la cime, ayant maîtrisé son vertige.