Métro, Boulot Dodo
Encore une journée passée, une de plus, une parmi tant d’autres si quelconque et si anonyme qu’on en tire aucun plaisir, aucun intérêt. Le type de journée dont on se passerait volontiers et qui pourtant se répète inlassablement, comme si personne ne pouvait échapper à cette routine, la traînant tel un fardeau, une fatalité. Pourtant, cela n’est pas une sorte de processus de rédemption pour s’absoudre d’un hypothétique pêché, mais belle et bien la triste réalité du quotidien.
Ebranlé par cette inéluctable vérité Micel rêvassait, porté telle une feuille par les douces caresse d’Eole, par un train roulant si lentement qu’il n’y avait nul besoin d’être narcoleptique pour s’assoupir.
Perdu dans ses pensées Micel, tentait de faire le bilan de sa journée, quand il s’aperçu de la monotonie de son quotidien. Il fut soudain prit d’un étrange sentiment de panique, d’asphyxie, il venait de réaliser à qu’elle point cet aspect de la vie pouvait être cruel. Celui la même qui fait oublier aux gens d’avant tout profiter de l’instant présent et les pousse à considérer les jours tels de simples perles enfilées sur un collier.
Arrivée à la gare, Micel allait rentrer chez lui, toujours un peu plus déprimé que les jours précédents, se persuadant s’il en était encore nécessaire, de la futilité de cette nouvelle journée sans intérêt, quand s’offrit à ses yeux un spectacle macabre insolite. Un homme probablement las d’appartenir au carcan avilissant du prolétariat, venait de mettre fin à ses jours.
Sans doute une façon comme une autre pour lui de sortir de la masse et de stopper la spirale infernale de l’habitude.
Cet homme d’environs 40 ans venait juste de se pendre aux câbles électriques et les effets de la strangulation sur son organisme ne s’étaient d’ailleurs pas encore estompés.
Cela arracha un sourire cynique à Micel, qui après un instant de stupéfaction fut traversé par un fort sentiment d’anxiété, une irrépressible peur. Il venait de mesurer combien, au fil du temps, la routine pouvait ronger un individu de l’intérieur et en faire un être totalement aliéné et si oppressé que son seul recours d’apaisement était la mort.
Une fois rentrée chez lui, Micel repensa à cet homme qu’il avait laissé, là-bas, sur sa potence.
Et aussi bizarre que cela puisse paraître, passée la phase de traumatisme et de dégoût, il ne put s’empêcher de considérer cette expérience comme un fait positif. Cela avait provoqué chez lui un électrochoc si puissant qu’il était convaincu de s’en rappeler à vie, bien décidé à laisser de coté les habitudes pour les troquer contre des moments trépidant de vie.
Micel avait décidé de défier la vie à son propre jeu…espérons seulement que les dés ne soient pas pipés…