Chapitre 5 : Escale au resto
De Londres jusqu’au Manoir des Baskerville, il y en avait, de la trotte. Everlasting, qui avait repris sa place de chauffeur, reprit aussi ses bonnes habitudes sur la route. Emma, Cyrielle et Claire parlait cuisine ( « Oui, je rajoute du gruyère dans mon couscous », affirma Emma) tandis que Couloume faisait la morale à Jopfleger ( « On me prend toujours pour un idiot, mais j’ai eu une sorte de pressentiment, je t’ai prévenu mais tu te connais, tu es une vraie tête de mule », dit-il, ce qui fit enrager Jopfleger) et Ocelot et Poseidon parlait voiture ( « Je me suis acheté une Rolls Royce pas plus tard que ce matin », disait Ocelot).
- Je m’arrête à cette aire d’autoroute, annonça Everlasting. Il est midi et demi et j’entends le ventre de Couloume gargouiller.
- Mon v… comment ça, mon ventre gargouiller ? s’indigna Couloume.
Mais les autres ne l’entendirent pas, sa voix étant caché par les « brrrmmmm » de son ventre.
- Venez, il y a un resto, là-bas ! dit Emma, une fois la voiture garée à la place réservée aux caravanes.
- Y a des toilettes ? demandèrent en chœur les sept journalistes.
- Ah, là, là…, dit Emma. Il y en aura sûrement dans le resto !
Et l’on vit sept personnes courir à travers l’aire d’autoroute, se dirigeant vers le restaurant-bar « FFBar ».
Une fois les sept journalistes revenus vers Emma qui avait trouvé une table, ils s’assirent sur les chaises.
- Bon, le serveur, il arrive ? s’impatienta Poseidon.
- Chuuuuut, le voilà, murmura Claire.
- Bonjour, dit le serveur, je vous donne les menus.
- Faudrait bien, oui…, dit Everlasting.
Le serveur distribua les menus à chacun des journalistes et partit.
- Alors, voyons, voyons…, dit Couloume en s’affairant au menu.
- Le choix est limité, remarqua Jopfleger.
- Je crois que je vais prendre une salade de riz en entrée, une entrecôte au plat principal et une mousse au chocolat au dessert.
- Nous aussi, répondirent les sept journalistes.
- Faut dire qu’il n’y a que ça, dit Jopfleger. Quand je dis que le choix est limité, c’est pas pour rien.
- J’aime pas le riz, dit Ocelot.
- Moi c’est l’entrecôte que j’aime pas, dit Poseidon.
- Et de la mousse au chocolat… beurk, dit Cyrielle.
- Tu me la passeras ? demanda Couloume.
- On échange ton riz contre mon entrecôte, Ocelot ? demanda Poseidon avec espoir.
- Ca marche ! dit Ocelot.
- Non, non, non, chacun mange ce qu’il a dans son assiette, dit Jopfleger, vous n’allez pas faire les fines bouches juste maintenant quand même !
- Regardez, faites comme moi ! dit Emma. Moi j’aime tout ce qu’il y a !
- On t’a rien demandé, Emma, grogna Jopfleger.
- Bon, puisqu’on a choisi, quand est-ce qu’il vient, le serveur ? demanda Poseidon.
- Chuuut, faut tout le temps que tu le dises quand il arrive ! murmura Claire.
- Vous avez choisi ? demanda le serveur.
- Ah parce qu’il y avait un choix, murmura Jopfleger pour lui-même.
- Huit salades de riz, huit entrecôtes et huit mousses au chocolat, s’il vous plait, dit Poseidon.
- Tous la même chose ? demanda le serveur. Bon, comme vous voulez…
- Parce que vous croyez qu’on a le choix ? s’écria Everlasting. Mais… j’y pense ! Vous parlez français !
- A vrai dire, j’ai tout de suite reconnu le bruit du ventre français de cet homme, répondit le serveur en montrant Couloume. Et je sais parler deux cents langues, y compris la langue des fourmis et des chiens.
Puis le serveur partit avec la commande.
- Haha ! On est tombé sur un comique ! s’exclama Ocelot. La langue des fourmis et des chiens, j’vous jure, ces Anglais, alors !
- Ne te moque pas de lui ! s’écria Cyrielle. Moi je le trouve plutôt mignon.
- Mignon à côté d’un cul de babouin, alors ! s’écria Couloume, la voix montrant une pointe de jalousie.
- Oh, ça suffit comme ça, vous deux, j’en ai assez, dit Everlasting.
- De toute façon, il arrive avec les plats, dit Claire.
En effet, le serveur arriva, les plats à la main, sur les épaules, et un sur le genou, ce qui l’obligeait à marcher à cloche-pied.
- La salade de riz ? demanda le serveur.
- Tout le monde, dit Everlasting, exaspéré.
Le serveur donna alors à chacun sa salade de riz.
- Beurk…, dit Ocelot avec dégoût. J’arrive pas à manger mon riz.
- OOOOOH, TU AGACES, GAUTIER ! hurla Jopfleger, ce qui fit sursauter tous les clients et le personnel du resto.
Ocelot mangea son riz sans broncher, Poseidon mangea son entrecôte sans broncher, Cyrielle mangea sa mousse au chocolat sans broncher. Jopfleger avait beaucoup d’autorité sur ses collègues. Même si Poseidon était le patron.
Alors que les journalistes s’apprêtaient à sortir…
- Attendez-moi là deux secondes, dit Cyrielle.
Elle partit vers le bar.
- Qu’est-ce qu’elle va faire ? demanda Poseidon.
- Certainement demander un autographe au serveur, dit Couloume, d’un ton sarcastique.
Ils la virent en effet échanger des paroles avec le serveur. Puis elle revint.
- Il est trop chou, ce Mickaël ! dit Cyrielle, comblée de joie.
- C’est qui, Mickaël ? demanda Ocelot.
- Mickaël Miceldars ! dit Cyrielle, comme si c’était évident. Le serveur, quoi ! On a échangé nos numéros de téléphone !
- Pfffff, c’est un Anglais ! dit Ocelot, comme si sa phrase pouvait clore la conversation.
- Et alors ? s’exclama Cyrielle. Tu l’aimais bien, toi, ta petite Valentine, à l’hôtel !
- Oui, mais plus maintenant, répondit Ocelot.
- Ben c’est pas de chance ! dit Cyrielle.
- C’EST FINI, OUI ? tonna Everlasting. Allez, on retourne à la voiture !
Et ils redémarrèrent sans un mot, même pas de conversation sur la cuisine, ni sur les voitures.