Chapitre 8
Le chemin de terre que Zilff arpentait avait la réputation de ne rassurer quiconque le prenait. Un chemin étroit, d’imposants buissons d’un vert menaçant sur les côtés, et par endroit, entre deux halliers, des croix enfoncées des tertres, laissait supposer que des tombes se trouvaient en dessous.
Le soleil qui avait fait son apparition une heure avant, n’était plus aussi présent, de gros nuages gris prirent place dans le ciel, le sentier s’assombrit, l’Elfe avança avec plus de précautions.
C’est seulement neuf heures après leur départ que Zack revint à lui. Ouvrant les yeux, il mit un certain temps avant de s’apercevoir qu’il était étalé sur les épaules de son compagnon de marche.
Sentant qu’il commençait à s’agiter, Zilff le posa à terre.
- J’espère que tu reprendras vite tes esprits, nous devons arriver avant la tombée de la nuit, qui ne va pas tarder.
- Qu’est ce qui s’est encore passé Zilff ?
Zack secoua rapidement la tête et bu une gorgée de la gourde que lui tendait l’Elfe. Autant qu’il se souvienne, il se trouvait encore chez lui, en présence de ses parents et de Zilff.
- Tu t’es encore évanoui Zack.
Il rangea sa gourde et entendit la question qu’il redoutait.
- Pourquoi ces évanouissements Zilff ?
L’Elfe n’en avait pas pour autant ralentit sa marche, bien au contraire, il accéléra le pas puis répondit.
- C’est le Mal qui se rapproche mon jeune garçon.
Zack quitta Zilff des yeux un bref instant, fronça les sourcils et se dit à lui-même « Nous fuyons le Mal en personne, quelle néfaste voyage nous attend ».
Puis à nouveau, se retourna vers l’Elfe et lui demanda.
- Mais quel est son nom ? Que me veut-il pour que nous soyons dans l’obligation de le fuir ?
Le sentier se rétrécit et conduisit au pied d’une pente, de là, un escalier abrupt menait au bois, endroit que Zilff voulait à tout prix atteindre avant la tombée de la nuit.
Il leva la tête et esquissa un sourire en vue du bois, chose qui pour le moment, le réjouit plus que tout.
- Nous pouvons enfin voir l’orée du bois, je répondrais à tes questions une fois que l’on sera installé.
Zack, qui marchait juste derrière lui, s’arrêta et se renfrogna lorsqu’il vit la série de marches qui les séparaient de la lisière.
- Allez Zack, dit l’Elfe, encore un petit effort. La nuit ne va pas tarder à tomber et lorsque cela arrivera, nous aurons bien du mal à trouver un bon coin pour nous reposer.
Zack se remit alors en marche, malgré quelques crampes qui se faisaient ressentir, suivant Zilff de près ; le crépuscule le mit sur ses gardes, surtout lorsqu’ils passèrent la lisière du bois.
Endroit austère, la forêt ne donna guère confiance à Zack, et ne trouva pas en ce lieu un abri sûr pour la nuit. Mais malgré ça, il avait confiance en Zilff, de la façon dont ses parents le considéraient, il ne pouvait être que bon ; toujours sur ses talons, Zack le suivait.
Les arbres qui occupaient le bois, malgré leur côté peu rassurant, n’étaient pas dénués de feuillage, au contraire, le branchage y abondait, ne laissant aucun espace qui leur aurait permis de voir le ciel.
Tout en marchant, Zack scrutait les sous-bois, à la recherche de ce qu’il le dérangeait parmi ces grands arbres, puis, comme ce qu’il cherchait venait d’apparaître seulement maintenant, il trouva enfin ce qui le préoccupait : toutes les feuilles de tous les arbres étaient de couleur noir, ce qui accentuait d’avantage l’obscurité qui avait prit place. Seuls les bon yeux de l’Elfe pouvaient encore les guider.
Du feuillage totalement noir, jamais Zack n’avait vu cela, il n’en avait même jamais entendu parler dans les contes pour enfants ou dans les légendes qui s’apprenaient de père à fils.
- Où sommes nous Zilff ? S’empressa t-il de demander.
- Nous traversons la forêt voilée en ce moment même. Tu auras sûrement remarqué que c’est parce que, d’entre les arbres, aucune lumière ne passe et parce que le branchage des arbres a la couleur des ténèbres que ce nom lui a été attribué. Qu’importe la clarté qu’il fasse à l’extérieur, ici, l’obscurité est omniprésente.
Entendant ces paroles, Zack scruta à nouveau les sous-bois et un frisson le traversa.
- Oui, je m’en suis rendu compte. D’ailleurs cela m’oppresse terriblement. Etes-vous sûr de vouloir passer la nuit ici ?
- Cette forêt inquiète quiconque la traverse pour la première fois, mais les apparences sont trompeuses, nous ne craignons absolument rien ici.
Suivant un ruisseau qui, d’après les dires de l’Elfe, traversait le bois de part en part, cela faisait presque une heure que les deux compagnons de route arpentaient les sous-bois.
Arrivés au pied d’un grand arbre, l’Elfe décida d’en rester là pour la journée.
- Arrêtons nous ici pour la nuit. Nous avons besoin de nous restaurer et de nous reposer pour affronter la journée de demain. Oh oui…
Il leva les yeux au ciel et ajouta :
- C’est le plus grand et le plus vieil arbre de la forêt ; je te raconterais son histoire demain si tu veux. Regarde, il y’a un trou dans le tronc, assez vaste pour nous deux. Aucun risque que l’on nous repère à l’intérieur.
Assis au pied de l’arbre, Zack et Zilff commencèrent leur repas, quand au bout de cinq minutes, l’Elfe dit :
- As-tu une idée de la signification de tes rêves ?
Zack leva la tête de son sandwich, puis se tourna vers son interlocuteur. Il fût à la fois étonné et réjouis. Ses pupilles se dilatèrent et brillèrent d’un coup. Le feu de bois qui les séparait crépitait, laissant presque entendre une symphonie.
Zack, les jambes croisées, son repas posé à côté de lui, ses mains soutenant sa tête, se tenait prêt à attendre tout ce que l’Elfe allait lui dire.
Après un signe de tête négatif de Zack, Zilff continua :
- Les êtres que tu vois en rêves sont des Zorfs. Ce sont les trois serviteurs du mal, qui se nomme lui-même Ryzom. Dans tes cauchemars, tu les vois s’avancer vers toi, petit à petit, jusqu’au moment où ils se jettent sur toi.
Et ces créatures que tu vois, elles sont à notre recherche, suivi de Ryzom. Si tu n’as jamais pu savoir comment se finissait ton rêve, c’est parce que c’est à toi de te créer ton destin Zack.
Le dos courbé, Zack n’avait jamais été aussi attentif, plus rien autour de lui ne pouvait le déconcentrer, seul lui importait l’explication de Zilff.
- Auparavant, tu ne voyais cela que pendant tes nuits, maintenant tu peux t’évanouir et faire le même rêve à tout instant, c’est parce que Ryzom s’est assez rapproché de toi pour pouvoir contrôler ton esprit, heureusement il ne peut faire que ça pour l’instant. Mais il est encore bien loin pour l’instant, mais nous ne devrons pas perdre trop de temps.
Dans ces visions, tu vois des choses qui ne sont bien évidemment pas encore arrivées, mais elles sont prémonitoires, c’est pour cela qu’elles vont nous être d’une grande aide. Tu verras de plus en plus de choses, de détails dans tes visions qui pourront nous aider à comprendre certaines choses.
Zilff s’arrêta de parler et vit les yeux fatigués de son compagnon.
- Bref, tu en sais assez pour aujourd’hui, je te raconterais la suite demain, pendant le trajet.
Malgré son mécontentement, c’est sur le doux crépitement des flammes que Zack s’installa dans le tronc et s’endormit avant même que l’Elfe ne s’en rendit compte.