Le président Bush déterminé à gagner "la première guerre du XXIe siècle"
WASHINGTON/NEW YORK (AP) — Le vague terroriste qui a frappé les Etats-Unis n´est rien d´autre que "la première guerre du XXIe siècle": en s´exprimant ainsi, le président George W. Bush a donné jeudi une idée de la riposte américaine en préparation avec le soutien de la communauté internationale.
Le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, a même prévenu que cette riposte prendrait la forme d´une véritable "campagne militaire soutenue" et pas seulement d´une "frappe militaire isolée".
L´enquête, qui s´est orientée dès le départ sur la piste du milliardaire islamiste Oussama ben Laden, comme l´a confirmé le secrétaire d´Etat Colin Powell, semble progresser à grands pas, avec "des milliers et des milliers" d´indices à la disposition du FBI, selon le ministre de la Justice John Ashcroft. La quasi-totalité des 18 pirates qui ont détourné mardi les quatre avions-suicide ont été identifiés. Les autorités s´apprêtent à rendre publics leurs noms, et peut-être leur pays d´origine.
Dans chaque appareil détourné se trouvait au moins un terroriste formé au pilotage dans un centre américain, a reconnu le Département de la Justice. Au total, bien plus de 50 personnes ont vraisemblablement été impliqués dans les préparatifs et l´exécution de cette opération qui a forcément réclamé un financement élevé.
De nombreuses cellules de groupes terroristes ont participé à ces attaques sans précédent, et les pirates avaient des liens possibles avec des pays comme l´Arabie saoudite et l´Egypte, ont précisé des responsables des forces de sécurité américaines sous couvert d´anonymat.
Aucun suspect n´a encore été arrêté, a souligné Mindy Tucker, porte-parole du département de la Justice. Les enquêteurs n´ont encore retrouvé aucune des "boîtes noires" des quatre avions-suicide, mais espéraient découvrir l´une de celles du Boeing-kamikaze qui s´est écrasé en Pennsylvanie.
En Allemagne, un employé d´aéroport a été interpellé dans le cadre des investigations. Ni son âge ni sa nationalité n´ont été communiqués. Les autorités allemandes recherchent également un individu d´origine arabe, suspecté d´être membre d´un réseau terroriste et dont elles connaissent l´identité. Il a ajouté que trois des hommes qui avaient participé aux attentats avaient fait des études en électronique à l´Université technique d´Hambourg.
Après s´être rendu au Pentagone, dont l´une des ailes a été frappée de plein fouet par un avion-suicide, le président Bush effectuera vendredi une visite à New York pour se rendre compte, de visu, du désastre provoqué par l´effondrement des deux tours jumelles du World Trade Center, désintégrées elles aussi par des Boeing détournés. Aussi pour apporter son soutien aux innombrables secouristes et bénévoles qui travaillent sans relâche depuis mardi matin et aux New-Yorkais dans leur ensemble.
Dans les montagnes de gravats du World Trade Center, les sauveteurs continuent de traquer désespérément le moindre signe de vie. Une tâche ingrate car, pour quelques miraculés retrouvés -cinq mercredi et cinq autres, tous des pompiers, jeudi-, ce sont "des tas et des tas de restes humains" qui sont récupérés, comme l´a raconté le Dr Todd Wider, chirurgien dans un centre de soins d´urgence.
Pour tenter de s´orienter dans un paysage de guerre fait d´une brume de poussière grise, de poutrelles extirpées d´édifices éventrés, de feuilles de papier et de blocs de béton, les sauveteurs sont aidés de caméras et de sondes placés au bout de perches. Des chiens -bergers allemands et golden retrievers- gravissaient et reniflaient les montagnes de débris. La tâche des secours était compliquée par des immeubles qui menaçaient encore de s´effondrer.
Mais l´espoir de retrouver des survivants, 48 heures après le drame, était de plus en plus ténu. Et, simultanément, la liste des disparus s´allonge: selon le dernier chiffre donné par le maire Rudolph Giuliani, on était sans nouvelles de 4.763 personnes. Un chiffre qui vient s´ajouter aux 190 personnes probablement tuées dans l´attaque contre le Pentagone et aux 45 autres dans l´avion détourné qui s´est écrasé en Pennsylvanie.
Au plan politique, après les premiers moments de choc, d´incrédulité et de recueillement, l´heure est à la riposte. "Nous venons d´assister à la première guerre du XXIe siècle", a déclaré aux journalistes le président Bush. "Je suis certain qu´il y aura une approbation universelle des actions que prendra ce gouvernement".
Poursuivant dans le vocabulaire martial, M. Bush a exprimé sa "détermination constante et forte" à "gagner cette guerre qui a été déclarée à l´Amérique". "C´est une nouvelle forme de guerre. Ce gouvernement s´y adaptera et appellera les autres gouvernements à le rejoindre."
Et, effectivement, les alliés des Etats-Unis n´ont pas tardé à promettre leur soutien militaire à toute action de représailles qui serait menée par les Etats-Unis après le cataclysme terroriste de mardi. Ainsi, la France "sera à côté des Etats-Unis" quand il "s´agira de sanctionner cette folie meurtrière", a déclaré jeudi le président français Jacques Chirac, interrogé sur CNN.
A son siège de Bruxelles, pour la première fois de son histoire, l´OTAN a fait appel à l´un des chapitres de son traité fondateur de 1949 pour apporter son soutien militaire aux Etats-Unis. Evoquant la clause de défense mutuelle, l´Alliance atlantique considère ainsi que les attentats de mardi aux Etats-Unis peuvent être considérés comme une attaque contre l´OTAN dans son ensemble, s´il s´avère qu´ils ont été fomentés depuis l´étranger par des non-Américains, a précisé son secrétaire général George Robertson.
Même soutien à l´ONU. Le Conseil de sécurité a condamné à l´unanimité les attaques terroristes contre les Etats-Unis. En les qualifiant de "menace à la paix et à la sécurité internationales", il s´est engagé à combattre le terrorisme "par tous les moyens".