Non seulement c'est réducteur mais en plus je ne pense pas qu'ils soient fous, pour simplifier et pas être trop lourd, tous mes patients sont schizophrènes, la schizophrénie en gros c'est la maladie qui substitue la réalité universelle à sa propre réalité ou bien qui rajoute des morceaux de sa propre réalité à la réalité universelle, pour moi ce n'est pas ça être fou.
J'vais te donner un exemple précis, j'ai un patient qui pense qu'il est le père de trois enfants, or ce n'est pas le cas mais lui en tant que schizophrène a la conviction inébranlable (délire non critiqué, un des symptômes principaux de la schizo) qu'il a bien trois gosses et il me fait une comparaison intéressante en disant un truc du genre : "Je sais que vous n'êtes pas d'accord avec moi, mais pour moi, j'ai trois enfants en dehors de l'hôpital, trois enfants que j'aime et que je veux voir grandir, et je sais bien que personne ne veut/peut me croire mais c'est ma conviction personnelle, ce sont mes pensées intimes et personne n'a le droit de m'y toucher [là il me prend en aparté et me dit] Vous, vous dîtes être infirmier, vous êtes persuadé d'être infirmier, quel sentiment ça vous ferait si tous les jours quelqu'un de différent venait vous dire "mais non, vous n'êtes pas infirmier", est-ce que vous continuerez à avoir la conviction d'être infirmier ou pas ?"
Enfin bref, tout ça pour dire que oui, les schizophrènes ont des délires, des bizarreries du comportement, des discours complètement qui n'ont aucun sens pour nous, mais du moment que le discours a du sens pour la personne qui l'émet, est-ce qu'on peut se permettre de traiter la personne de folle ?