En passant, je voulais vous montrer un court texte que j'ai écrit il y a quelques semaines, et vous demandez ce que vous en pensez (et oui, je vous montre un texte mal écrit à 7 heures du mat
) . So branchez vos cerveaux, et c'est parti
!
LIES
(je dédie ce texte à T. , J. et L. , qui ne sont pas sur ce forum, mais qui sont les garçons qui me sont le plus cher)
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Dehors, la lune brillait doucement, éclairant de sa pâle lumière le jardin désert de l'hôpital. Une légère brise soufflait, faisant voleter les quelques feuilles tombées au sol.
Détournant la tête de cette vue mélancolique, Nora referma le rideau, pour se diriger vers le petit bureau trônant contre un mur de la pièce. La lampe accrochée au plafond crépitait à intervalles réguliers, en une sorte de tempo lent et grave.
Nora Willer, tout juste vingt-cinq ans, ses cheveux bruns retombant sagement dans son dos et vêtue de la tenue caractéristique des infirmières, était encore une des seule éveillée dans cet hôpital de Seine-et-Marne. Elle veillait depuis maintenant quelques heures cette chambre et leurs deux occupants, malgré l'heure tardive. Songeant fugitivement au bon repas qui l'attendait à la maison, à son compagnon et à sa petite fille de trois mois, elle se remit activement au travail. La perspective de pouvoir enfin se reposer après ces longs jours d'activité l'enchantait considérablement.
Elle jeta machinalement un coup d’œil à sa montre. Les aiguilles indiquaient 22h24. Plus que cinq minutes. Nora rangea sagement les feuilles éparpillés sur la table, classa les dossiers, modifia l’emploi du temps. Tout cela sous le regard insistant de la dame Smith.
Mina Smith, ou comme l'appelait affectivement la jeune infirmière, "la dame Smith" était l'une des deux occupantes de la chambre 1221. Selon les rapports, elle était âgée de quatre-vingt seize ans, et avait connue l'horreur de la guerre. Mariée au dénommé Jack Smith (surnommé "le père Smith"), décédé il y a de ça une semaine, à l'âge de quatre-vingt dix-neuf ans. Mina occupait cette chambre, rebutée à l'idée de vivre dans une maison de retraite, depuis plusieurs années. Les années n'avaient pas fait disparaître sa beauté d'antan, et Nora se surprenait parfois à la trouver belle. Une beauté pleine d'audace et de malice, en dépit des rides qui avaient creusé ses joues et ses faiblesses respiratoires. Toujours le mot qu'il faut à la bouche, un compliment ou un conseil, elle était la plus aimable des malades de l'hôpital. Et Nora avait la chance de s'occuper d'elle et de son mari.
Mari qui gisait dans le même lit que celui de sa femme, tout aussi digne d'ordinaire dans la mort. Son corps, sagement installé aux côté de Mina, était devenu livide. Lorsque l'on a voulu déplacer le défunt, celle-ci l'avait défendu bec et ongle, arguant qu'elle était sa seule famille et qu'elle-même ne pourrait survivre sans Jack. Depuis ce jour, Mina vivait aussi paisiblement que d'ordinaire, la mort partageant son lit.
_ Ils n'ont même pas eu d'enfants, pensa Nora avant de fermer le dernier dossier. Aucun ami, ni frère ni sœur, personne. Ils sont juste tous les deux.
Elle se retourna, plongea son regard bleu délavé dans ceux vert herbe de sa malade.
_ Nora.
Mina avait prononcé ce nom du bout des lèvres, dans un souffle. Elle avait glissé sa main osseuse dans celle, inerte, de feu son amant. D'un coup d’œil expert, la jeune femme avait identifié plusieurs signes alarmants, le teint blafard, la bouche sèche, la sueur perlant sur le front. Elle bondit ouvrit l'armoire à pharmacie, en sortit une petite boîte compacte duquel elle fit glisser un cachet de couleur rose. Puis, se pencha, l'air docte, vers la dame Smith.
_ Prenez ça, s'il-vous-plaît, demanda-t-elle tout en agitant le comprimé du bout des doigts.
Mina secoua la tête, et ses lèvres s'entrouvrirent avec un petit tremblement nerveux.
_ Je ne le prendrais pas, laissez-moi, ma petite. Je crois qu'on m'appelle, là-haut.
Le cœur battant à tout rompre, la jeune infirmière s'écria, en proie à une vive crise de nerfs.
_ Comment ça ?! Vous ne devez pas mourir ! Ce malaise peut vous être fatal, mais ce médicament-là peut vous éviter le pire ! Vous avez encore de belles années devant vous, avec les soins adéquats et...
La vieille dame posa alors un long doigt décharné sur les lèvres de Nora, qui en fut paralysée de surprise.
_ Vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes encore si jeune, murmura-t-elle en lui pinçant affectueusement la joue. Mais je ne peux me résoudre à laisser Jack partir sans moi...
Sa voix s'était faite faible, son pouls irrégulier. L’horreur de la situation saisit la jeune femme à la gorge : il était trop tard.
Mina tourna lentement la tête, jeta un regard empli d’amour et de gratitude vers Jack.
_ Il est le seul avec qui j’ai vécu pendant une cinquantaine d’années, mon enfant… Et maintenant qu’il est parti, je me sens si seule… La seule solution est de laisser faire le cours des choses s’accomplir… Laissez-moi quitter ce monde… Et encore merci…
Nora, l’esprit embrumé, se sentit défaillir : le couple qu’elle avait côtoyé des années durant, s’éteignait totalement sous ses yeux. Réprimant un sanglot, elle tamponna délicatement le front ridé de la mourante à l’aide d’une serviette détrempée, l’aida à boire un verre d’eau.
Une dernière lueur de vie luit dans l’œil vert de Mina, avant de disparaître à jamais. La main enlaçant celle de Jack en un dernier geste d’amour mortel. Deux corps inertes gisant sur le lit, unis dans la vie comme dans la mort éternelle.
Nora recula d’un pas, respira profondément. Puis, se ressaisissant, sortit de la pièce, éteignant la lumière. Demain, l’on retrouvera les amants Smith décédés tous les deux. L’on évacuera les corps de la pièce dans laquelle ils avaient vécu pendant si longtemps. Un nouveau départ aurait lieu ; un départ mystique vers les cieux.
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Le lendemain matin, suite à l’inspection générale de la dame Smith, les docteurs tentèrent de séparer les époux pour les transporter à la morgue, en vain. Telles des maillons de chaînes indestructibles, leurs mains étroitement liées étaient impossible à séparer.
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Ah, et pour les fans de vieux films comme moi, cette scène va peut-être vous rappeler un film qui finit un peu comme ça... Des idées
?