Gougou frappa vite trois fois à la porte de bois de chêne et attendit quelques instants avant que le vieil homme arriva, toujours aussi haut et droit malgré l’âge. Il balança un sourire radieux au jeune garçon et l’invita à entrer. C’était une belle maison, toute de bois, aurait-on dit, qui donnait une sensation de confort et de chaleur aux yeux. L’Ancien était revenu riche de ses aventures périlleuses, et son foyer le démontrait, bien que l’on eût dit une simple maison de prime abord. Il y avait un escalier de pin qui montait au premier étage, et deux arcades desquelles pendaient de magnifiques bandes de tissus menaient respectivement à la cuisine et au salon. Mais ce ne fût pas là que le Vieux emmena Govran. Il arpenta les belles marches et l’emmena dans sa chambre, qui était baignée de la lumière du soleil, qui traversait les belles et grandes vitres du balcon. Un petit lit douillet était disposé à côté d’une table de chevet de marbre, sur laquelle étaient posés un grand livre à la couverture rouge et aux pages jaunies, une petite bougie blanche, éteinte à cette heure, et des allumettes. De l’autre côté de la couche, contre le mur, une grande et riche armoire proche de deux petits sièges à l’air confortable. Les parois étaient de chêne, elles aussi.
Le vieux Stirald s’assit, et invita Gougou à en faire autant. Ci-fait, il lui adressa un grand sourire gorgé d’émotion.
- Je te souhaite la bienvenue chez moi. J’espère que la pièce te plaît, sinon nous pouvons changer d’endroit.
- Non, répondit l’enfant. C’est très bien ici. Ce que je voudrais savoir, et pardonnez ma précipitation, c’est pourquoi vous m’avez demandé de prendre l’épée que j’ai trouvé.
- Pourrais-tu la sortir ? demanda l’autre en prenant son temps.
Govran sortit la flamberge dans une bruit de métal, et la tendit au vieillard qui la regarda, toujours aussi souriant.
- Merci, mon enfant, dit-il en observant la lame d’un air autant émerveillé qu’ému. Arnica… toujours aussi resplendissante, souffla-t-il d’un air triste.
- Vous avez déjà vu cette épée, Stirald ?
- Oui, il y a longtemps de cela maintenant… J’étais dans un âge merveilleux, mon garçon. Un temps qu’on ne refait plus, qu’on a oublié ou enfoui loin sous la terre.
Toujours aussi nostalgique, il commença à parler longuement, les yeux parfois baissés, parfois plongés dans ceux de l’enfant. Il s’exprimait d’une manière poétique et envoûtante, et sa philosophie était magnifique. Il lui parla de dragons, de magiciens et de chevaliers. De héros oubliés et d’amour déchiré, de longues batailles et de désespoir. Passa une demi heure durant laquelle il s’exprima de façon très peu claire.
- Mais quel rapport avec cette épée ! ? s’écria Gougou, qui était saisi dans les paroles du vieux.
- Ca, je ne peux te le dire, ria l’Ancien. Mais je peux te le faire découvrir. Tu as eu la chance de tomber sur Arnica, alors Arnica va te raconter une longue histoire… Tu verras cette aventure de tes propres yeux, tu la conteras pas toi-même, et les paroles de ces hommes ne s’effaceront jamais de ta mémoire. Ce que tu vas vivre est une Bible de féeries trop vraies et trop tristes, tu vas lire un livre magique, Govran. Tu vas voir ce qu’était l’Ancien Monde. N’oublie jamais cette épée, elle est le secret d’une histoire qui plongea loin loin sous les flots pour ne jamais revenir.
- Que dois-je faire ?
- Je m’en vais, Govran… Je m’en vais loin, où tu ne pourras me suivre. Je m’en vais à Asgharia, celle qui a vraiment existé. Tu as trouvé cette épée et je me suis dû de révéler un secret que la vie m’a confié. Adieu, Govran. N’oublie pas mes paroles et apprends mes actes.
Il y eut un flash blanc et or incroyable, et le garçon fut aveuglé. Quand il rouvrit les yeux, une plume virevoltait doucement avant d’atterrir confortablement sur le lit de l’Ancien, qui avait disparu.
- Je vous le promets, jura Govran, qui n’avait malheureusement aucune idée de la manière dont il devait s’y prendre pour tenir sa promesse.
Il rentra penaud chez lui, l’air assommé et hagard. Saoul de fantaisie et d’aventures, il rêva à un jardin peuplé de fleurs chatoyantes où il pourrait s’évaporer de ce monde qui d’un seul coup était devenu fou et invraisemblable. Le soleil lui paraissait trop chaud, les nuages trop gris, les couleurs trop tristes. Un homme, bizarre, s’accorderont à dire les gens, avait disparu sous ses yeux, sans aucun artifice. Juste parti, où ça déjà ? A Asgharia, la vraie, avait-il dit. Pourtant les livres, qu’ils soient neufs ou vieux, ne parlaient que d’une seule Asgharia, et elle n’avait rien d’incroyable. Juste une place forte.