Quand il eut atteint la lisière de la forêt des cihres, Gougou s’arrêta, hors d’haleine. Il s’assit sur une souche d’arbre et mangea un des petits gâteaux que sa mère lui avait préparés. Une fois rassasié, il partit en quête d’eau. Il fallait qu’il trouve un endroit plus chaleureux que les bois pour dormir, d’autant qu’il commençait à avoir mal à la tête et que l’inévitable rhume était arrivé. Il trouva le même cours d’eau que la veille et but tout son soûl avant de se masser le front en grimaçant. Malade et épuisé, il se coucha sur l’herbe, faute de mieux, et tenta de trouver le sommeil. Il dormit mal, le sommeil entrecoupé par les montées de douleurs crâniennes et le tapage nocturne des animaux. Quand le repos ne voulut plus de lui, il se leva, un peu ragaillardi, et se hâta chez lui. Il se dit que plus il irait vite, plus rapidement il serait soigné. Fort de cette pensée claire et logique, il se mit à allonger le pas, puis à courir.
Quand l’est s’illumina, il arriva au petit village en contrebas de son foyer. La vue familière des habitations et des boutiques qu’il connaissait le rassura et calma sa fièvre. Le jeune Soa sortait déjà les moutons pour les amener paître on ne sait où.
- Govran ! s’exclama-t-il. Comment vas-tu, mon grand ?
- Salut, Soa ! J’ai un peu mal à la tête, mais ça va. Tu vas tout seul avec les animaux, aujourd’hui ?
- Ouais… Le vieux Paol dort toujours, et il m’a dit d’y aller sans lui.
- Ca te dérange pas ?
- Tu parles ! ria-t-il. Au moins je fais ce que je veux.
Il ricana quelques secondes, perdu dans ses pensées.
- Allez j’y vais moi ! A bientôt mon petit Govran.
Il s’en alla donc, marchant à sa façon avec ses brebis qui le suivaient, vers les hauts plateaux de Silavia, en bordure de la frontière ouest avec Sofia, pour passer une longue et gaie journée avec la nature, près des montagnes, de l’eau, et de la terre.
Se rendant compte qu’il mourait de faim, Gougou partit vers la boulangerie , qui n’allait pas tarder à ouvrir. Le pain y était très bon et nourrissant. Il se précipita devant l’entrée et attendit que le boulanger vienne déverrouiller la porte, ce qui ne tarda pas. Il rentra dans le magasin où il régnait une alléchante odeur.
- Bonjour Govran ! Que puis-je faire pour toi ?
- Bonjour Monsieur Venec, je voudrais juste une petite baguette, s’il vous plaît.
- Mais bien sûr.
L’immense gaillard lui tourna le dos et prit sur ses étagères ce qu’il avait demandé.
- Voilà ! dit-il dans un gros sourire moustachu. Je suis de bonne humeur, alors je te mets une grande baguette. Ca fait une pièce, mon grand.
- S’il vous plaît, répondit Gougou en payant. Bonne journée, Monsieur Venec.
- Toi aussi, Govran !
Une fois dehors, le jeune garçon dévora le pain, puis partit chez lui. Il irait saluer les autres villageois après. Tout ce qu’il voulait à cet instant, c’était rentrer à la maison et raconter sa petite aventure.
Chapitre 2
L’épée d’Arkalia
- Gougou, cria Aiya d’une voix perçante quand elle l’aperçut.
Elle quitta le dos de la vache sur laquelle elle était assise et courut vers son grand frère.
- Ca va Aiya ? Elle est où maman ?
- Elle est dans la cuisine, répondit-elle en se mangeant les doigts.
- Aiya ! Je t’ai déjà dit de pas te ronger les ongles.
Elle baissa les yeux, l’air gêné, puis esquissa un large sourire.
- Je vais dire bonjour à maman, reste sage avec les vaches, hein ?
- Oui, Govran…
Celui-ci rentra dans la maison et vit sa mère préparer le boka qu’il aimait tant.
- Gougou ! dit-elle en sursautant de joie. Comment vas-tu ?
- Je suis fatigué et je meurs de faim. Sinon tout va bien. Et toi ?
- Oh, moi… c’est la routine, comme tu vois. Les bêtes ont donné beaucoup de silia, ces derniers jours… Aiya n’arrête pas de jouer avec elles.
- Tant mieux ! dit-il. J’ai réussi à récupérer l’épée que le Chef m’avait volée.
Tout content, il sortit la longue flamberge de son fourreau et la montra à sa mère.
- Mon dieu ! Elle est magnifique !
- C’est vrai.
- Que comptes-tu faire avec ?
- La préserver. J’aime beaucoup ces armes. Je trouve qu’elles sont symboles de courage et de gloire.
Elle le gratifia d’un sourire à la « Je suis fière de toi » et retourna au travail.
Leur commerce était à la fois agréable et original. Les cacaoyers leur donnaient les graines de boka qu’ils broyaient afin d’obtenir de la poudre très fine à laquelle ils ajoutaient du sucre acheté au magasin. Une fois la poudre de boka obtenue, il la versait dans le lait, ou le silia, que leurs chères vaches donnaient, et en faisaient soit du délicieux cacao, soit du très bon chocolat, qu’ils vendaient au marché. La famille de Gougou était la seule à en produire, ce qui assurait le succès de la vente.
De plus, même Aiya pouvait aider à l’ouvrage, car il n’y avait rien de bien compliqué.
Le garçon s’assit à une table et attendit quelques minutes avant d’être servi par sa petite sœur.
- S’il te plaît Govran, lui dit-elle dans un sourire.
- Merci Aiya. Tu ne déjeunes pas ?
- J’ai déjà mangé il y a dix minutes.
Il huma l’exquise arôme qui sortait de son bol, puis but à petites gorgées. Quand il eut fini de s’abreuver, il vida son verre de jus de fruits d’un trait.
- Ca fait vraiment du bien de manger, s’exclama-t-il en se tenant le ventre. Il est toujours aussi nourrissant, ton boka !
- Tant mieux ! Tu veux bien me donner un coup de main ? Monsieur Venec, le boulanger, m’a demandé beaucoup de chocolat pour ses pâtisseries.
Gougou se leva de table et alla près de sa mère pour l’aider.
- Govran, tu veux bien venir jouer avec moi ?
- Pas maintenant, Aiya. On ira après le marché, d’accord ?
La petite s’en alla sautillante dans le jardin verdoyant de ce beau matin de juin, laissant son frère se reposer encore un peu.