Chapitre 8: Jason Coderny
Il pousse la porte. Loude porte. Une fois à l´interieur, il sent un vide sideral, un néant anéantissant, un courant d´air qui déplace tout, les entrailles, les envies, les souvenirs, les pas. Les souffles. Assomant. Humidité, ambiance, tout est fait pour qu´il soit impossible d´avancer. Mais il doit, il doit avancer. Il doit allumer ce cierge. Il doit bruler sa vie, bruler cette mêche, qui l´enverra directement en enfer. Dans ce retentissant vide. Jason avance, chaque pas craquant sur le plancher craquelé de la cathédrale. Il sait qu´il va vers sa mort. Mais il ne sait rien d´autres, ses souvenirs, tout, tout s´est évaporé, plus qu´une chose existe dans le monde de Jason, cette bougie. Cette bougie solitaire et éteinte. Qui attend. Comme tout le monde. Tout le monde est suspendu à chaque pas de Jason. Incertains. Mal assurés. Chancelants. Toujours, il avance. Il se retourne, et regarde les portes de la cathédrale se refermer, et la lueur de lumière se confronter, et s´emprisonner dehors. Qui est emprisonné? Pas lui. Plus lui. Lui a compris. Cette lumière, là dehors, restera dehors. Elle ne mourra jamais.
Il avance encore. Et arrive, enfin, face aux bougies. Il en prend une allumée, et avec la flamme, en allume une autre. Puis la repose.
Il s´agenouille devant le promontoir. Et attend. Il sent, il sent la mort derrière lui. Il sent cette entité qui siffle dans ses oreilles. Qui glace ses veines, qui blanchit sa peau, qui degonfle ses poumons... qui ferme ses yeux et stoppe son coeur.
" -Allô?
- Oui?
- Mr Adam Coderny? Ici le Hopital de Glasgow. Votre fils est décédé ce matin, plus aucune energie mentale n´émane de lui.
- . .. Merci Docteur.
-Je vous en prie. Toutes mes condoléances Mr. Au revoir"
Adam Coderny va rejoindre sa femme sur le canapé. Pose sa main sur sa cuisse. Sans même un regard, ni une parole, elle a compris. Son fils unique est mort. Enfin. Plus rien, plus rien n´ira mal. Plus à se préoccuper. Que reste t-il à leurs vies? Peut-être plus grand chose. Peut-être juste leur vie à eux, la leur, mais que vaut-elle? Rien de plus qu´une illusion, qu´une illusion éphèmere, plus qu´un dernier chemin à parcourir. Mme Coderny se lève, et sort de la maison, pour se rendre dans le petit jardin. Aujourd´hui, il fait assez beau, il ne pleut pas, et le soleil fait quelques timides appartitions. Mme Coderny se baisse et glisse sa main dans l´herbe verte, humide et glissante. Mais rien, elle ne sent plus rien.
Que le chemin ne soit pas trop long, s´il vous plait.
Un homme entre dans le jardin des Coderny, par le petit portail. Il se découvre, puis se présente
-Je suis Mawken, madame, je veux vous aider. Voulez-vous me suivre? Laissez votre mari ici, supporter sa peine, ça ne prendra pas beaucoup de temps.
-Pardon? Je n´entend pas, je n´entend plus rien!
-Vous ressemblez décidemment beaucoup à votre fils... ça n´est pas grave madame, nous communiquerons par télépathie.
FIN.