c´est avec émotion que je mets cette suite que je pense avoir faite magnifique
A vous de juger, moi je m´en suis ému rien qu´en écrivant
Ascension double
Suivit une semaine normale et dénudée d’anormalités. Les réparations se faisaient rapidement, les blessés étaient remis sur pied et la ville retrouva sa joie de vivre.
Nibelem vint chez Ark pour lui annoncer leur départ la nuit même, aux dernières lueurs du jour.
Le général semblait fatigué et répondit avec impatience aux quelques questions que lui posa son commandant.
- Combien serons nous ?
- Nous serons quinze, nous deux compris.
- Qui nous accompagne ?
- Des mages blancs et des chevaliers.
- Et en combien de temps parviendrons nous à …
- Je n’en sais rien, Ark. Maintenant excuse moi mais je dois me préparer.
Il se leva, mit sa cape et sortit en saluant le jeune homme une dernière fois. Le soleil était diablement chaud ce jour là, et tous les enfants de Sofia étaient dehors, hurlant de joie en jouant dans l’eau du lac. Ark, lui, allait s’en aller pour le pays froid dont il ne savait rien. Les seules choses qu’il savait sur la Scandinavie provenaient de contes ou fables racontant que les nuits d’hiver très froides, des géants de glace apparaissaient dans la montagne et attaquaient les villageois.
Il s’apprêta alors, non pas pour pourfendre des géants de glace, mais pour se battre contre des chevaliers noirs. La nuit tombée, il retrouva les soldats et son supérieur sur le plateau d’Ingold.
Nibelem se racla la gorge et demanda si tout le monde était prêt ; tous répondirent par la voie affirmative comme un seul homme.
- Bien ! Alors en avant ! J’ouvrirai la marche et Ark la fermera.
Ark se posta donc à l’arrière de leur petit groupe de guerriers et se mit à avancer doucement, se laissant ballotter par sa jument Assira pour mieux rester plongé dans ses pensées. Une chanson de fête résonnait dans sa tête, des images de combat et d’amour défilaient à chaque coup de sabot frappé au sol. Il s’endormit doucement sur sa monture, poursuivant son chemin dans une demi-conscience. Il vit un homme se battre contre un groupement impressionnant d’hommes, et sans cesse il se relevait suite aux assauts des chevaliers noirs qui l’assaillaient, et sans cesse il retombait au sol, le genou en terre, pour mieux se relever encore. Cet homme se retourna, regarda dans sa direction et dans un souffle il dit : « Chaosmia ».
Le décor se retrouva plongé dans les ténèbres et la gravité s’envola telle des cendres. Le chevalier leva les bras au ciel et s’abattirent sur ses ennemis des formes noires qui coulaient sur eux en les tuant doucement, et des météores fracassaient avec force les armures ténébreuses des chevaliers noirs. Nul ne survécut… l’homme à la cape noir et rouge était à genoux, et il haletait, tentant de reprendre son souffle, mais à chaque inspiration du sang sortait de son nez et de sa bouche. Il mourut ainsi, après avoir combattu vaillamment tant d’ennemis si sombres et lâches. Tout resta noir quelques instants puis l’image d’une femme à la robe blanche dans un cimetière. Elle était magnifique, à pleurer là, devant la tombe de son homme mort au combat. Les larmes silencieuses qui coulaient de ses yeux tombaient une à une sur la pierre grise et froide et une faible pluie se mit à tomber. Un orage se déploya et une silhouette sombre attendait devant le portail ferré du cimetière, il attendait sûrement la femme, car à sa venue, il marcha à côté d’elle. Ark décida qu’il ressemblait à quelqu’un qu’il avait déjà vu, mais il ne savait qui. Après quelques minutes d’hésitation, il se tourna vers la femme et lui dit :
- Cronos était un grand homme, Arnica.
- Sans doute l’était-il, mais nul ne le pleurera car tous sont morts dans le silence.
- Je le sais, Arnica. Mais combien d’hommes le tien a-t-il sauvé ?
- Nibelem...
- C’était un paladin, lui aussi ! Et ton fils en sera un, il se doit de l’être pour venger son père de ces traîtres.
- Qui l’élèvera ? Je ne puis l’aider en son apprentissage.
- Je l’aiderai en tant voulu, Arnica.
- Je t’en prie, accepte ceci, elle appartenait à mon mari.
Elle posa une pièce d’or dans la main de Nibelem et referma celle-ci avec un sourire triste.
- Arnica… tu peux compter sur moi, désormais.
- J’ai entendu qu’un chevalier noir semait le chaos. Il paraît que…
« Ark ! Hey Ark, réveille toi maintenant ! »
Le commandant ouvrit les yeux. Il était couché sur un tas de paille qu’on avait installé sur la neige et tous les soldats du groupe étaient autour de lui à le regarder comme s’il avait été atteint de folie.
- Pourquoi me regardez-vous ainsi ? J’ai fait quelque chose de bizarre ?
- Tu t’es mis à t’agiter doucement puis tu as commencé à crier ! Des flammes jaillissaient par moment de ton corps.
Et effectivement, quand il regarda plus tard où il avait dormi, la neige alentour était fondue.
- Ou est Nibelem ?
- Il ne va pas tarder. Il est allé chercher un peu de bois dans le petit bosquet là-bas.
- Je vais le rejoindre. Restez ici.
- Bien, chef !
Ark s’éloigna vers le bois en prenant son épée au cas où il aurait affaire à quelques loups sauvages.
Arrivé à une clairière, il vit une petite flaque de sang au sol. Tous les sens en alerte, il sortit son épée et regarda tout autour de lui, attentif au moindre mouvement ou bruit visible ou audible. Il entendit un long râle provenant de sa droite. Il se mit à courir dans les fourrés sans réfléchir, se coupant aux épines et branches, il arriva enfin dans une autre clairière où Nibelem faisait face à un Chevalier noir. Il était plutôt mal en point, il saignait du nez et son bras gauche était handicapé suite à un coup d’épée de l’ennemi. Ark sortit le cor d’appel et souffla dedans le plus fort possible pour alerter les hommes, puis attaqua le guerrier sombre en chargeant. Une onde de choc le repoussa quelques mètres plus loin, il se releva lentement et leva la main vers lui en soufflant toujours le même mot. L’homme des ténèbres claqua des doigts et la flamme qui courait vers lui s’évanouit complètement. Il leva à son tour une de ses mains gantées, en direction de Nibelem, et prononça ces mots : « Via vitae ». Des lucioles bleues et blanches sortirent du corps du vieil homme et entrèrent dans celui du chevalier noir. Celui-ci regarda Ark, sortit une dague et lui lança sur le bras droit, ce qui lui arracha un cri de douleur intense. Il regarda ce puissant combattant qui disparaissait tout doucement, devenant translucide, puis invisible.
- Reviens ici, sale lâche !
- Ark, viens ici…
Nibelem était assis contre un tronc d’arbre et du sang se répandait sur son corps affaibli. Le commandant courut s’agenouiller aux côtés de l’homme et le regarda avec des yeux plein de tristesse.
- Nibel… non !
- Ark écoute moi… il y a 13 ans, ton père est mort au combat…
- Mon père est mort en se battant courageusement, n’est-ce pas ? Il a été tué par des chevalier noirs tel que celui-là !
- J’ignore comment tu sais cela mais –il cracha à terre, mais ce fut du sang qui sortit de sa bouche- ton père était un paladin et il détenait l’ultime pouvoir du Chaos et une fois mort, il a disparu. Jamais on a retrouvé son corps.
- Nibelem !
- Ton père s’appelait… Cronos.
- Arrete !
- Et ce chevalier noir que tu viens de voir c’est… c’est…
- Qui est-ce ? dis le moi !
- C’est ton…père.
- Non !
- Ta mère, Arnica, est encore en vie, Ark !
- Où est-elle, Nibel ? réponds-moi, ne pars pas Nibel ! ne pars…pas…
Il ferma ses paupières, car ses yeux avaient cessé de voir. Il serra les poings, car il n’avait plus rien. Il se mit à sangloter en baissant la tête puis hurla de haine.
- Pourquoi ? Pourquoi t’as fait ça ? C’était pas comme un frère pour toi ? T’étais pas un… un paladin ?
Une longue plainte déchirante s’éleva au milieu de la forêt de Zaé, et doucement, Ark se releva, et devant le corps inerte de son père d’armes, il jura :
« Repose en paix, loup solitaire
Loin de la guerre, loin de mon père
Toi mon père qui en ce jour le tua lui, mon frère
Je jure qu’au prix de ma vie je lui ferai payer
Et je jure qu’ainsi je te vengerai, mon frère »
Derrière lui se tenaient 13 hommes accablés…