Mithridate guerrière
Cette guerre est morte, cette force est infinie. Telle une vague surgissent de l’ombre les hordes sanguinaires des loups mercenaires. Comme dagues et poignards s’enfoncent leurs volontés dans les chevaux désemparés, les faisant vaciller longuement, lentement, indéfiniment. Puis plongent les lames dans les cœurs apeurés de la plaine, faisant taire les larmes par le sang. Une marée inexpugnable pénètre le froid inexorable de la vallée glacée. La flamme brûle, le feu crépite, l’espoir meurt, la vie se perd. Pourtant ces hommes se battent avec honneur et fierté, ne se relevant que plus promptement à chaque coup, l’esprit toujours plus fort et dur. Le sacrifice est leur dernier souhait, la fin de leur acheminement. Les arcs ratent les vives juments, les lances se brisent sous les épées, les boucliers cèdent sous les charges. La contenance alliée, en forte infériorité numérique, se battit avec le cœur et l’âme, oubliant les sentiments, provoquant la mort de nombreuses fois sans jamais faillir. Le fer de lance de l’espoir était, lors de cette nuit de pleine lune, omniprésent sur le champ de bataille, telle une mithridate de guerre, comme une envie de mourir qui comble la vie et empêche le décès. Cette envie inespérée de combattre, cette adrénaline, interdit de stopper net les lames larmoyantes qui fendent l’air froid de la plaine et accompagne la résistance d’un héroïsme partagé et imparable.
Lorsque le peu de cavaliers survivants se regroupèrent en cercle, une forme noire se détacha de la foule, divisant la lumière blanchâtre de la lune. Cet homme, ce paladin, avançait dans un bruit de métal. Le froid et le vent s’immobilisèrent soudain, laissant les montagnes elladiennes faire écho à la voix de Alaric.
- Où es-tu, paladin du nord ? Tu te caches ? Ou bien es-tu déjà parti loin de ces murs pour échapper à la mort que tu crains ?
Les Serbijiens se mirent à scander le nom de Ark de toute leur force, leurs armes frappant le sol dur et nu d’Ellada. Les soldats restants se jetèrent sur le chef de Serbijia, mais tombèrent mort à son contact. Dans les cris surpuissants de la grande armée se poursuivit le discours de Alaric.
- Vois-tu cette force, paladin ? Cette puissance que seuls toi et moi sommes désormais aptes à comprendre, tu la ressens au plus profond de ton cœur, n’est ce pas ? J’ai attendu cette douleur et ce plaisir si longtemps maintenant, je veux affronter un homme digne de moi, digne de toi et de nous. Qui peut se vanter de pouvoir éliminer un chevalier sacré sans y laisser la vie ? Personne, hurla-t-il. Maintenant tu vas te présenter, paladin, et tu vas me montrer ta valeur combattive ici même, sur un vrai champ de bataille, contre de vrais mercenaires.
Les portes de la ville s’ouvrirent dans un rayon rouge et incandescent, et des murs d’Ellada Arma sortit l’armée entière de la force alliée, chevauchant sur leurs puissantes montures dans une dernière marche de haine et de colère. Alaric se mit en selle et pointa sa lance vers la masse de chevaliers qui galopait vers lui.
- Ark ! Je n’ai jamais douté de ton courage ! Maintenant montre moi quelle force t’anime. Tu n’es qu’un fou, capitaine, comme moi ! Nous sommes tous des malades, n’est ce pas, Ark ? Comme des chiens de guerre nous avançons et combattons, et jamais nous ne tombons. Mais ce soir, Ark, ce soir, un de nous deux va mourir ! Je ne te laisserai pas quitter ce pays en vie, camarade !
Les armées se mêlèrent dans un choc et un bruit épouvantable, comme si un spectre criait sans cesse au dessus la masse d’hommes et de bêtes. Les têtes tombaient, les épées tranchaient, les hurlement redoublaient d’intensité. Tous ces hommes, dans une foule de plus d’un millier d’hommes, frappaient presque à l’aveuglette, ébloui par le sang qui giclait en tout sens. Un cri de victoire s’éleva des rangs serbijiens lorsque tomba la tête d’Elladen, roi d’Ellada, et un brasier jaillit du centre de la masse , brûlant chaque mercenaire proche de l’explosion. Huyvhar se retrouva quelque peu à l’écart, encerclé par une demi douzaine d’hommes. Il décocha une flèche qui se planta dans la gorge d’un soldat ennemi. Les autres sautèrent sur lui sans un instant d’hésitation, et bientôt, quatre corps gisaient au pied du cavalier sofien. Essoufflé, il tenta de reprendre son souffle, mais les deux derniers hommes plongèrent sur lui, l’un d’eux enfonça sa lame dans le bras de Huyvhar qui hurla de mal et se retrouva au sol, devenu une proie facile. Quand la faucheuse voulut couper le fil de la vie, une marée de cavaliers alliés renversèrent les deux hommes, laissant au jeune homme le temps de remonter en selle, le bras handicapé.
La bataille dura toute la nuit, sans vainqueurs ni vaincus. Les deux armées affaiblies s’en retournèrent vers leurs camps, la mine peu fière et le corps fatigué.
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ce n´est bien sur qu´une partie de la bataille 