Quelques heures plus tard et des branches cassées, nos amis parvinrent à la sortie de la forêt. Djidane n´avait pas cessé de se demander comment Steiner avait pu changer aussi brutalement en une nuit. Il trouvait ça trop bizarre...
On aperçevait maintenant l´herbe tendre des plateaux ensoleillés qui foisonnait derrière ces noirs branchages maudits. En sortant, c´était comme si une bouffée d´air neuf et de chaleur envahissait nos 3 héros, " ternis" par l´air maudit de la forêt dans laquelle ils avait " baignés" pendant trop d´heures à leur goût. Ils étaient bien heureux de sortir de cet endroit et ils s´étendirent un moment sur le sol pour se reposer un peu. Le petit torrent près de la forêt coulait tranquillement, son clapotis doux et régulier était rassurant et agréable. Dagga avait envie de se rafraîchir et elle se dirigea plutôt par là, s´asseyant sur le bord, elle se déchaussa et trempa paresseusement ses pieds dans l´eau. Djidane en profita pour questionner Steiner sur son attitude :
-Hum, Steiner ? J´peux te poser une question ?
-( Allongé de tout son long -et son large- sur l´herbe, il commençait à fermer les yeux mais les rouvrit pour observer Djidane en lui répondant ) Bah oui Djid´, qu´y-t-il ?
-Disons que...´fin...t´es bizarre Papy. T´es plus le même...dit Djidane, ne sachant pas trop comment aborder le cas de Steiner qui le préoccupait de plus en plus.
-Comment ça, plus le même ? J´comprend pas.
-Je sais pas...comment dire...t´as changé quoi ! Tu...tu...pourquoi tu grognes plus, et que t´es serviable et poli maintenant ? Pourquoi tu chantonnes gaiement? Pourquoi tu pleurais tout à l´heure alors que je ne t´avais jamais vu verser une larme, même ds les situations les plus difficiles ? Je comprend pas , qu´est-ce qui te prend Steiner ?
-(Les yeux brillants, un air de chien battu ) Mais, je...je suis comme ça, arrête de me critiquer...et puis je ne te connais pas depuis longtemps alors ne fais pas comme si nous avions surmonté la fin du monde...et je...(une nouvelle fois il fondit en larmes, secoué de sanglots bruyants, il se balançait d´avant en arrière.) C´est alors que, dans un sanglot, un petit éclat d´or surgit de la poche de Steiner, tombant sur le sol dans un bruit mat,il roula jusqu´à Djidane et s´arrêta.
Le jeune homme regarda tout de suite l´anneau qui brillait intensément et ne fit aucunement attention à Steiner. Il observa le petit bijou et, d´un geste vif et avide, le prit et le fourra dans sa poche.
Aussitôt, Steiner cessa de pleurer, renifla bruyamment et grogna :
-BOn, qu´est-ce qu´on fait là? Pourquoi on marche plus ? C´est pas en pioncant que j´aurais mon argent moi ! Alors tu te lèves et on y va !
-Doucement, tu ne trouves pas cela agréable de se reposer un petit peu Steiner ? Prend le temps de vivre...tu sens cet air...oh c´est merveilleux d´être ici ! Quelle belle journée n´est-ce pas ? répondit Djidane d´une voix douce, comme chantante. Il regarda autour de lui en souriant, l´air ravi. Il vit alors une petite paquerette blanche et dit: Oh regarde Steiner ! Une jolie petite fleur ! COmme c´est charmant...Il la renifla amoureusement et la mit entre sa tempe et son oreille, à la manière d´un dessinateur avec son crayon mais d´un geste maniéré et délicat.
Steiner le regarda avec dédain : Mais à quoi tu joues ! Abruti ! Tu bouges tes petites fesses et on y va c´est clair ? Si tu crois qu´avec ton petit cinéma tu vas pouvoir gagner du temps ! Tu rêves ! " Et d´un geste brutal il empoigna Djidane par le col et le releva.
-HEY ! ! MAIS BAS-LES-PATTES GROSSE BRUTE ! NE ME TOUCHEZ PAS VOUS M´ENTENDEZ ? ?? hurla Djidane d´un air indigné.
Dagga qui avait fini " de faire trempette" sorti de l´eau et les rejoignit.
-Mais, que se passe-t-il ? demanda-t-elle curieuse.
-Y a que ce ptit singe me prend pour un imbécile et joue aux petits comiques en croyant pouvoir gagner du temps ! répondit Steiner en colère.
-Bon, déjà, reposez le je vous prie. dit-elle fermement. Il s´exécuta et lacha Djidane qui tomba brutalement sur le sol.
-Aïe ! !!!!!!!! Je crois que je me suis cassé qqchose ! !! chouina-t-il.
-Djidane, c´est bon arrête maintenant, tu vois bien que Steiner est assez énervé comme ça, non ? reprocha Dagga en regardant Djidane contempler son auriculaire d´un air désolé.
-Mais, il m´a fait mal.pleurnicha-t-il d´une voix d´enfant gâté.
-Si tu continues comme ça, tu vas savoir ce que veux dire souffrir , avorton ! cria Steiner hors de lui.
-S´il-vous-plait, Steiner, ne criez pas, je ne pense pas que ça arrangera les choses. dit Dagga qui commençait à ne rien comprendre. Décidemment, Steiner était très lunatique, il changeait d´humeur, comme de chemise. On aurait dit qu´il n´avait jamais changé.
Elle regarda Djidane fixement et vu dans ses yeux que ce n´était pas le même, il n´y avait aucun signe d´une quelconque malice, ou d´un sentiment pour elle. Inquiète, elle lui demanda :
-Djidane, que se passe-t-il ? Qu´est-ce qui te prend ?
-Mais, c´est lui là...(il renifle)...je cueillait une fleur et il me brutalise pour rien...sanglota-t-il.
Dagga se tourna alors vers Steiner et lui dit : Il n´est pas normal, je ne comprend pas ce qui se passe Steiner, il faut faire qqchose...
-Ouais, j´vais pas le supporter longtemps. On le laisse là, et on va chercher mon argent tous les deux ?
-Non, voyons ! Il faut le soigner, vous ne l´avez pas frappé au moins ? Il n´est pas tombé ? C´est comme s´il n´était pas lui !
-Bah ptet qu´un autre coup ça lui rendrait la mémoire...répondit Steiner en remontant ses manches et en regardant méchamment Djidane qui essuyait doucement ses larmes et se consolait en cueillant une autre marguerite.
-Bon, ce qu´on va faire: On va continuer comme ça jusqu´à Dali, et on trouvera bien un médecin ou autre pour le soigner...dit-elle, ignorant la menace de Steiner et la voix tremblante. Elle regardait Djidane comme un malade, elle avait tout simplement, pitié de lui.