Pour plus de confort, je vous invite à lire la critique directement sur le site http://comics-corps.fr/mon-ami-dahmer/
L’histoire américaine regorge de tueurs en séries, psychopathes et autres fous qui fascinent l’opinion publique, souvent pour le plus grand plaisir des médias et d’Hollywood. La liste est longue, de Ted Bundy à John Wayne Gacy, en passant par Albert Fish, Ed Gein… Parmi eux, Jeffrey Dahmer, reconnu coupable de meurtres, nécrophilie, viols et cannibalisme sur 17 personnes.
Vous ne verrez rien de tout ça dans Mon ami Dahmer.
John « Derf » Backderf est un ado typique des années 70, à cette différence près qu’il côtoya celui qu’on surnommerait par la suite « le cannibale de Milwaukee » durant sa scolarité à Richfield, Ohio. Par le biais de cet album, il raconte et dépeint la jeunesse de Dahmer, de leur rencontre au collège jusqu’à son premier meurtre en 1978, quelques semaines après la fin de leurs études secondaires au Revere High School. L’auteur brosse le portrait psychologique troublant d’un être complexe, le rendant attachant sans pour autant excuser ses actes.
Dahmer n’a pas une adolescence facile, comme en témoigne son passe-temps consistant à éviscérer et conserver dans des bocaux des animaux trouvés morts sur la route. Une activité peu commune qui ne fera que préfigurer ses meurtres.
Pourtant, ce n’est pas un ado violent ou tourmenté, du moins en apparence. Ce qui frappe avant tout dans Mon ami Dahmer, c’est l’effroyable banalité de ce jeune qui passe inaperçu auprès de ses professeurs et camarades. Ce n’est pas non plus, comme le voudraient les clichés du genre, la victime de base, rejetée et constamment humilié. Dahmer était le type un peu louche mais discret qu’on a tous eu un jour ou l’autre dans notre classe, celui auquel personne ne prête vraiment attention.
Il sera même plutôt populaire pendant une période, comme en témoigne le « fan-club » de Dahmer. Il amuse régulièrement la galerie par des grimaces et des cris, que les autres qualifient même de « dahmerismes » et qui devient un gag récurent dans le lycée.
Sur près de 200 pages, Backderf raconte, se souvient, décrit et met en scène ce personnage atypique, sans jamais tomber dans le larmoyant ou le sensationnalisme à outrance. Une narration et une mise en page très cinématographique qui multiplie les ellipses temporelles pour s’attarder sur les moments clés du tueur. Une histoire qui oscille entre souvenirs personnels, dossiers du FBI et anecdotes racontées par Dahmer lui-même lors de plusieurs interviews après son arrestation, et qui confère une véracité toute particulière à ce récit.
Loin des standards graphiques du genre, le dessin peut rebuter à première vue : noir et blanc, silhouettes élancées, formes exagérées et visages volontairement grossiers, le trait de Backderf confère un côté irréaliste à l’histoire. On ne peut s’empêcher de ressentir un malaise devant les visages et attitudes des personnages, devant certaines situations qui gênent autant le narrateur que le lecteur. Sans tomber dans le gore à outrance, la violence graphique est pourtant bien présente. On notera également beaucoup de recherche dans les plans visuels, malgré un découpage relativement classique.
Enfin, un mot sur l’édition. Paru chez çà et là en 2013, le livre est richement documenté. L’auteur démarre l’écriture en 1994, peu après l’assassinat de Dahmer en prison, dans une volonté de raconter et de témoigner. « Pour vous, Dahmer n’était qu’un criminel dépravé, mais pour moi, c’était aussi un voisin de table pendant les heures d’études et le camarade avec qui je traînais en salle de musique. Vous ne pouvez pas vous imaginer le choc quand la nouvelle de ses crimes est tombée, ou ce que je ressens à chaque fois que je repense à notre amitié ». Il faudra attendre près de 20 ans pour que la version finale soit publiée, 20 ans de recherche, d’écritures et de tentatives de publication. L’édition française propose beaucoup de texte : une préface par Stéphane Bourgoin, l’introduction de Backderf, ainsi qu’une vingtaine de pages présentant les notes de l’auteur sur les sources utilisées, les anecdotes racontées et la création de certains passages.
Mon ami Dahmer est une histoire tragique avant tout. L’histoire d’une descente aux enfers, d’un adolescent luttant contre ses pulsions envahissantes, sombrant dans l’alcoolisme dans une indifférence générale. « J’ai tendance à croire que Dahmer n’aurait pas fini en monstre […] si seulement les adultes autour de lui n’avaient pas été aussi indifférents et aussi étrangers à son cas ». La BD a obtenue le prix révélation au festival d’Angoulême 2014. Mon ami Dahmer est une œuvre atypique, dérangeante et passionnante qui mérite d’être lue au moins une fois.
La couverture de ce comics a toujours attiré mon regard dans les magasins, j'avoue que j'étais assez intrigué de savoir ce que ça pouvait être.
Je verrai si je le trouve en bibliothèque, ça peut être vraiment intéressant.
Moi aussi j'avais été intrigué. J'en avais vaguement entendu parler suite à Angoulême.
Merci pour la présentation. J'épinglerai demain. ![]()
Je l'ai lue y'a un petit temps déjà, elle est superbe !
Dessins statiques mais très expressifs, une histoire malsaine, émouvante, un vrai régal ![]()
Oh belle critique, ça m'a l'air intéressant comme bouquin.
Quelle claque cet album
! Une merveille très bien gratté ( j'adore les cases en vue a la 1ere personne ! ) très humaine aussi !
On se surprend a aimer et avoir de la pitié pour Dahmer !
"Loin des standards graphiques du genre, le dessin peut rebuter à première vue : noir et blanc, silhouettes élancées, formes exagérées et visages volontairement grossiers, le trait de Backderf confère un côté irréaliste à l’histoire"
Moi j'ai beaucoup justemment ! Ca m'a fait penser a ce que Crumb et les autres dessinateur underground de cette période pouvaient faire !
PS : Son nouvel album est maintenant disponible "Punk rock et mobil home" A lire absolument !
ça a l'air pas mal ![]()
Je l'ai acheté à Angoulême avec en prime une petite dédicace de Backderf !
Très bonne trouvaille, j'ai eu un peu du mal à accrocher aux dessins à première vue puis ça donne vite une certaine ambiance (à la manière de Crumb comme dit plus haut).
En dehors de la bd, toutes les notes à la fin sont juste hallucinantes. Lisez bien la BD de A à Z ya pleins d'anecdotes super intéressantes.
Parce que ce qui est fou, c'est comment expliquer les acteurs de Jeff Dahmer. N'importe quel gay refoulé n'irait pas collectionner les cages thoraciques de ses victimes. Alors oui il avait surement un problème psychologique "génétique" et qu'il aurait pu être arrêté avant mais bref très intéressant.
J'ai vu le bouquin cette aprem en passant à la Fnac, ça m'intéresse pas mal, j'hésite à le prendre ![]()
" Alors oui il avait surement un problème psychologique "génétique" et qu'il aurait pu être arrêté avant"
Oui c'est vrai mais comme il le dit a un moment. Mais avec le recul personne n'est responsable. Ses profs devait se dire que c'était encore un gamin qui n'en avait rien a fouter et ses potes ne s'en rendait pas compte.
Pour moi c'est la grande force de cette album,ne peut émettre de jugement et laisse le lecteur seul juge de l'histoire. L'aspect humain aussi est essentiel.
Aprés avoir lus je me suis demandé qu'est ce que j'aurais fait si j'avais été a leurs place et j'en suis venu a me dire que je n'aurais pas fait grand choses aussi.
"Mais avec le recul personne n'est responsable"
Il est responsable hein. Même Backderf le fait comprendre. Beaucoup de jeunes vivent mal la période de l'adolescence, connaissent la solitude, la séparation des parents, des trucs comme ça. ça en fait pas des tueurs pour autant. A partir du moment ou il passe à l'acte, il n'est plus excusable et est seul responsable.
D'ailleurs il le disait lui même
Je l'ai lu à la bibliothèque tout à l'heure, c'est vraiment super comme comics.
J'avoue avoir bien rigolé devant le personnage, aussi paradoxal que ça puisse paraître. Les Dahmerismes et le fan-club de Dahmer c'est quand même assez fou. Puis leur délire de le caser n'importe-où comme une mascotte et leur virée au super-marché c'est un truc qui m'a vraiment fait sourire. C'est d'autant plus troublant quand on constate qu'au final ce mec qui m'aurait probablement fait marrer autant qu'il aura fait marrer ses camarades était au final sacrément dérangé.
C'est triste à dire mais Dahmer est quelqu'un qui a pas mal de charisme avec le recul (pas forcément le charisme rêvé je vous l'accorde).
Perso j'ai bien aimé aussi le fait qu'à côté de l'enfance tragique de Dahmer qui est dépeinte ça nous donne aussi une vision de la jeunesse américaine rurale de l'époque. Ce train de vie assez particulier qu'ils ont et l'ambiance au lycée c'est quelque chose que j'aime toujours bien découvrir dans les différentes oeuvres.
Le dessin est tout à fait adapté à mon avis. Comme ça a été dit au dessus c'est totalement dans la veine de ce que font Crumb (que je connais pas bien) et d'autres auteurs moins portés sous les projecteurs.
J'ai juste trouvé dommage qu'on ait pas plus de pages consacrées à ce qu'il advient quand les jeunes qui l'ont fréquenté découvrent ses meurtres en même temps que toute l'Amérique. Avoir été proche d'un type comme ça c'est quand même assez dingue, c'est obligé que ça te fasse réfléchir à pleins de choses.
Je dirais pas charismatique, mais plutôt attachant, intrigant.
Tous les paradoxes dont tu parles, notamment cette virée au super-marché, ça m'a surtout foutu mal à l'aise moi. En fait tu ris parfois pendant cet album, mais c'est un rire jaune. Le pire, c'est cette petite phrase qu'un des mec lâche tout à la fin, quand ils sont au cafés et discutent de Dahmer.
J'hesite à l acheter, je trouve ça vachement malsain...
C'était pas un rire jaune en ce qui me concerne je pense. Je suis convaincu que si j'avais été à la place de l'un des membres du fan-club j'aurais bien rigolé devant ses frasques aussi, au point d'adhérer à leur principe de mascotte et de fan-club. Evidemment quand on sait ce qu'il a fait on a pas envie de le prendre en affection, mais le récit reste assez sobre au fond, tragique mais pas trop. Du coup j'ai plutôt bien réussi à me projeter au milieu de leur univers à ce moment ou rien n'était encore fait.
Autant l'autre mec à problèmes (celui qui est un peu gras) est un mec dont les interventions m'ont fait un peu rire en tant que lecteur mais devant lequel je pense que j'aurais été mal à l'aise en vrai, autant Dahmer c'est le genre de cas social qui m'aurait vraiment fait marrer. Sauf si j'avais été témoin de ses frasques morbides avec les animaux, mais au final dans le récit assez peu de ses camarades ont vu ça.
Du coup d'ailleurs ca m'étonne de lire à plusieurs endroits que Dahmer était un jeune effacé et comme tout le monde. Tel qu'il est montré ici il me semble justement que c'est un ado qui était plutôt sous le feu de certains projecteurs, seulement c'était des projecteurs qui ne favorisent pas l'insertion et le développement social. Pour moi il n'a rien de banal.
Je dis charismatique mais c'est vrai que c'est ptet pas le meilleur mot. Mais en tant que personnage du comics je trouve qu'il l'est presque, quand bien même si je l'avais connu en vrai ça n'aurait sans doute pas été le mot que j'aurais employé.
j'ai lu le livre aujourd'hui (pas tout à fait eu le temps de finir les notes en fin de volume ceci dit), et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est prenant, et que ça donne envie d'en savoir vraiment plus sur ce qu'il s'est passé ensuite (du coup je me documente..)
quand on voit l'enfance et l'adolescence qu'il a eu forcement on ne peut que "comprendre" pourquoi il a mal tourné: le gamin est déjà dérangé à la base (avec ses histoires d'animaux) et évolue dans un cadre familial conflictuel, voir malsain (quoiqu'on en sait pas assez sur son père et son jeune frère au final, et qui, si j'en crois ce que j'ai lu à droite à gauche, étaient normaux et avaient plutôt de bons rapports avec lui), puis les seuls autres ados qui semblent le considérer le font presque que pour se moquer de lui!
Parce que moi l'auteur ne m'apparait pas du tout sympathique au travers de cette oeuvre, et je pense qu'il a largement contribué, avec son club de potes, à ce qu'est devenu Dahmer par la suite!
Bon il avait un grain dès le début, et c'est sans doute pas Backderf qui est le plus "responsable" dans l'histoire, mais on voit quand même avec l'histoire des dahmerisme, des photos de groupe et co qu'il ne l'a jamais vraiment considéré comme un ami, mais juste comme un instrument de poilade, et même s'il ne le frappait pas comme les brutes qui le traitent de "Dahmerde", je suis pas sûr qu'il ait eu tellement plus de compassion et de considération à son égard... :-/
je sais pas trop quoi penser de son travail du coup, c'est très intéressant mais ça le dessert pas mal selon moi...
Bien sûr, comme l'auteur le dit dans son intro on ne peut pas vraiment éprouver de la compassion pour Dahmer étant donné ce qu'il a fait (quoique pour le jeune Dahmer on peut bien selon moi), et il est entièrement responsable de ce qu'il a fait. Mais quand on lit ça, on a direct un autre regard...
Je viens de lire (par la bibliothèque) l'autre Graphic Novel de BackDerf: Punk Rock & Mobile Homes qui est sorti récemment en France chez Çà et Là.
A la base il est sorti avant Dahmer en VO donc le style de dessin, bien que similaire, est moins maitrisé je trouve. C'est plus laid, plus déformé et moins efficace. Mais dans l'ensemble ça reste dans cette tendance Comix un peu Underground, avec des planches assez marrantes parfois.
Pour ce qui est de l'histoire, c'est une plongée loufoque au coeur de la culture Punk-Rock des années 70 dans une petite ville de bouseux de l'Ohio qui a l'immense privilège d'avoir l'une des seules salles de Punk reconnue des USA. On suit le Baron, un personnage mi-looser mi-mascotte de son entourage (on sent l'influence de Jeffrey Dahmer pointer le bout de son nez même si les deux sont bien distincts), qui va gravir les échelons sociaux de ce petit monde pour en devenir un acteur incontournable.
C'est très porté sur l'humour, un peu gras (le héros enregistre ses flatulences sur une bande magnétique), assez déjanté comme le veux cette contre-culture à l'époque. On entre assez bien dans ce monde même si on est pas forcément fan du genre (je suis pas du tout fan de punk), avec éventuellement l'aide de la playlist "officielle" de la BD qui est suggérée en préface par l'auteur:
https://www.youtube.com/playlist?list=PLYe_fV14j5Mt6gfsTQLD-RpzHXLkLqc2U
On croise plein de grands noms du punk dans le livre d'ailleurs, et visiblement bien que l'histoire soit une fiction, la salle The Bank a bel et bien existé donc on imagine que c'est assez proche de ce que vivaient les jeunes punk-rockers de Akron à l'époque.
C'est un bon bouquin dans le genre humoristique, même si dans l'ensemble Mon Ami Dahmer est bien au dessus pour moi. Si vous avez aimé Dahmer et que vous voulez partager la passion du punk de l'auteur, essayez le.
Je compte prendre punk rock et mobile home. En plus y'a des chances que Backderf passe vers chez moi d'ici la rentrée donc j'aimerais lui faire signer.
Du coup pour rester dans le monde du Punk je vais enchaîner sur Punk Rock Jesus que j'ai pris à la bibliothèque aussi et que je n'ai pas encore lu malgré qu'il me fasse envie depuis sa sortie. ![]()