La relecture des quatre premiers tomes n'a fait que conforter mon avis sur cette oeuvre qui m'indiffère, et dont je trouve le succès démesuré une fois rapporté à sa qualité. Ce que je ne peux en revanche qu'admettre, c'est que graphiquement c'est à tomber. Les cases fourmillent de détails et de couleurs, tout est magnifiquement dessiné, l'action est fluide, la mise en scène très efficace.
Bref, un sans faute, c'est vraiment un régal pour les yeux que de parcourir les planches de ces albums, mais malgré la distinction d'une des plus belles oeuvres existantes dont peuvent se targuer ses créateurs, la bande dessinée a vocation non pas à être seulement une exposition de dessins, mais à raconter une histoire, et c'est là que le bât blesse.
Pour commencer, j'ai toujours eu quelques réserves au sujet de l'anthropomorphisme de ses personnages animaliers qui constitue l'aspect le plus distinctif du titre. Comme s'il suffisait de remplacer les hommes par des bêtes en leur conférant quelques unes de leurs caractéristiques pour atteindre la transcendance. Je m'amuse aussi des divers degrés d'humanisation qu'il instille dans ses protagonistes selon le besoin.
La plupart sont des chimères constitués d'une tête d'animal sur un corps humain, mais la nécessité d'identification ou d'évocation mène certains à être leur parfaite réplique bestiale, comme le gorille du tome 1, tandis que d'autres tiennent beaucoup plus de l'homme, tant dans les expressions que la physionomie, je pense à Blacksad ou Weekly, mais surtout aux jolies filles.
Je ne peux aussi m'empêcher de m'interroger sur le fonctionnement de son univers dont le simple remplacement de l'homme par des animaux n'amène aucun développement complexe. Quand je les vois évoluer, je ne peux m'empêcher de me demander si la supplantation est totale ou si l'animal ne vaut que comme représentation de chaque homme par l'espèce qui lui sied le mieux, tant physiquement que psychologiquement.
Si quelqu'un a la carrure d'un boeuf mais la personnalité d'une fouine, comment ça se passe ? On voit qu'ils insèrent des nuances avec le tigre déficient du tome 2, mais elles sont tellement rares. Et quelle serait l'engeance issue de la rencontre d'un serpent et d'une poule ? Un basilic ? Ouais je sais ça va loin, je m'interpelle sur des conneries, cela montre juste que je n'arrive pas à me plonger totalement dans ce que me proposent les auteurs.
Délaissons le dérisoire pour se concentrer sur le reproche principal qui concerne le scénario. Je comprends que les dessins et l'univers puissent plaire, mais penchons nous sur la teneur des aventures de notre félin. Le premier tome n'est qu'une banale enquête sur un meurtre dans cette bestiale Amérique des années 50, ni plus ni moins. On retrouve l'habituel cheminement du genre, avec recherche d'informations, lutte avec les gros bras du coupable pour remonter jusqu'au responsable.
Il faut noter l'effort de contextualisation dans les tomes suivants, que ce soit le Maccarthysme ou le Jazz à la Nouvelle Orléans, il se dégage indéniablement une ambiance, mais de là à dire que cela élève considérablement le récit, il y a un pas que je ne franchirai pas, puisque je ne considère pas que le dépaysement est suffisamment puissant pour dépasser la banalité du schéma narratif qui ne change que peu d'une histoire à l'autre.
Les histoires ne sont donc pas vraiment captivantes, avec les sempiternelles révélations sur le passé trouble des protagonistes, les problématiques de culpabilité et de rédemption, surtout que ça se lit super vite en plus. Enfin il vaut mieux se réjouir de subir le banal, en ce que cela induit qu'on échappe au ridicule qu'incarne le deuxième tome, où les bons sentiments de la morale se mêlent incestueusement avec le grotesque de la démonstration.
En résumé, un beau must-have d'opérette, et au vu des éloges sur les opus précédents, je n'ose même pas imaginer ce que peut valoir le cinquième et dernier sorti qui s'est ramassé des avis mitigés.